Critiques Cinéma

TOUT PEUT CHANGER, ET SI LES FEMMES COMPTAIENT À HOLLYWOOD ? (Critique)

SYNOPSIS: Tout peut changer est un documentaire qui révèle ce qui se cache derrière l’une des aberrations de l’industrie du cinéma américain : la sous-représentation des femmes à Hollywood. Le réalisateur Tom Donahue met en avant des décennies de discrimination à l’égard des femmes derrière et devant la caméra, grâce notamment à une méthode inédite d’étude des données chiffrées, avec, à l’appui, des centaines de témoignages accablants. Plus important encore, le film cherche et propose des solutions qui vont au-delà de l’industrie du cinéma et bien au-delà des frontières américaines, à travers les témoignages de nombreuses voix d’Hollywood, dont Meryl Streep, Cate Blanchett, Natalie Portman, Reese Witherspoon, Sandra Oh, Jessica Chastain, Chloë Grace Moretz, Shonda Rhimes, ou encore, Geena Davis, également productrice exécutive du film ; pour mettre en exergue ce qui peut et doit changer. 

Les Oscars 2020 ont rendu leur verdict, et, dans le lot, à l’exception des catégories qui leur sont réservées, peu de femmes sont à retrouver au palmarès. Cette édition des Oscars aura mis en exergue deux des principales problématiques de l’industrie : le manque criant de femmes et de personnes racisées, parfois les deux en même temps. Un manque de représentation qui ne date pas d’hier, mais que l’actrice Geena Davis, aura mis en avant à sa manière, grâce à sa fondation dont la création est racontée dans le documentaire Tout Peut Changer, qui a l’occasion de sortir en salles. Parsemé d’intervenantes de poids, qu’il s’agisse d’actrices, réalisatrices, productrices… De tous âges, toutes origines et tous milieux confondus, Tout Peut Changer regorge d’anecdotes saisissantes sur le manque d’opportunités que rencontrent les femmes du secteur hollywoodien. Qu’il s’agisse de Jessica Chastain qui a dû âprement négocier un salaire plus élevé, en passant par des réalisatrices afro-américaines dont les faibles distributions de leurs films ont mis un terme brutal à leurs carrières en dépit des thématiques abordées, le documentaire aborde une grande variété de sujets en l’espace d’1h40.

C’est en constatant ces fossés inquiétants qui se creusent que Geena Davis, activiste de toujours, militante féministe et précurseure avec Thelma & Louise, a décidé de fonder sa fondation afin de trouver des solutions à ces problèmes qui pénalisent non seulement les productions mais aussi le public, lésé d’une représentation qui leur est pourtant légitime. En s’appuyant sur un algorithme concocté par Google (comme quoi), des data ont été récoltées pendant des années pour prouver ce qu’on savait déjà, mais qui prend un aspect définitif avec des chiffres écrits noir sur blanc : oui, les hommes blancs sont représentés en majorité au cinéma et dans les séries télévisées. Mais le problème, au-delà de ce manque de représentation, c’est le peu d’envie des studios de vouloir un changement. Alors certes des contre-exemples existent, comme Jon Landgraff, patron de l’excellente chaîne FX et qui a pris note des statistiques pointant le manque de diversité des programmes de sa chaîne. Mais pour un Landgraff, il reste encore bien compliqué de proposer davantage de personnages diversifiés. On pense certes à Shonda Rhimes, Ryan Murphy, des visionnaires de la télévision ayant réussi à imposer de nouveaux visages et de nouvelles icônes – en matière de genre, de couleur de peau, de sexualité.

Mais le documentaire se fait malgré tout prudent sur l’évolution des mœurs. Déjà parce que l’argent et le politiquement correct règnent en maîtres dans l’industrie hollywoodienne, même si les verrous commencent à sauter, notamment avec l’émergence du mouvement #MeToo qui aura permis à beaucoup d’actrices du milieu de faire éclater l’omerta et la violence qui le régissent. Pour des victoires arrachées au forceps, notamment quand Shonda Rhimes tente d’imposer sur ABC une héroïne aux mœurs libérées dans Grey’s Anatomy avec l’aide de ses productrices, combien de projets ont été mis aux oubliettes pour les mêmes raisons, tout simplement parce que les créatrices n’ont pas la poigne de Rhimes ?

Tout Peut Changer tente de montrer des exemples positifs de femmes ayant réussi, puisant souvent leur envie de jouer ou de réaliser en découvrant certains modèles qui leur ressemblent, à l’instar de l’actrice afro-américaine Tiffany Haddish. Mais ces envolées sont en permanence entachées d’une présence masculine (patriarcale, oserait-on dire?) qui empêche perpétuellement une quelconque évolution. Heureusement pour nous, malheureusement pour les vieilles institutions (#sowhite et #somasculines), les choses changent. Si le documentaire est parfois un peu trop simpliste et idéaliste quant à la solidarité et sororité des femmes (53% des femmes blanches ont voté Trump, un chiffre pas anodin du tout), Tout Peut Changer a le mérite de rappeler une fois de plus qu’il est temps de bouger les choses. Bien documenté et alimenté par des témoignages pertinents, on en sort avec plus que jamais une rage de vouloir davantage de diversité.

 

Titre Original: THIS CHANGES EVERYTHING

Réalisé par:  Tom Donahue

Casting : Geena Davis, Meryl Streep, Chloë Grace Moretz …

Genre: Documentaire

Sortie le: 19 Février 2020

Distribué par: Alba Films

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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