Actus

SOUS LA CASQUETTE DE MICHEL AUDIARD: Entretien avec Philippe Lombard (Actus)

Nouveau livre pour Philippe Lombard, quelques mois après Ça tourne mal (Editions La Tengo). Il revient cette fois-ci sur le secret des plus grandes répliques de Michel Audiard dans Sous la casquette de Michel Audiard chez Dunod, un livre très documenté où l’on retrouve avec plaisir la langue imagée et si caractéristique du célèbre romancier et scénariste. Philippe Lombard nous confie comment s’est construit ce nouvel ouvrage. Entretien.

Quand as-tu découvert le travail de Michel Audiard ?

Gamin, j’imagine, même si je n’identifiais pas encore le style d’Audiard. Mais c’était de vrais plaisirs, on visionnait en famille Les Tontons flingueurs à la télé, les films avec Gabin, Blier, Belmondo… Je me suis souviens, ado, avoir enregistré les dialogues de 100 000 dollars au soleil avec un magnétophone collé à la télé et je me les repassais en boucle.

Tu avais déjà écrit sur Michel Audiard et son univers. L’angle que tu as choisi cette fois te permet de revenir sur ses répliques les plus célèbres. Comment as-tu conçu la sélection parmi une carrière pléthorique?

Le sous-titre est « Les secret de ses grandes répliques » mais c’est une idée de l’éditeur. En réalité, je ne me suis pas limité et j’ai puisé dans l’ensemble de son œuvre (films et romans). L’idée du livre est d’analyser les répliques en se disant  » d’où viennent-elles ?  » Ce n’est pas un travail universitaire, c’est basé sur des faits. Telle fait référence à la jeunesse d’Audiard, telle autre recycle un dialogue écrit pour un précédent film, etc. Il faut donc trouver des répliques qui ont une « histoire ».

Comment s’est déroulé ton travail de recherche ? As-tu découvert des aspects de son travail que tu ne connaissais pas?

J’ai revu beaucoup de films écrit par Audiard. Ce qui n’est pas un travail trop désagréable… Ce qui fait que je pouvais me dire, tiens, là, cette réplique de Un taxi pour Tobrouk, elle est inspirée d’une autre de Archimède le clochard… Ou de relever une référence d’époque sur les « Ballets roses » ou le vol du train postal Glasgow-Londres, difficile à comprendre pour le public d’aujourd’hui. Je savais qu »Audiard était féru de littérature et de poésie mais c’est avec ce livre que j’ai découvert qu’il truffait ses films de citations de Céline, de Rimbaud, d’Apollinaire… 

C’est une personnalité plus complexe qu’il n’y paraît. Après la mort de son fils François il publie un roman semi-autobiographique La nuit le jour et toutes les autres nuits très sombre. Et son travail pour le cinéma sera aussi très impacté après ce drame. Y a-t-il clairement des périodes distinctes dans sa carrière ?

Oui, il y a des périodes « Gabin », « Lautner », qui peuvent aussi être identifiées comme des périodes « Simenon » ou « parodies policières ». Il y a la période « réalisateur » entre 1968 et 1974, où il arrête d’écrire pour les autres et fait ses propres films, qui sont loin d’être tous maîtrisés. Mais c’est vrai qu’après la mort de son fils dans un accident de voiture, il y a une période sombre avec des films comme Pile ou face, Mort d’un pourri, Garde à vue, Mortelle Randonnée, On ne meurt que deux foisSerrault, qui a connu lui aussi la mort d’un enfant, est souvent son alter ego. Mais ça n’empêche pas Audiard d’écrire des comédies, des commandes pour Belmondo ou La Cage aux folles 3.

Quels sont tes films de chevet auxquels il a prêté sa plume et pourquoi ?

Comme tout le monde, j’aime Les Tontons flingueurs. Ça ne vieillit pas, c’est incroyable ! Ça reflète une époque ou en tout cas l’image qu’on s’en fait. J’aime beaucoup aussi les Gabin : Les Grandes Familles, Le cave se rebiffe, Un singe en hiver, Archimède le clochard… Ces films étaient attaqués par Les Cahiers du cinéma et autres, mais aujourd’hui, on peut les revoir sans ennui, avec toujours le même plaisir. Ce qui prouve le talent de ceux qui les ont faits ! Sinon, il y en a tellement d’autres : Ne nous fâchons pas, Fleur d’oseille, Le Pacha, Comment réussir… quand on est con et pleurnichard, Le Corps de mon ennemi, Garde à vue…

Tu évoques les répliques de ses films mais en creux tu racontes une certaine histoire du cinéma français. Penses-tu qu’il y a des héritiers de l’esprit Audiard aujourd’hui et si oui quels sont-ils ?

Le seul qui me vient à l’esprit est Alexandre Astier, qui adore Audiard et qui est dans sa droite ligne. Il s’en inspire un peu, d’ailleurs, car il a grandi avec ses films, mais il crée comme lui un langage, un univers qui sont immédiatement reconnaissables.

Propos recueillis par Fred Teper.

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