Critiques Cinéma

ADORATION (Critique)

SYNOPSIS: Paul, un jeune garçon solitaire, rencontre Gloria, la nouvelle patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Tombé amoureux fou de cette adolescente trouble et solaire, Paul va s’enfuir avec elle, loin du monde des adultes…

Adoration est la nouvelle incursion au cinéma de Fabrice Du Welz qui semble vouloir varier les registres et expérimenter de nouveaux angles d’attaque. Dans la continuité d’Alléluia (tout en s’en démarquant largement), Adoration est une œuvre beaucoup plus intime et solaire qu’un Message from the King et nous emmène à travers la fuite de deux adolescents sur un fond d’histoire d’amour borderline où se côtoient complicité, premiers émois, maladie, passion et drames…un récit initiatique à l’allure de conte de fées qui va basculer peu à peu dans le désenchantement…jusqu’au point de non-retour ? L’amour, cette chose irrationnelle qui confronte le cœur et l’esprit, et qui repousse sans cesse les limites de ce que chacun devrait être en mesure d’accepter ou de refuser de l’autre. Ce mélange de sentiments qu’une vie ne suffit pas à appréhender. L’amour, cette chose qui perdure même brisée, à travers le déni, les souvenirs et les vestiges de ce qu’elle fut autrefois. Adoration c’est justement un film sur l’amour dans tout ce qu’il a de plus abstrait et de plus concret. Ces sentiments qui pour tout individu demeurent impalpables, irrationnels et difficilement maîtrisables. Alors lorsque l’amour débarque pour la première fois, beau et cruel, de façon fulgurante à travers les yeux d’un adolescent candide, comment pouvoir raisonnablement imaginer qu’il puisse être aisément réfréné ?
C’est tout l’enjeu du nouveau film de Fabrice Du Welz qui nous transporte dans les pas de Paul (Thomas Gioria) jeune garçon sensible où la bonté semble s’être incarnée. Paul c’est l’enfance et l’innocence, c’est la pureté qui aime prendre soin des animaux, les soigner lorsqu’ils sont blessés et qui puise dans la nature tout ce qu’il y a de plus poétique…mais l’arrivée de Gloria (Fantine Harduin) va le faire chavirer d’une façon violente et radicale. De prime abord au centre d’une relation en apparence idyllique, Paul va vite se retrouver malmené et happé dans les méandres des démons qui entourent sa jeune dulcinée.
Si l’on pourra reprocher un certain côté linéaire à Adoration, souvent davantage sublimé par la beauté et l’onirisme de ses images que par son écriture, le sujet n’en demeure pas moins intelligemment exploité. Intelligemment car dès le départ, même sans avoir toutes les cartes en mains, le spectateur se retrouve désolé et circonspect quant au devenir de la relation de Paul et Gloria : tout simplement parce qu’il est beaucoup moins naïf que les personnages sur le danger qui les guette. C’est ainsi que nous traversons cet apparent conte en restant sur nos gardes, y compris lors des plus beaux moments, tandis que Paul en profite avec fascination et insouciance jusqu’à la dégringolade. Là où Paul raisonne avec son cœur, le spectateur observe, empreint de raison, les funestes péripéties de ce duo infernal de plus en plus destructeur. L’observateur extérieur a donc toujours un coup d’avance sur eux et c’est ce qui rend l’ensemble encore plus troublant et déchirant. Le casting est extrêmement convaincant : Thomas Gioria et Fantine Harduin apportent l’un comme l’autre une sensibilité et des caractères nuancés à leurs personnages, leur donnant l’occasion de montrer toute la richesse de leur palette de jeu, créant aisément de l’empathie à leur encontre, y compris dans les épreuves les plus pénibles.

 Benoit Poelvoorde n’est pas en reste et nous livre une prestation sensible et attachante qui vient mettre un peu d’oxygène au cœur de l’autarcie malsaine de ce jeune couple.

Si comme nous l’évoquions le scénario nous laisse parfois sur notre faim, la réalisation et la photographie (qui livrent parfois de véritables tableaux, la photographie de Manuel Dacosse est, il faut le souligner, réellement magnifique) rattrapent cette légère frustration. Chaque plan est travaillé et met en valeur la nature de la plus belle des façons : la lumière, la brume, l’eau, les arbres se ressemblent mais pas les images qui les subliment en permanence. L’autre force du film c’est qu’ici la violence n’explose pas principalement dans les actes en tant que tels, mais surtout dans les mots de Gloria et le naufrage psychologique de Paul, qui encaisse tout au long de son périple des chocs de plus en plus rudes. La nature est vaste, presque infinie tandis que l’étau se resserre sur le couple jusqu’à ériger les cimes et les rivières en prison de verre. Adoration est un conte où la candeur et l’amour transportent l’enfant vers les pires travers de l’âge adulte, alors même que c’est justement de ce monde adulte qu’il tenait tant à s’éloigner. Quand l’intolérable s’entremêle avec la dévotion et l’abnégation, que reste-t-il à part la destruction ?

Titre Original: ADORATION

Réalisé par: Fabrice Du Welz

Casting: Thomas Gioria, Fantine Harduin, Benoît Poelvoorde …

Genre: Thriller, Drame

Sortie le:  22 janvier 2020

Distribué par: Les Bookmakers / The Jokers

TRÈS BIEN

 

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