Critiques

PARIS-BREST (Critique Fiction Unitaire) Une triste absence de profondeur…

SYNOPSIS: Étudiant, Colin rêve de fuir Brest et sa famille pour devenir écrivain à Paris. Mais sa grand-mère, Manou, la seule des siens dont il est proche, cherche à le retenir. Devenue riche sur le tard, la vieille dame ne cache pas son hostilité envers sa fille et son gendre, les parents de Colin, chez qui  l’obsession de l’argent et de la réussite sociale l’emporte sur tout autre sentiment. Cinq ans plus tard, Colin vit à Paris, mais reste hanté par ce qu’il a fait pour y parvenir. À la veille de Noël, il revient au bercail, officiellement pour revoir sa sœur, qui vient d’avoir un enfant. Il espère aussi retrouver Élise, dont il était amoureux et qu’il a attendue en vain à Paris. Ses parents sont désormais installés dans le bel appartement de Manou qui, elle, végète dans une maison de retraite, à 25km de Brest. Au réveillon, Colin annonce qu’il s’apprête à publier un roman sur leur famille

Libre adaptation du roman éponyme de Tanguy Viel, Paris-Brest est un téléfilm qui met en scène Colin (Anthony Bajon), un jeune homme écrivain à ses heures perdues, qui revient dans sa ville natale après plusieurs années d’absence pour régler ses comptes avec son entourage. N’ayant pas encore eu le temps de lire le roman dont est tiré le téléfilm nous ne parlerons que de ce dernier. Paris-Brest dispose d’un casting de premier choix : Anthony Bajon, acteur qui monte, et qui crevait l’écran l’année dernière dans Au nom de la terre ; Valérie Karsenti que vous avez déjà tous aperçu dans Scènes de ménages (entre autres) ; Gilles Cohen, Catherine Arditi, Kévin Azaïs ou même Daphné Patakia. Réalisé par Philippe Lioret, le téléfilm s’avère malheureusement aussi fade que maladroit, malgré l’indéniable capital sympathie de départ. Presque tous les personnages, sans que nous ne sachions toujours si cela est voulu ou non, sont notamment antipathiques à souhait (à commencer par la copine de Colin, jouée par Daphné Patakia). Le casting est certes bon (mention spéciale pour Gilles Cohen dont le personnage aurait mérité d’être approfondi) mais n’a pas grand-chose à jouer d’intéressant. L’ensemble manque donc cruellement de vie, à commencer par les personnages qui peuplent ses plates-bandes. Si seulement il n’y avait que ça…

Premier postulat : le téléfilm gère de façon désastreuse son exploitation du temps passé. En effet, tandis que Paris-Brest démarre à…Brest, où réside son personnage principal, il nous propose une ellipse de cinq années durant laquelle le personnage en question part vivre à Paris pour y faire ses études. Si nous comprenions bien avant le départ de Colin que les rapports avec le reste de sa famille n’étaient pas au beau fixe, difficile lorsqu’il revient cinq ans plus tard de croire en cette longue absence. Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan avait relevé un pari similaire dans un contexte différent : le personnage incarné par Gaspard Ulliel revenait dans sa famille après douze ans d’absence. Et si dans ce second cas de figure nous avions eu du mal à gober qu’il s’était écoulé douze longues années avant les retrouvailles, la confrontation des personnages, leurs interactions, leurs disputes laissaient bien comprendre que d’une part du temps s’était effectivement écoulé de façon significative, d’autre part pourquoi son personnage avait décidé de fuir sans se retourner. Dans Paris-Brest Colin revient comme une fleur, cinq années après son départ afin de fêter noël et nous n’y croyons pas une seule seconde malgré les rapports familiaux initialement précaires. Nous pourrions à la rigueur passer outre ce ressenti qui n’empêche pas de savourer le téléfilm.

Deuxième postulat : le film passe son temps à naviguer entre le passé (avant le départ de Colin pour Paris) et le présent (son retour à Brest). Ce passage de l’un à l’autre est effectué de façon très maladroite pour ne pas dire désastreuse, donnant un rythme extrêmement précaire à l’ensemble avec des transitions bancales. Nous nous retrouvons ainsi parfois à passer du présent au passé d’une façon si peu habilement menée (la barbe de Colin nous aiguille) que cela casse complètement le peu de dynamisme du téléfilm.

Troisième postulat : Paris-Brest est extrêmement frustrant dans ce qu’il propose. D’une durée rikiki de 1h18, le téléfilm demeure superficiel et ne va pas au bout des choses. Colin revient dans sa ville natale en disant à son entourage qu’il va prochainement publier un livre inspiré de tout ce beau monde et soudain voilà qu’ils prennent tous peur, craignant de voir leurs noirs secrets exposés sur la place publique. Si cela n’est pas subtilement amené, ça ne l’est pas davantage traité. A plusieurs moments nous attendions que les personnages se confrontent, vident leurs sacs, s’expliquent ; nous voulions comprendre comment ces cinq ans avaient pu se produire et comment ils avaient impacté la famille : oui des bouts de réponse sont donnés, mais pas suffisamment pour crédibiliser ces retrouvailles. Même la sœur de Colin, l’une des rares personnes de la famille avec qui il avait l’air de s’entendre avant sa migration est désespérément effacée. Les non-dits des personnages demeurent des trous de frustration pour le spectateur (seule l’histoire avec la grand-mère de Colin est plutôt bien traitée), et là où nous aurions pu tenter d’y voir de la subtilité, nous n’y voyons qu’une triste absence de profondeur. Si Paris-Brest se suit sans rechigner, vos souvenirs à son propos se dissiperont dès lors que vous fermerez vos paupières pour aller vous coucher. Dommage.

Crédits: Arte

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