Critiques Cinéma

SWALLOW (Critique)

SYNOPSIS: Hunter semble mener une vie parfaite aux côtés de Richie, son mari qui vient de reprendre la direction de l’entreprise familiale. Mais dès lors qu’elle tombe enceinte, elle développe un trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, caractérisé par l’ingestion d’objets divers. Son époux et sa belle-famille décident alors de contrôler ses moindres faits et gestes pour éviter le pire : qu’elle ne porte atteinte à la lignée des Conrad… Mais cette étrange et incontrôlable obsession ne cacherait-elle pas un secret plus terrible encore ? 

Swallow est le premier long-métrage de Carlo Mirabella-Davis ; il met en scène Hunter (Haley Bennett), une jeune femme atteinte de la maladie de pica. Pour ceux qui auraient séché les cours de Grey’s Anatomy, ce syndrome se traduit par un trouble du comportement alimentaire où le malade ingère des substances et objets non comestibles pour le commun des mortels. L’occasion de voir l’angélique Hunter avaler une partie de ses objets de décoration, de la terre, une punaise, une pile et autres joyeusetés. En choisissant de se focaliser sur la maladie de pica, Carlo Mirabella-Davis aurait pu choisir de l’exploiter sous un angle racoleur mais il n’en est finalement rien puisqu’il a décidé de mettre le pica au service d’une histoire et d’un personnage principal avec du fond.

L’histoire en elle-même est d’ailleurs assez simple : Hunter est la femme au foyer parfaite qui a tout pour être heureuse. Belle et mariée avec un homme riche, elle passe toute ses journées dans leur immense maison à tourner en rond, préparer à manger et faire le ménage, en attendant le retour du travail de son cher et tendre, qui la néglige une fois rentré. La vie d’Hunter va rapidement prendre la forme d’une immense bulle d’ennui et de solitude dans laquelle elle incarne la poupée au foyer parfaite qui a remonté le temps jusque dans les années 1950, véritable rôle de composition pour répondre aux attentes de son entourage. Hunter intériorise toutes ses frustrations, baisse la tête lorsque la famille de son mari la méprise, et s’enferme dans son rôle de gentille godiche jusqu’à l’asphyxie. Jusqu’au jour où le syndrome de pica va pointer le bout de son nez et lui donner le sentiment d’accomplir, en avalant des objets de plus en plus dangereux, un acte qui brise un peu la morosité et l’exclusion qu’elle ressent dans son quotidien. Le pica c’est ce qui rend Hunter un peu heureuse, mais qui paradoxalement met aussi sa vie en danger. Si le scénario ne brille pas spécialement par son originalité dans le traitement d’Hunter, il réussit néanmoins à sonner juste et à nous faire éprouver de l’empathie vis-à-vis de son héroïne en déroulant tout du long de nouveaux éléments visant à mieux appréhender sa psychologie. Évidemment si pica il y a, le film va chercher à connaître les raisons de son apparition, que nous tairons dans cette critique.

Une fois l’apparition du syndrome de pica traité, Swallow va s’attarder peu à peu sur ses conséquences. Sur le corps bien évidemment mais aussi sur l’entourage. Les personnes qui gravitent autour d’Hunter, son mari en tête ainsi que la famille de ce dernier apparaissent rapidement comme les marionnettistes qui tenteront de contrôler Hunter, y compris lorsqu’elle est au plus bas, et de rejeter tout comportement déviant jugé inacceptable au sein de leur caste. Swallow c’est à la fois une descente aux enfers et une reconstruction, une réappropriation de sa propre vie, celle qui avait été docilement abandonnée pour se faire un trou dans un monde qui rejette le libre arbitre. Le film prend son temps, l’évolution s’avère assez fluide, du moins jusqu’à une révélation, annoncée de façon assez hasardeuse et qui mène à un dernier acte (avec l’excellent Denis O’Hare) qui semble presque greffé au reste du film tant il tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Si l’acte en question nous offre une jolie confrontation et une conclusion sur les origines du pica (du moins dans le cas d’Hunter), on ne peut s’empêcher de trouver le résultat un peu facile et bancal, comme si après avoir tenté de dessiner une psychologie à Hunter et un contexte autour d’elle, il fallait absolument rajouter quelque chose de pire, ce qui amène le film à flirter un peu avec la psychologie de comptoir. Côté casting Haley Bennett porte le film, la caméra ayant le loisir de la filmer sous tous les angles dans l’immense maison vide qu’elle arpente : sa présence, son charisme et son charme fonctionnent à merveille.


Swallow mise donc assez logiquement son développement sur la psychologie de son personnage féminin afin d’appréhender les racines du pica. Si les scènes d’ingurgitation (ou de régurgitation) peuvent être un peu inconfortables, elles demeurent aussi sobres que ce genre d’acte puisse l’être à l’écran. L’ambiance étrange et presque hors du temps des débuts laisse peu à peu sa place au retour d’Hunter dans le vrai monde pour affronter ses démons…mais dérive dans une direction qui lui fait perdre sa singularité et nous a laissé un peu sur notre faim. Le film se démarque ainsi davantage dans sa forme, très élégante : si les décors sont très épurés ils n’en sont pas moins extrêmement bien mis en valeur grâce à une très belle photographie, et à un jeu des couleurs permanent. Ces dernières ont en effet une place privilégiée, au cœur de la maison, dans les vêtements, dans le rouge à lèvres, elles sautent tout de suite aux yeux et tranchent avec les environnements plus ternes. Swallow est donc loin d’être dénué de charme et démontre une véritable maîtrise technique de la part de son réalisateur, dommage que le parti pris de déporter ce qui faisait le charme du film vers quelque chose de beaucoup plus conventionnel casse finalement la maîtrise dont la psychologie d’Hunter semblait bénéficier dans son écriture

Titre Original: SWALLOW

Réalisé par: Carlo Mirabella-Davis

Casting : Haley Bennett, Austin Stowell, Denis O’Hare …

Genre: Drame, Thriller

Sortie le: 15 janvier 2020

Distribué par: UFO Distribution

BIEN

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