Critiques Cinéma

J’AI PERDU MON CORPS (Critique)

SYNOPSIS: A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire… 

Auréolé de son succès après de multiples récompenses, J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin est enfin sorti dans nos salles le mois dernier. La bande annonce, qui nous avait clairement donné des frissons, laissait entrevoir une aventure onirique, poétique, et contemplative tout en proposant d’emblée une magnifique partition musicale…la promesse fut-elle à la hauteur de l’attente ? Adaptation du livre Happy Hand de Guillaume Laurant, l’histoire intrigue dès le départ : une main vivante s’échappe d’un laboratoire et s’engage dans une quête effrénée et désespérée à travers la ville afin de retrouver le bras de son propriétaire. En parallèle, Naoufel, un jeune livreur de pizzas va faire la rencontre d’une cliente qui va totalement bouleverser sa vie. Deux histoires indépendantes qui évoluent en parallèle l’une de l’autre mais qui sont vouées à se croiser à un moment ou à un autre. Le tout saupoudré de moments du passé qui viennent bercer le spectateur d’une douce mélancolie.
Au-delà même de l’idée de suivre une main comme un personnage à part entière, le spectateur découvre bien assez tôt que l’aventure sera extrêmement conceptuelle. Ce qui fonctionne en effet le plus dans J’ai perdu mon corps, c’est sa propension à proposer une pluralité d’expériences toutes liées les unes aux autres et à adapter sa technique afin de la caler sur la tonalité et la variété de ces moments de vie. Observer les aventures à l’échelle d’une main dans les obstacles angoissants et violents d’un Paris terne et lugubre, (les moments dans le métro sont à ce titre particulièrement savoureux) où rats et pigeons apparaissent comme des menaces mortelles ; suivre la vie personnelle et professionnelle de Naoufel, beaucoup plus classique et ancrée dans le quotidien ; voyager dans le passé à travers de longues séquences en noir et blanc à la découverte des rêves de Naoufel et de sa tragique enfance : ces différents angles permettent de varier considérablement le généreux contenu offert à l’écran en mélangeant 2D et 3D, car ce n’est pas via les mots que J’ai perdu mon corps nous touchera le plus.
La première partie du film, à l’image de sa bande annonce, ne propose ainsi que peu de dialogues et nous prend par la main pour nous immerger dans de beaux et longs passages contemplatifs, habillés de sublimes musiques. Ces dernières parlons-en, car elles participent à donner au film un ton et une âme ; elles servent de liant aux différentes aventures proposées. Sorties tout droit du talent de Dan Levy, les morceaux sont juste sublimes : comment ne pas être émerveillé devant J’ai Perdu Mon Corps, Intuition, That Night, A Hand In The City ou Memories ? Couplés à la mise en scène virtuose, complexe et audacieuse de Jérémy Clapin, ils sont le vecteur de l’émotion qui naît au milieu des images, et permettent de la faire réellement éclore. Des qualités il y en a tellement…mais les défauts alors ? Les seuls reproches que nous pourrons faire au long métrage c’est qu’il est tellement brillant visuellement et musicalement qu’il faiblit parfois dans ses dialogues.
La puissance de l’ensemble amène souvent à toucher le spectateur en se passant de mots, car il n’y en a tout simplement pas besoin, en témoignent les passages que nous évoquions plus haut où il n’y a pas de dialogues. Alors lorsque le film se risque enfin à poser des mots sur ce que nous ressentions jusqu’à présent…ces derniers ont rarement l’impact attendu. Nous pensons notamment à une conversation assez superficielle entre Naoufel et Gabrielle au sujet du destin, qui n’est pas à la hauteur de ce qui était véhiculé jusqu’à présent à l’écran. Nous regretterons sans doute un petit peu aussi que Gabrielle ne soit pas plus étoffée : la très belle conversation qui l’introduit par le biais d’un interphone d’immeuble laissait suggérer un meilleur développement de ce personnage, ce qui ne fut malheureusement pas le cas. Vous l’aurez compris, J’ai perdu mon corps est une expérience immersive, sensorielle et sensitive qui sollicitera votre rétine, vos oreilles mais aussi et surtout votre cœur. C’est si réussi qu’à l’instar des dialogues du film, les mots d’une critique ne sauraient faire transparaitre la beauté et la complexité du spectacle.

Titre Original: J’AI PERDU MON CORPS

Réalisé par: Jérémy Clapin

Casting : Hakim Faris, Dev Patel, Victoire Du Bois …

Genre: Animation

Sortie le: 06 novembre 2019

Distribué par: Rezo Films

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

 

 

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