Critiques

AMOUR FOU (Critique Mini-Série) Un joli tour de force…

SYNOPSIS: Couple aisé et épris, Rebecca, médecin, et Romain, directeur commercial, vivent dans une petite ville de province. Mais la jeune femme, sujette à des cauchemars, paraît stressée. Elle appréhende l’installation, juste en face de chez eux, de Mickaël, le frère instable de Romain, et de sa petite amie Émilie. De plus, Romain veut à tout prix un enfant, et Rebecca craint de ne pas parvenir à exaucer ce désir. Un jour, alors que les deux couples dînent ensemble, Mickaël annonce en fanfaronnant la grossesse de sa femme. La soirée s’envenime et Rebecca voit avec horreur son beau-frère gifler sa compagne. Incapable de dormir après cela, elle surveille anxieusement la maison d’en face. Le lendemain, sans nouvelles d’Émilie, Romain et Rebecca demandent des explications à Mickaël.

Ça commence comme un drame domestique un rien ronflant, l’une de ces chroniques de voisinage déjà maintes fois évoquées dans la fiction française – l’an dernier dans Mytho par exemple, également diffusé sur Arte. Pourtant, si Amour fou (adaptation du roman d’Ingrid Deesjours Tout pour plaire, Editions Robert Laffont et Pocket) a remporté le prix de la meilleure série, du meilleur scénario (Ingrid Desjours, Florent Meyer, Mathias Gokalp) et de la meilleure interprétation féminine pour Clotilde Hesme au festival de Luchon 2020, ça n’est pas pour rien. Car, très vite, on n’est pas loin de Fenêtre sur cour, l’ombre tutélaire d’Alfred Hitchcock planant sur Amour fou sans la moindre ambiguïté. Mais n’imite pas Hitchcock qui veut. Mathias Gokalp (Rien de personnel) s’en tire avec bien plus que les honneurs en réalisant une œuvre toute en finesse, attentive aux détails et à une certaine imagerie propre aux cauchemars éveillés, de ceux qui peuplent les plus grands récits de manœuvres retorses. D’emblée, Gokalp brouille les pistes dans un habile jeu de miroirs, mettant en scène deux couples diamétralement opposés, le déséquilibre des parallèles appuyé jusque dans l’attitude, le phrasé, la tenue, les appétits et la décoration intérieure de deux foyers qui se font affront et défi à la fois. D’emblée, le drame domestique qui se joue sous nos yeux laisse évidemment penser à une machination : un coupable idéal (inquiétant Finnegan Oldfield) enclin à l’autodestruction, des preuves et des témoins à charge… Toutes les cartes semblent dévoilées dès le départ. Jusqu’au derniers tiers du premier épisode, en forme de faux épilogue. L’exposition est adroite, à tel point qu’elle se suffit pratiquement à elle-même, multipliant miettes d’indices et faux semblants. Alors, qui manipule qui ?

Plus encore que celle d’Hitchcock, c’est l’empreinte de la romancière Daphné du Maurier qui marque la mini-série hantée par le spectre de sa célèbre Rebecca – littéralement présente à l’écran d’ailleurs – incarnée par Clotilde Hesme (L’échappée belle), en état de grâce. Dans un long flashback, on revient sur les origines du mal, essaimé d’images fortes, qui laissent une impression durable, aussi symboliques que dérangeantes (la poule sur le renard mort). Tour à tour fragile et émotive, tantôt implacable et diabolique, Clotilde Hesme fait montre d’une présence hypnotique, passant du rire aux larmes, de la bienveillance à l’insanité, tandis que Jérémie Renier (Saint Laurent, L’Amant double) excelle en mari tourmenté, formidable moucheron se débattant en vain dans la toile tissée par une épouse au seuil de la folie. Dans un troisième acte perturbant soutenu par le score de Flemming Nordkrog, qui nous a donnés quelques sueurs froides, on explore les recoins les plus dangereux de l’amour fou, celui où la raison vacille, l’aliénation changeant de bord à chaque scène, dans un bras de fer mental et émotionnel dont on ignore, jusqu’à la toute dernière minute, qui sortira vainqueur. Un joli tour de force que ce drame en trois actes donc, décliné au présent, puis passé et futur, dans lequel Mathias Gokalp dévoile avec dextérité les blessures incommensurables que recouvre une trame proprement diabolique. Un bel hommage frenchy à Hitchcock, qui s’amuse tout autant qu’il se plie aux codes et à la symbolique si chers au maître du suspense, jusque dans la représentation de son héroïne. Captivant.

Crédits: Arte

3 réponses »

  1. Bonjour, Amour fou est d’abord et surtout l’adaptation de mon roman « Tout pour plaire » paru aux éd. Robert Laffont et Pocket.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s