Critique Blu-Ray

LA BALLADE DE NARAYAMA (Critique)

SYNOPSIS: Orin, une vieille femme des montagnes du Shinshu, atteint l’âge fatidique de soixante-dix ans. Comme le veut la coutume, elle doit se rendre sur le sommet de Narayama pour être emportée par la mort. La sagesse de la vieille femme aura d’ici-là l’occasion de se manifester.

Le cinéma japonais fut récompensé à quatre reprises au Festival de Cannes. Il ne faut pas remonter à bien loin pour voir un cinéaste recevoir le graal ultime. C’était en 2018 avec le formidable Une Affaire de Famille de Kore Eda. Le réalisateur Shohei Imamura fait partie du club très privilégié des cinéastes à avoir reçu deux palmes d’or au cours de sa carrière à l’instar d’un Michael Haneke, Ken Loach ou Francis Ford Coppola. Imamura reçut sa première palme d’or en 1983 pour cette Ballade de Narayama puis en 1997 avec L’Anguille. Le metteur en scène avait déjà plus de vingt ans de carrière lorsqu’il débuta le tournage du probable sommet de celle-ci. Presque quarante ans après sa sortie, faut-il encore s’attarder sur cette histoire d’ubasute (l’abandon des personnes âgées au sommet d’une montagne) ? La culture japonaise a toujours mis à rude épreuve notre esprit européen, rebelle et cartésien. On retrouve régulièrement des récits traitant de fantômes, de respect des traditions familiales ancestrales, de respect des ainés, ou encore de la vie après la mort qui permettent de s’imprégner occasionnellement de cette fascinante culture. Le récit qui nous est présenté par Imamura ne va pas déroger à la règle. Cette Ballade de Narayama nous entraine dans un village pauvre et reculé du Japon du 19ème siècle. On suit le quotidien d’une famille de ce village vivant au rythme des saisons. Le metteur en scène nous immerge totalement dans cette vie agricole et primitive qui parait totalement coupée du monde. De magnifiques plans de faune et de flore émergent de la caméra de Imamura où l’homme vit avec une obsession : se nourrir. On paye de sa vie le vol de nourriture et on se réjouit des morts qui constituent une bouche de moins à nourrir.

Alors que ces personnages pourraient dans un premier temps nous repousser par cette absence d’humanisme envers leur communauté à travers ses scènes malséantes, le réalisateur parvient à éviter tout jugement moral sur ces protagonistes. Il veut nous faire partager cette rude tranche de vie en la restituant le mieux possible sans aucune complaisance ou filouterie. Les scènes crues ne nous seront ainsi peu épargnées : de la zoophilie à l’écrasement volontaire de dents en passant la gérontophilie, dire que le spectateur que nous sommes n’est pas habitué à voir de telles scènes seraient un euphémisme. Mais c’est dans cette atmosphère a priori peu amène qu’Imamura fera jaillir la lumière. Un rite ancestral veut que les personnes ayant bientôt atteint l’âge de 70 ans aillent mourir sur le mont Narayama accompagné de l’aîné de la famille. Le respect de cette coutume parait d’une cruauté folle : l’abandon pur et simple d’un membre de sa famille où l’attend une mort solitaire et potentiellement épouvantable. La matriarche Orin, âgée de 69 ans, est sur le point de connaître cette épreuve. Avant cela, elle veut laisser à ses enfants et petits-enfants un lieu organisé et paisible. Son ainé, figure virile et dévouée doit rencontrer une femme qui puisse s’occuper de ses trois enfants ainsi que de la maison. Son cadet, passablement simplet, surnommé le puant, doit perdre sa virginité tandis que son premier petit-fils doit se marier. Ce personnage n’aura aucune compassion dans la réalisation de ces objectifs. Du fait d’être toujours asservi à ce besoin totalement primaire qu’est l’alimentation, ces êtres n’ont pas le temps de connaitre l’empathie ou l’apitoiement.

Le périple vers le mont Narayama aura finalement lieu assez tardivement dans le film. Le fils ainé devra donc franchir les obstacles de la montagne en ayant sa mère sur le dos. On sent toute la résilience de ce fils aîné bientôt auteur d’un matricide. C’est durant ce passage où notre âme européenne est totalement ébranlée car on se demande comment un tel acte peut être réalisé avec autant de souffrance physique et morale. D’autant qu’on a pu constater qu’Orin était dans une très bonne forme physique et mentale. La force de la tradition dépasse toute autre forme de considération dans ce village japonais et c’est ce qui fait toute la beauté de cette histoire. Imamura laisse tout de même transpirer toute l’émotion de ce fils ainé jusqu’au-boutiste dans cette scène bouleversante une fois arrivé au sommet. L’apparition de cette neige qui vient recouvrir le village vient définitivement saper notre rationalité et laisse le spectateur croire à l’existence de divinités en réponse à l’acte d’ubasute. Simplement magnifique.

DÉTAIL DE SUPPLÉMENTS:

  • Documentaire L’Héritage de Shohei Imamura (52 mn), avec Max Tessier, Bastian Meiresonne et Daisuke Tengan (fils de Shohei Imamura)
  • L’édition Digipack est vendue uniquement sur https://thejokers-shop.com/ contient le DVD et le Blu-ray du film, un livret de 44 pages avec le fac-similé du dossier de presse japonais de 1983 ainsi que des photos de tournage inédites.

Titre Original: NARAYAMA BUSHIKOU

Réalisé par: Shohei Imamura

Casting : Sumiko Sakamoto, Ken Ogata, Takejo Aki …

Genre: Drame

Ressortie en version restaurée le : 11 juillet 2018

Distribué par:  La Rabbia

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

2 réponses »

  1. (evilashymetrie) J’ai vu ce film, j’étais gamin, inutile de dire combien il m’a traumatisé. En même temps, mes parents m’avaient également emmené voir RAN de Kurosawa en salles. Décidément, ils me gâtaient. lol

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