Critiques Cinéma

LES CÔTELETTES (Critique)

SYNOPSIS: Le Vieux et Léonce, deux hommes d’un âge certain, discutent de la vie, de la mort, des femmes ou encore du sexe. Tous les deux vont être troublés par l’apparition de Nacifa, leur jeune et nouvelle femme de ménage maghrébine. 

Pas si simple que ça de juger ces Côtelettes à leur goût, et encore moins de savoir si elles ont été correctement cuisinées. Bertrand Blier est-il grillé ou à point ? La question s’est posée lors de la sortie du film, boudé par le public après un lynchage critique absolu à Cannes. Bizarrement, ce n’est pas après avoir découvert son récent – et navrant – come-back avec Convoi exceptionnel que l’on va enfin pouvoir se permettre de trouver une réponse. Peut-être plus encore que tous les autres films de Blier, Les Côtelettes est un peu une épine dans le pied. Un film « caché sous le paillasson » dont le rejet n’est pas aussi justifié qu’il n’en a l’air, et dont le statut de « pire film de son auteur » paraît encore aujourd’hui très injuste. La réalité, c’est que l’auteur de ces quelques lignes conserve encore aujourd’hui un vrai problème avec le cinéma de Blier. A contrario de bon nombre de cinéastes qui ont porté l’image et la scénographie au-dessus de tout autre parti pris, le cinéaste provocateur des Valseuses est avant tout un dialoguiste qui, d’un film à l’autre, a toujours l’air de se reposer sur les mots pour bâtir ses films – véhiculer un point de vue par le découpage ne semble pas appartenir à son vocabulaire. Il est aussi un homme de théâtre dont la scénographie sur pellicule obéit strictement aux mêmes principes : déplacements millimétrés en fonction du texte, jeu des acteurs parfois outrancier, distanciation auditive, etc… Les rares exceptions qui confirment la règle furent celles qui donnaient à voir une vraie audace stylistique et narrative, ce que confirment encore des films comme Calmos, Buffet Froid ou encore Merci la vie. Doit-on se sentir étonné d’avoir envie – peut-être avec un poil de masochisme – de classer Les Côtelettes dans cette catégorie ? Pas vraiment, non.

les cotelettes 1 cliff and co

Le fait que le film soit coproduit par Luc Besson a forcément entraîné des malentendus, comme si la beaufitude dont faisaient preuve ses deux protagonistes était à mettre au crédit du chef d’entreprise des usines EuropaCorp. Malentendu : c’est bien à Blier que l’on doit le résultat, par ailleurs tiré d’une de ses pièces de théâtre à succès dans laquelle jouaient déjà Philippe Noiret et Michel Bouquet. Soit la confrontation d’un vieux con de gauche (Noiret) et de son alter ego de droite (Bouquet), qui se jettent à la gueule leur bilan. Leur point commun est d’être épris de leur femme de ménage commune – une Algérienne trentenaire battue par son mari. De quoi leur donner envie de découvrir la vie au moment où la Mort s’apprête à leur présenter la facture. Cette Mort-là, elle fout vraiment les jetons, bien plus que celle jouée par Carole Bouquet dans Buffet Froid. C’est une vieille fripée, incarnée par une Catherine Hiegel qui tire une gueule d’enterrement à chaque apparition. Pendant ce long bavardage de misanthropes (forcément…), le film brasse large : politique, racisme, mort… Et surtout, Blier déballe avec force son goût de l’aphorisme qui déboîte et du texte corrosif qui fait mal. Quand il résume la dichotomie gauche/droite à une histoire de chiottes bien (ou mal) récurées, on se marre. Quand il cible les réactions absurdes de ces pépères réacs vis-à-vis de l’homosexualité (le fils du premier se révèle gay dès le début du film), on le sent en grande forme – son cinéma a toujours fustigé la bêtise de ceux dont il faisait mine d’adopter le point de vue. Mais quand il se la joue féministe en y superposant un regard très ambigu sur la violence des Maghrébins, là, ça coince. On se demande alors si la confusion entre le contenu et le contenant existe. A croire que Blier, après avoir toujours contourné ce piège et se placer en avance sur certains sujets, serait devenu aussi vieillot, rance et usé que ceux qu’il filme.

Certes, ce n’est pas ici que l’art de la situation saugrenue propre à Blier trouvera son point d’orgue. Quand bien même Noiret et Bouquet semblent à l’aise dans leurs rôles respectifs, le dialogue qu’il s’envoie donne parfois l’impression d’assister à une joute ramollie au fin fond d’un hospice de vieux. Cela dit, comme le sujet du film est là, on finit par s’y habituer et par l’accepter. D’autant que Blier, pour le coup, opte pour un principe narratif assez inhabituel, tissant un lien très intéressant entre le théâtre filmé et le découpage cinématographique : les deux personnages changent ici de décor d’un plan sur l’autre, au gré de leur conversation, comme si de rien n’était. Cette illusion d’un décor multiple où se déroule une seule et même scène est un vrai geste de cinéma, tout à fait adapté pour dynamiser un récit aussi plat – le fait qu’on ne s’ennuie jamais devant le film vient sans doute de cela. C’est à ce titre-là que le film trouve une vraie raison d’être, comme un voyage intérieur et surréaliste dans la psyché de deux vieux papys réacs à côté de la plaque. Du moins avant que ne tombe la chute finale, parangon de ridicule achevé où l’on encule la Mort – au propre comme au figuré – en filmant des vieux handicapés qui dansent comme des débiles mentaux après avoir retrouvé l’usage de leurs membres. L’intention est très claire, l’exécution est juste atterrante. En gros, voilà la « scène de trop » qui clôture ce qui, au bout du compte, n’était peut-être pas « le film de trop ».

Titre Original: LES CÔTELETTES

Réalisé par: Bertrand Blier

Casting : Philippe Noiret, Michel Bouquet, Farida Rahouadj…

Genre: Comédie dramatique

Sortie le: 28 mai 2003

Distribué par: EuropaCorp Distribution

BIEN

 

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