Critiques Cinéma

APPELEZ-MOI MONSIEUR TIBBS (Critique)

SYNOPSIS: Le lieutenant Virgil Tibbs et le révérend Logan Sharpe enquêtent sur le meurtre d’une jeune fille. 

Alors qu’Hollywood ne cesse de nous resservir le même plat depuis une bonne dizaine d’années, il est aussi étonnant de voir qu’il existe dans l’histoire lointaine des suites à de véritables monuments. En effet, alors que le film de Norwan Jewinson, Dans la Chaleur de la Nuit, vient de remporter l’oscar du Meilleur Film en 1968, une suite des aventures de l’officier Tibbs interprété par Sidney Poitier sort deux années plus tard. Le premier volet relatait la résolution d’un meurtre dans un état du sud des États-Unis sur fond de racisme. Ce film était directement relié à l’actualité bouillante des droits civiques. Le second film débute également par un meurtre mais met de côté le thème du premier chapitre. Et c’est principalement là où le bât blesse pour cette suite qui constitue un film du samedi soir somme toute plaisant mais totalement inoffensif. Ce qui étonne dans un premier temps est l’évolution (l’incohérence) du personnage de Tibbs. En trois ans, le personnage est devenu père de famille, travaille à San Francisco et a l’air parfaitement installé au sein de la police californienne. Il y est respecté et fait preuve de grande assurance. Le réalisateur Gordon Douglas élude totalement le thème du racisme et pas une seule fois pendant le film, Tibbs n’aura à subir une quelconque forme de mépris. Quand on voit le parler cru du premier volet et la réflexion complexe autour des personnages, on est là aussi un peu étonné. L’histoire nous plonge au cœur du meurtre d’une prostituée et donc de sa résolution. Tout y est un peu maladroit. En effet, on attend d’un polar qu’il dépasse son sujet de départ pour développer soit des sujets contemporains soit des sujets plus universels. Ici, le metteur en scène n’a clairement pas les épaules pour réussir cette entreprise. Le principal suspect de l’enquête est un prédicateur libéral interprété par Martin Landau qui pourrait constituer un des sujets du film. Traité de manière superficielle alors qu’il aurait été intéressant de comprendre la logique de ce personnage, sorte de gourou 70’s, avec ses failles et son cynisme, le réalisateur nous trimballe vers des personnages secondaires assez inintéressants où l’impression de tourner en rond prédomine. La poursuite de voitures nous réveille un peu de notre sommeil car elle est assez bien montée et divertissante.

Le récit tient avec un peu plus de consistance lorsqu’il aborde la question de la famille et plus précisément de la relation de Tibbs avec sa femme et son fils aîné. Souvent absent, Tibbs voit sa famille s’éloigner et son fils devenir un cancre. Les face-à-face avec sa progéniture sont ainsi assez intenses et Sidney Poitier impressionne toujours en père de famille un peu désemparé et en policier incorruptible. Il est toujours amusant de noter dans ces films des détails qui ne seraient plus acceptés aujourd’hui. Ainsi, lors d’une explication de textes musclée, Tibbs fournit à son fils (on peut penser qu’il a une dizaine d’années) un énorme cigare et un whisky avant de lui mettre de violentes claques dans la scène suivante.

On aurait voulu que ces face-à-face avec ce formidable acteur qu’est Martin Landau soit du même acabit. Cet acteur américain tardivement récompensé (pour Ed Wood en 1994) est assez magnanime dans ce rôle de prédicateur capable de galvaniser les foules. On est juste un an après les meurtres abominables de la Manson family et on aurait voulu voir le réalisateur s’attaquer de front à ce sujet. Malheureusement, on a l’impression que le réalisateur suit un cahier des charges assez inconséquent pour le spectateur. Pour ceux qui attendaient de voir passer un vrai message politique, il faudra passer son chemin. Preuve en est, la résolution de l’affaire était tellement attendue qu’on finit le film avec la sensation de n’avoir même pas vu un bon épisode de série policière.

Titre Original: THEY CALL ME MISTER TIBBS !

Réalisé par: Gordon Douglas

Casting : Sidney Poitier, Martin Landau, Barbara McNair

Genre: Policier

Sortie le: 9 septembre 1970

Distribué par: –

MOYEN

1 réponse »

  1. (evilashymetrie) Ce film là et son autre séquelle (L’ORGANISATION) sont clairement loin du parfum du 1er volet, en effet. J’aime cependant bien le côté blaxploitation de ces séquelles. Surtout le 3ème volet, assez fun, qui fait penser aux films TRUCK TURNER et cie.

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