Critiques Cinéma

KOKO-DI KOKO-DA (Critique)

SYNOPSIS: Pour surmonter les problèmes que traverse leur couple, Elin et Tobias partent camper au coeur de la forêt suédoise. Mais des fantômes de leur passé resurgissent et, plus que jamais, les mettent à l’épreuve.

Sorti tout droit de derrière les fagots, avec un titre aussi bizarre qu’énigmatique, Koko-di Koko-da, film suédo-danois réalisé par Johannes Nyholm était l’une des curiosités de l’année dernière. Nous avions déjà remarqué Johannes Nyholm lors de la sortie de The Giant qui mettait en scène un homme autiste atteint d’une importante malformation du visage (à la Elephant Man) qui souhaitait devenir champion de pétanque. Le voilà qui nous revient avec une proposition une fois de plus atypique et un concept qui nous rappelle de bons souvenirs d’Un jour sans fin, d’Edge of Tomorrow, ou encore d’Happy Birthdead, puisqu’il y est question d’une boucle temporelle. Le tout drapé d’un cocon très expérimental. Koko-di Koko-da c’est un conte de fées horrifique et malsain gorgé de malaise et de bizarrerie ; ce qui est certain c’est que beaucoup vont quitter le train en cours de route. 

Le film s’ouvre sur une famille : Tobias (Leif Edlund), Elin (Ylva Gallon) et leur petite fille. Ces derniers passent une journée ensemble en plein bonheur, maquillés en lapins ; à ce stade là Koko-di Koko-da est encore ancré dans le réel. Un drame survient, de façon aussi poignante que surprenante, et plonge le long métrage dans le début du cauchemar. Nous retrouvons le couple quelques années plus tard : l’ambiance a radicalement changé, l’amusement n’est plus au rendez-vous et les époux sont clairement ébranlés, individuellement et en tant qu’entité. Depuis le drame leur vie est en suspens. Tandis que Tobias et Elin décident de faire un trip à travers la forêt suédoise, le cauchemar va prendre une nouvelle forme : ils vont vivre et revivre en boucle l’enfer. Les personnages vont en effet se faire tuer inlassablement, souvent presque nus comme des vers puisqu’ils sont toujours assassinés à leur réveil en plein camping sauvage, les rendant aussi vulnérables que pathétiques. Puis une fois morts, comme dans un jeu vidéo ils reviennent à l’endroit initial et le cauchemar recommence. Si au début ni Elin, ni Tobias ne se souvient de ce qui s’est passé précédemment (donc de leur mise à mort), Tobias va peu à peu se remémorer plus ou moins nettement ce qui est arrivé, ou du moins la menace qui guette dans les bois, et va tenter d’empêcher leur funeste destin (en faisant avec la passivité de son épouse). Outre cette spécificité c’est bien l’identité des assassins qui enfonce le clou de la bizarrerie : un chapelier fou, un ogre et une sorcière.

Le film s’avère rapidement être, via cette boucle temporelle, une allégorie de la situation dans laquelle le couple s’est enfermé depuis le drame qui a brisé leur vie. Car au fond Koko-di Koko-da n’est pas un vrai film d’horreur, c’est plutôt un film sur l’horreur et son absurdité. Focalisé sur un couple lorsqu’il est confronté au pire, Koko-di Koko-da ne ménage toutefois pas ses personnages puisqu’il est extrêmement cruel avec eux. Derrière son apparence absurde, ses monstres de contes pour enfants, sa comptine entêtante et inquiétante qui raisonne très souvent au cours du film (et qui lui donne son titre) ou même des scènes d’ombres chinoises, le film traite un sujet qui a du sens sous une forme anxiogène et parfois un peu nébuleuse. Nous rappelant de temps à autre un certain Ari Aster, Johannes Nyholm demeure néanmoins un réel ovni dans la présentation et l’exécution de ses idées, réussissant à donner un côté aussi intéressant que décousu à l’ensemble. Du fait de sa boucle temporelle, et de sa situation géographique très localisée (les bois), Koko-di Koko-da s’avère néanmoins forcément limité par son concept. C’est ainsi que nous subissons quelques longueurs malgré la durée relativement courte du film (1h26), le rythme étant assez lent et les événements amenés du fait de l’idée de départ à la répétitivité.

Le plus inconfortable dans Koko-di Koko-da n’est néanmoins pas son rythme ni ses transitions farfelues, mais bel et bien son trio d’assassins. Si comme nous l’avons constaté il s’agit de personnages de contes, ces derniers sont de surcroît totalement impitoyables et déconnectés de toute logique ou empathie ; le chapelier est à ce titre aussi grotesque que dérangeant car sans pitié et imprévisible. Le spectateur subit alors le film comme les personnages subissent cette troupe à l’aspect Freak Show. Koko-di Koko-da est un projet particulier mais a le mérite de susciter un réel malaise lors de son visionnage et de nous offrir derrière l’horreur, l’apprentissage original d’un couple qui n’arrive pas à surmonter son deuil. S’il s’agit d’un film de niche, il est regrettable que sa distribution y compris à Paris ait été aussi confidentielle.

Titre Original: KOKO-DI KOKO-DA

Réalisé par: Johannes Nyholm

Casting : Leif Edlund, Ylva Gallon, Katarina Jacobson …

Genre: Drame, Epouvante-horreur

Sortie le: 13 Novembre 2019

Distribué par: Stray Dogs Distribution

BIEN

 

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