Critiques Cinéma

UNCUT GEMS (Critique)

SYNOPSIS: Un propriétaire de bijouterie, au sein de Diamond District à New York, et revendeur à ses heures perdues, voit sa vie bouleversée lorsque sa marchandise est volée. 

La fin de l’année 2019 a signé pour Netflix un commencement de reconnaissance artistique alors qu’auparavant, le géant du streaming donnait l’impression de vouloir faire grossir son catalogue le plus rapidement possible avec très peu de réussites à la clé. La société de Reed Hastings veut maintenant jouer dans la cour des grands et la cérémonie des Oscars pourrait voir couronner cette stratégie. De The Irishman à Marriage Story en passant par Dolemite is my name, on voit apparaitre au fur et à mesure des choix artistiques forts avec des réalisateurs reconnus. L’arrivée de nombreux concurrents comme Disney + ou Apple TV pousserait aussi dans ce sens. Les petits nouveaux à investir la plateforme sont les frères Safdie : Joshua et Ben. Même si Mad Love in New York n’était pas leur premier film, c’est grâce à cette œuvre bouleversante que les frangins se sont fait repérer. On y suivait le quotidien violent et cru d’une toxico au cœur de New York. Leur film suivant Good Time avec Robert Pattinson, présenté à Cannes en 2017 et également très réussi, leur a définitivement ouvert les portes de la notoriété. L’arrivée de Uncut Gems sur la plateforme permet de mesurer la filiation évidente entre ce film et Good Time. La première évidence est le style de récit proposé par les réalisateurs. A l’image de Good Time, ce thriller se déroule sur une période très resserrée. Les Safdie n’aiment pas le temps long et leur mise en scène ultra nerveuse et tendue prolongent cette idée. Les scènes s’enchainent à un rythme effréné, les réalisateurs cherchant allègrement à relancer l’intrigue dès que possible. Les personnages sont tous à la recherche de quelque chose, courent partout et ne prennent jamais le temps de se poser. Il faut bien intégrer ce paramètre dès le début car sur une durée de 2h15, le film ne nous laissera pas une seule seconde de répit avec une succession de rebondissements qui pourrait épuiser à terme le téléspectateur non averti.

Devant un cinéma indépendant américain devenu un peu trop poseur à nos yeux, le style des frères Safdie amène une nouvelle fois un vent de fraîcheur et cet allant est principalement dû au choix d’avoir casté Adam Sandler pour le rôle principal. Dans ce rôle d’être chétif et médiocre, cet acteur comique américain passablement inconnu en France, prouve une nouvelle fois (après Punch-Drunk Love de Paul Thomas Anderson et Funny Pepole de Judd Appatow) la force des acteurs américains à pouvoir alterner tous les genres cinématographiques. Sandler joue donc Howard Ratner, escroc à la petite semaine, mari infidèle, père absent et propriétaire d’une petite bijouterie dans un quartier juif de New York. Avec ce pedigree, Ratner a une tendance naturelle à s’attirer toutes les embrouilles possibles et inimaginables auprès de sa communauté. Toujours plein d’inspiration, il pense avoir flairé l’affaire de sa vie : la vente d’une opale venant tout droit d’Ethiopie qui lui permettrait de rembourser toutes les dettes accumulées auprès de personnes fort peu respectables.

Il faut voir dans un premier temps la dégaine has-been de Sandler avec son look 90’s : boucle d’oreille, lunettes teintées et polo jaune. Son phrasé anachronique renforce également notre perception d’un personnage à la fois pathétique et tragique. Il fait partie de ce système corrompu mais n’a pas les épaules assez larges pour y perdurer. C’est en cela qu’Howard est attachant : il ne réalise pas que ce monde n’est pas pour lui et qu’il va s’y brûler les ailes. En essayant désespérément de trouver une solution à chaque nouveau problème qui se présente à lui, il ne fait qu’empirer la situation. Cela amène à des situations hilarantes où notamment il se retrouve nu dans le coffre de sa voiture ou encore quand il décide de frapper inconsciemment le chanteur The Weeknd. Tout au long du film, les frères Safdie font perdurer ce sentiment ambivalent d’exaspération envers ce personnage mais également d’attachement, surtout dans la dernière partie du film où son jusqu’au boutisme et sa folie s’avéreront payants.

On finit donc le film sur les rotules avec l’impression d’avoir fait partie d’un rouleau compresseur mais qui nous étonne finalement peu des frères Safdie quand on compare à nouveau avec leur précédent film. A noter une autre réussite de Uncut Gems : Le reste du casting avec des nouvelles têtes comme Julia Fox, parfaite en arriviste prête à prendre tous les risques pour arriver à ses fins, Kevin Garnett, superstar du basket dans son propre rôle, Lakeith Stanfield en adjoint peu fiable ou encore Eric Bogosian toujours prêt à faire le grand méchant de service. Uncut Gems renouvelle donc la réussite de Good Time, l’effet de surprise en moins.

Titre Original: UNCUT GEMS

Réalisé par: Benny & Josh Safdie

Casting : Adam Sandler, Julia Fox, The Weeknd …

Genre: Thriller, Drame, Comédie, Policier

Sortie le: 31 janvier 2020

Distribué par: Netflix France

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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