Critiques Cinéma

BROOKLYN AFFAIRS (Critique)

SYNOPSIS: New York dans les années 1950. Lionel Essrog, détective privé souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette, enquête sur le meurtre de son mentor et unique ami Frank Minna. Grâce aux rares indices en sa possession et à son esprit obsessionnel, il découvre des secrets dont la révélation pourrait avoir des conséquences sur la ville de New York… Des clubs de jazz de Harlem aux taudis de Brooklyn, jusqu’aux quartiers chics de Manhattan, Lionel devra affronter l’homme le plus redoutable de la ville pour sauver l’honneur de son ami disparu. Et peut-être aussi la femme qui lui assurera son salut… 

Edward Norton est une personnalité singulière du Hollywood moderne. Sujet à des rumeurs de mégalomanie et relativement rare sur les plateaux ces dernières années (on le retrouve principalement chez Wes Anderson et dans le Birdman de Inarritu), le comédien fait avec Brooklyn Affairs un retour radical sur le devant de la scène, devant et derrière la caméra. Signant ici sa deuxième réalisation (après Au Nom d’Anna en 2000), Norton adapte aujourd’hui un roman de Jonathan Lethem (Les Orphelins de Brooklyn, ou Motherless Brooklyn en VO – étant d’ailleurs le titre original du film) sous le titre français Brooklyn Affairs. Brooklyn Affairs met en scène Lionel Essrog, un détective privé travaillant dans un cabinet dirigé par Frank Minna, son mentor. Essrog, atteint de la maladie de Gilles de la Tourette, se retrouve face à une gigantesque conspiration dont il va être contraint de dévoiler les rouages pour enfin résoudre le meurtre mystérieux de Minna. Brooklyn Affairs prend racine dans un New York années 50 sombre et rongé par la corruption des politiques qui prennent le pas sur la vie des habitants de la ville. En ça, le propos politique du film va au-delà de ses thèmes : il nourrit l’histoire, lui donne la consistance nécessaire pour en faire un récit riche.

brooklyn affairs 1 cliff and co

Edward Norton base toute la structure de son film sur son personnage principal. Essrog n’est pas au centre du récit : il est le récit. Lorsque dans la scène d’ouverture, il le montre ne pouvant s’empêcher de découdre le fil de son pull quitte à le ruiner, il y a là une exposition de protagoniste forte de sens et très efficace : sa condition le contraint à tirer sur les fils, à tout retourner dans tous les sens pour remettre dans l’ordre les moindres détails qu’il croise. Métaphoriquement, Norton nous explique en un dialogue pourquoi son personnage va être obnubilé par l’affaire du meurtre de Minna, puis par la machination qu’il découvrira. Il veut remettre du sens dans cette histoire. En soit, le questionnement du personnage et de sa motivation n’est presque plus moral. Il est psychologique. Le choix d’Edward Norton est alors assumé, et la direction que son film entreprend sonne juste. Brooklyn Affairs est un film noir profond et riche en rebondissements, bien qu’il paraisse trop long et un poil laborieux par instant. A vouloir dépeindre un climat new-yorkais sensible et déséquilibré entre les différentes classes sociales qu’il expose à travers ses personnages, Norton alourdit son long-métrage de nombreux éléments pas forcément nécessaires au développement du récit. Même s’il assure une ambiance polar froid unique et particulièrement originale, on peut quand même trouver que le film dure une bonne demi-heure de trop.

brooklyn affairs 2 cliff and co

Cependant, la force de sa mise en scène et de son scénario suffit clairement à en faire un film intéressant et une proposition audacieuse d’un cinéma d’auteur trop peu exploré de façon moderne. La portée politique de son récit dépeint des réalités justes, traitées ici presque de façon externe. Même si la tendance va vers un certain manichéisme des personnages, on peut saluer la volonté d’explorer tous les points de vues (le détective d’un côté, les habitués du club de jazz de l’autre, tout ceci sous le joug du personnage de Moose Randolph, le politique aux méthodes discutables). Tout en évoquant la place de la presse dans la société, Edward Norton livre une peinture tout en contraste d’un New-York enfumé.

brooklyn affairs 3 cliff and co

Le metteur en scène et comédien s’est évidemment bien entouré avec le casting de Brooklyn Affairs. S’il incarne le personnage principal avec une justesse impressionnante, c’est parce qu’il livre une performance de jeu étonnante et touchante. Norton se pose aux côtés d’une Gugu Mbatha-Raw précise et habitée, qui imbibe le film de sa silhouette. Willem Dafoe et Alec Baldwin forment une dichotomie morale et de thématiques très intéressante, incarnant deux personnages sensiblement proches mais pourtant aux antipodes l’un de l’autre. On citera aussi la performance de Bruce Willis, qui incarne le mentor du personnage de Norton. Même s’il est relativement peu présent dans le film, son personnage se retrouve tout du long au centre de l’intrigue. En bref, Brooklyn Affairs est une proposition d’auteur particulièrement originale et fraîche qui vient rendre un hommage appuyé aux classiques du film noir tout en leur assurant une succession thématique et stylistique. Doté d’un scénario très bien ficelé qui flirte parfois trop avec l’explicatif, Edward Norton met en scène un film contrasté et puissant.

Titre Original: MOTHERLESS BROOKLYN

Réalisé par: Edward Norton

Casting : Edward Norton, Gugu Mbatha-Raw, Alec Baldwin …

Genre : Policier, Drame

Sortie le:  04 décembre 2019

Distribué par: Warner Bros. France

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

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