Critiques Cinéma

SCANDALE (Critique)

SYNOPSIS: Inspiré de faits réels, SCANDALE nous plonge dans les coulisses d’une chaîne de télévision aussi puissante que controversée. Des premières étincelles à l’explosion médiatique, découvrez comment des femmes journalistes ont réussi à briser la loi du silence pour dénoncer l’inacceptable. 

Le mouvement Me Too aura changé la face du monde et des rapports hommes/femmes de manière spectaculaire. Crée par l’activiste Tarana Burke en 2007, avant d’être réapproprié et relancé 10 ans plus tard sur les réseaux sociaux, peu de mouvements auront provoqués un tel séisme, notamment dans plusieurs domaines culturels et médiatiques. Qu’il s’agisse du cinéma américain et depuis peu français, le journalisme (la funeste Ligue du LOL et ses conséquences sur des journalistes et militantes françaises et/ou de couleur), ou même la publicité, pas un seul corps de métier n’a échappé à une libération de la parole, parfois difficile, mais toujours exemplaire. Si les séries ont pu vite s’emparer de ces thématiques (on repense notamment à BoJack Horseman, Brooklyn 99, et bien d’autres), le cinéma, lui, est resté en retrait jusqu’il y a peu de temps. On sait qu’un film vaguement inspiré de l’affaire Weinstein a été réalisé, adoptant le point de vue de son assistante, mais au final, rien de réellement consistant. C’est dans ce contexte que nous arrive Scandale, signé Jay Roach. Le film raconte la véritable histoire des coulisses sordides de l’empire Fox News, ainsi que de la bataille menée par les femmes de Fox pour faire tomber Roger Ailes et Bill O’Reilly, chacun accusés de harcèlement et d’agressions sexuelles sur leurs victimes. Si les faits remontent à 2016, en pleine élection présidentielle, il est aussi important de noter que le scénario a été écrit bien avant l’explosion du mouvement Me Too. Pour autant, évidemment, on peut tout à fait se dire que l’automne 2017 aura pu faciliter la mise en marche du projet.

S’entourant d’une distribution haut de gamme, avec le trio Charlize Theron/Nicole Kidman/Margot Robbie en tête, le film prend donc le parti de raconter via trois femmes extrêmement conservatrices, officiant sur un média d’extrême-droite plutôt hostile aux droits des femmes et autres minorités, un combat surtout mené par des militantes féministes. Ce paradoxe, le film semble en avoir conscience très vite, multipliant les effets de mise en scène brisant le quatrième mur comme un Adam McKay a pu le faire ces dernières années. Megyn Kelly nous présente le bâtiment de Fox News, et rapidement la machine si parfaite de l’entreprise montre ses limites. Toute la première partie de Scandale est destinée à rappeler en permanence que ses deux protagonistes ayant réellement existé (Megyn Kelly, donc et Gretchen Carlson), si elles ont mené un combat légitime contre leurs harceleurs, sont pleines de contradictions concernant le progressisme. Surtout dans un environ blanc, masculin et hétéro comme Fox, où les « plans jambes » sont légion et où l’objectification des journalistes est quotidienne et subie, sous peine d’être exclue de la chaine. Le problème, c’est qu’à force de rappeler que ces deux femmes n’ont au final rien de sympathique ni même d’humain, on ne prend aucun intérêt à les suivre. Kelly, surtout, est dépeinte de manière terrifiante, un sommet d’égoïsme que même sa croisade contre le sexisme de Trump, pourtant pertinente, est entachée de polémiques et d’une vision extrêmement réductrice de la femme. Le script de Charles Randolph avance sur des œufs. Peut-on rendre humaine voire même sympathique une femme qui affirme à la télévision que le père Noël « ne peut pas être noir » ?

Il n’y a pas de bonne réponse à cette question parce que l’âme humaine est pleine de contradictions. Megyn Kelly comme beaucoup d’autres a subi le harcèlement de Roger Ailes et mérite que son histoire ainsi que celles des autres victimes soit racontée. Pour autant, on peut se demander pourquoi cette histoire et ce point de vue précis ont semblé plus intéressants qu’un autre. La question se pose d’autant plus que Kayla, personnage fictif mais inspiré de plusieurs femmes, est finalement le plus remarquable de tous. Incarnée par une excellente Margot Robbie, Kayla est le seul personnage un tant soit peu empathique, parce qu’elle ne porte pas la responsabilité d’exister dans la vraie vie. Elle est parfaite jusque dans ses imperfections, sa liaison avec l’une de ses camarades de travail (Kate McKinnon, impériale encore) en fait une figure moderne de Fox News, alliant conservatisme et libération des mœurs dans un média encore très homophobe. Kayla est une victime jeune et pure de Roger Ailes, celle dont on aura aucun mal à verser une larme sur son sort ; et c’est par ailleurs d’elle que vient la seule remise en question du comportement de Megyn Kelly.

Il devient difficile, dès lors que le personnage de Kayla est bien installé, de trouver de l’intérêt dans le reste des personnages. Parce qu’en plus d’un script grossier et froid, et d’une mise en scène sortie d’un téléfilm de luxe sur HBO, le rythme n’arrive pas à suivre, les grosses séquences s’enchaînant avant que des ventres mous ne prennent le relais pendant plusieurs minutes. Le film s’apparente à un défilé d’acteurs tous maquillés et coiffés pour ressembler le plus possible à leurs modèles, n’ayant chacun d’entre eux pas grand-chose à jouer si ce n’est une scène ou deux. Charlize Theron, à la question de savoir pourquoi aucune femme n’était au processus créatif du film, avait répondu qu’il était possible « qu’aucune femme n’ait été intéressée à l’idée de raconter cette histoire ». Et on comprend pourquoi ! Scandale rappelle que toutes les histoires méritent un parti-pris qui soit étoffé, et soigné. Le film transpire un point de vue masculin par tous ses pores, un comble quand on sait le harcèlement systémique vécu par des femmes. On se retrouve donc face à un film pas inintéressant mais aussi froid et distant que ses protagonistes, se voulant authentique mais perdant toute émotion dans le processus. On ne saurait que recommander la mini-série The Loudest Voice diffusée sur Showtime en lieu et place de ce biopic faussement féministe et féminin, plus intéressé par le scandale que par les émotions de ses personnages.

Titre Original: BOMBSHELL

Réalisé par: Jay Roach

Casting : Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie …

Genre: Biopic, Drame

Sortie le: 22 janvier 2020

Distribué par: Metropolitan FilmExport

PAS GÉNIAL

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