Critiques

THE OUTSIDER (Critique Saison 1 Épisodes 1×01 -1×02) Aucun espoir ne peut surgir…

SYNOPSIS:  Le corps atrocement mutilé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans une petite ville de l’Oklahoma. Les empreintes digitales et l’ADN présents sur les lieux du crime désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball. L’affaire semble évidente à un détail près : Terry Maitland a un alibi en béton. Il était en effet à plusieurs centaines de kilomètres au moment où le meurtre a été commis. Le détective Ralph Anderson, proche de Maitland, est chargé de faire la lumière sur cette affaire pour le moins étrange. Et son explication pourrait bien dépasser l’entendement. 

Lorsque l’on jette un œil sur le nombre d’adaptations cinématographiques et télévisuelles des œuvres de Stephen King, on se demande dans un premier temps si tout son travail n’a pas déjà été porté à l’écran. Démarré de la meilleure des façons en 1976 par Brian de Palma avec Carrie, on voit débarquer une à deux fois par an des adaptations de l’œuvre de l’auteur américain sur grand écran ou à la télévision. Des cinéastes majeurs comme Kubrick, Carpenter, Cronenberg ou Darabont s’y sont attaqués avec un énorme succès artistique à la clef. Un élément a changé la donne avec le triomphe de Ça dAndy Muschietti : désormais les adaptations peuvent aussi être un carton dans les salles au même titre qu’un blockbuster. On se demande dans un second temps combien de livres le romancier a-t-il bien pu écrire ? Avec plus de 200 livres à son actif, Stephen King est un écrivain prolifique qui a encore de beaux jours devant lui concernant sa relation avec Hollywood. L’actualité en ce début d’année se passe du côté télévisuel et c’est HBO qui adapte un roman de King sorti en 2018 : L’outsider.

La chaine payante a terminé l’année précédente avec de nombreux succès commerciaux comme Game Of Thrones mais également avec de très grandes réussites critiques. On citera notamment Succession, Watchmen et Chernobyl. Les deux premiers épisodes de cet Outsider annoncent également le meilleur. On est assez fasciné de la proportion de HBO à l’image des séries citées ci-dessus à nous captiver en l’espace de 10-15 minutes à peine. On pourrait penser à une énième enquête où un flic désabusé va prendre en charge une affaire compliquée. Oui mais HBO sort comme souvent trois atouts de son chapeau, qui est une constante de la chaine américaine : une mise en scène au cordeau, des acteurs à leur meilleur et un récit puissant.

C’est lors du générique de fin du premier épisode que l’on prend connaissance du nom du réalisateur, en l’occurrence Jason Bateman. Cet acteur comique dont la filmographie est plus que dispensable (Comment tuer son boss, Agents presque secrets) nous épate par la précision de ses plans et par l’ambiance angoissante qu’il arrive à faire transparaitre. Ce même Bateman joue par ailleurs un des personnages principaux de la série. Il est frappant de découvrir, à l’image d’un Vince Vaughn -seconde carrière ou d’un Steve Carell, cet acteur sous un tout nouveau jour (dont le travail sur Ozark est déjà remarquable NDLR). Son physique d’américain moyen y fait des merveilles. Dans le rôle de flic sur la corde, ayant vécu un drame familial, Ben Mendelsohn peut enfin exprimer une autre sensibilité que celui de super bad guy qu’Hollywood lui force à jouer depuis un certain nombre d’années : il y est tout en retenue. Les scènes de face à face lors des interrogatoires sont ainsi assez révélateurs de la qualité de l’interprétation des deux acteurs. Le reste du casting est à l’avenant avec des têtes connus du monde télévisuel comme Bill Camp (The Night Of, The Leftovers) ou encore Jeremy Bobb (The Knick, Escape at Dannemora).

A l’image d’un Ça, le récit nous plonge dans cette Amérique des suburbs où un meurtre abominable a été commis sur un jeune enfant. En recoupant différents témoignages, Ralph Anderson (Mendelsohn) arrête immédiatement Terry Maitland (Bateman), père de famille et entraineur de l’équipe de baseball de la ville. Sauf que celui-ci nie et prouve qu’il n’était pas sur place le jour du meurtre. Serait-il doté du don d’ubiquité ? Et qui est ce mystérieux personnage un peu monstrueux qui rôde autour des événements tragiques de cette petite ville moyenne ? King mêle une nouvelle fois réalité et fantastique dans ce récit. Bateman choisit durant ces deux premiers épisodes d’ancrer la fiction dans le réel. En effet, le metteur en scène axe le récit sur l’obsession d’Anderson pour ce meurtre qui lui rappelle la mort de son fils unique en y délaissant pour le moment l’aspect fantastique (pour mieux y revenir par la suite ?). On sent que cette blessure ne s’est jamais véritablement refermée et la moindre étincelle pourrait faire replonger ce personnage austère dans les limbes. En témoigne cette volonté d’humilier publiquement Maitland devant toute la ville et sa famille.

Ce qui marque également ces deux premiers épisodes est l’aspect poisseux de ce polar noir qui nous est présentée à l’image d’un True Detective, là aussi série HBO. Ici, pas trait  d’humour, les regards sont durs, chaque personnage est près à craquer à chaque instant, l’image est sombre, le rythme est délibérément lent. On sent que tout peut basculer à chaque instant dans une noirceur infinie. Le livre ayant été écrit en 2018, on peut tenter d’interpréter l’état d’esprit de King sur sa vision des États-Unis à l’aune du XXIème siècle. Et clairement, elle y est quasi nihiliste : aucun espoir ne peut surgir, en témoigne les multiples décès au cours de ses deux premières parties. Il ne faudra pas louper la suite de cette série qui s’annonce grandiose.

Crédits: OCS / HBO

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