Critiques

THE PLOT AGAINST AMERICA (Critique Mini-Série) Un cri d’inquiétude…


SYNOPSIS: Lorsque le célèbre aviateur Charles Lindbergh battit le Président Roosevelt aux élections présidentielles de 1940, la peur s’empara des Juifs américains. Non seulement Lindbergh avait, dans son discours radiophonique à la nation, reproché aux juifs de pousser l’Amérique à entreprendre une guerre inutile avec l’Allemagne nazie, mais, en devenant trente-troisième Président des Etats-Unis, il s’empressa de signer un pacte de non-agression avec Hitler. Alors la terreur pénétra dans les foyers.

Lorsque l’auteur Philip Roth écrit The Plot Against America en 2004, le pays traverse les années Bush avant d’entamer le virage plus optimiste promis par les mandats de Barack Obama. Pour autant, la haine persiste, notamment l’antisémitisme ; et il profite de son roman pour s’incorporer lui-même et son enfance dans l’Amérique des années 40. Il y imagine l’aviateur Charles Lindbergh, aux sympathies nazies inquiétantes, élu président des États-Unis et fervent allié d’Hitler. Cette uchronie terrifiante il y a 15 ans, a pris encore plus de sens depuis l’élection de Donald Trump en 2016. Lui qui n’hésite pas à qualifier l’alt-right, ou extrême-droite américaine, de « personnes recommandables » (« very fine people », dans le texte original), ne fait rien pour arrêter ces groupuscules dangereux, et qui avaient, on s’en souvient, provoqué la mort d’une militante anti-fasciste à Charlottesville en 2017. La rencontre entre les univers de feu Philip Roth et de David Simon n’a rien d’étonnant. Le prolifique showrunner derrière The Wire, Show Me a Hero ou plus récemment la magnifique The Deuce, utilise constamment sa plume pour parler de sujets sociaux sérieux, avec une inquiétude toute légitime et, par moments visionnaire. Rapports tendus entre police et minorités, gentrification et crise du logement, racisme, misogynie et homophobie : Simon n’a peur de rien et parlera de ce qui dérange parce qu’il faut des personnes comme lui pour raconter cela.

Le timing de la diffusion de The Plot Against America n’a donc rien d’anodin au vu du sujet. A moins que le coronavirus ne provoque de grands chamboulements jusqu’à l’automne, les États-Unis vont devoir choisir un nouveau président pour les quatre années à venir. Il convient de prendre cette nouvelle mini-série comme un conte moral, ni plus ni moins. Nous plongeant donc dans cette Amérique toujours plus intolérante, The Plot Against America version série abandonne le point de vue unique du roman (le jeune Philip, donc), pour fractionner l’histoire en une multitude de points de vue, dans la grande tradition des séries de David Simon. Outre Philip, on suit donc le parcours de ses parents, de la sœur de sa mère (magnifique duo Winona Ryder/Zoe Kazan), et d’autres personnes de sa famille juive, chacune confrontée à un pan de l’antisémitisme rampant et qui doit prendre des décisions parfois douloureuses, quand il ne s’agit pas de protéger ses enfants d’un embrigadement fort semblable à celui des jeunesses hitlériennes.

Vous l’aurez compris, le sujet est lourd, et même les touches d’humour parfois présentes chez Simon sont ici aux abonnés absents, peut-être timide à l’idée de faire preuve de légèreté. Il entremêle avec son talent habituel des tranches de vie avec la vraie Histoire. Pour autant, il faut avouer que le pilote est le moins bon épisode. Rythme lent, personnages introduits avec mollesse… Il faut s’accrocher pour ensuite comprendre la fatalité de l’Histoire en marche. Mais une fois ce coup de mou initial, la série prend en ampleur au fur et à mesure des épisodes. Notre attachement grandit pour cette famille, pour ces enfants sacrifiés au nom d’une cause qu’ils ne comprennent pas. La mise en scène se fait plus nerveuse pour culminer dans un épisode 4 au final tétanisant, aux relents actuels glaçants, avant que le final de la série ne se charge de nous mettre KO debout. C’est donc un cri d’inquiétude que lance David Simon avec The Plot Against America. Après un début mou, la série s’envole vite vers les stratosphères habituelles de son auteur et nous parle de haine, de complicité avec la pertinence et la finesse à laquelle on pouvait s’attendre de sa part. C’est à retrouver dès maintenant sur OCS.

Crédits: HBO / OCS

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