Critiques Cinéma

BATMAN (1989) (Critique)

SYNOPSIS: Le célèbre et impitoyable justicier, Batman, est de retour. Plus beau, plus fort et plus dépoussiéré que jamais, il s’apprête à nettoyer Gotham City et à affronter le terrible Joker…

2019 est une année anniversaire pour le super-héros le plus nuancé et le plus populaire de l’histoire des comics. Poulain de l’écurie DC, le Chevalier Noir est une des figures majeures et emblématiques du modèle super-héroïque car il représente le contrepoids de l’allure parfaite et indestructible de Superman. Batman est moralement discutable, et n’a pas de pouvoir à proprement parler. Cette année, le Protecteur de Gotham City fête ses 80 ans d’existence, ainsi que les 30 ans de la sortie du film qui a véritablement relancé la locomotive Batman en l’actualisant, en le rendant plus « dark », et surtout, plus cool : le Batman de Tim Burton. Lorsque Christopher Reeve endosse le costume bleu et rouge de Superman en 1978, il ouvre la porte à l’adaptation cinématographique des aventures super-héroïques de comic books. Il aura fallu 10 ans (et 3 nouvelles aventures de l’Homme d’Acier) pour qu’un projet d’adaptation du Chevalier Noir puisse voir le jour. Et pour le mettre en scène, la Warner choisit un jeune réalisateur à l’époque en devenir, qui avait signé un joli succès avec son Pee-Wee Big Adventure en 1985 (puis récidivé avec son Beetlejuice, aujourd’hui œuvre culte de son metteur en scène, un an avant Batman) : Tim Burton. Ce dernier, pourtant peu fan de l’univers comic-book, décide finalement de réaliser le film, attiré par l’univers sombre de l’Homme Chauve-Souris (relancé par les sorties du Dark Knight de Frank Miller et du Killing Joke d’Alan Moore). Le casting fut très tumultueux (Burton et la production ont deux visions différentes), mais finissent par se fixer sur Michael Keaton dans le rôle-titre, Kim Basinger en Vicky Vale, Jack Nicholson en Joker et Billy Dee Williams en Harvey Dent.

Batman est un film précurseur par son impact impressionnant sur la pop-culture actuelle. Le traitement sombre des aventures du personnage de Bob Kane renoue avec sa personnalité torturée et violente. Finie l’époque où Batman et Robin se battent contre un squale avec un répulsif « anti-requin » (cf Batman – 1966). Ici, Tim Burton innove : au lieu de raconter l’histoire du point de vue de Bruce Wayne, son parti pris est de centrer son récit sur le personnage de Vicki Vale, photographe arrivant en ville pour collaborer avec Alexander Knox, un journaliste enquêtant sur le Batman, un justicier qui viendrait de débarquer à Gotham, mais que personne ne veut bien croire. Vicki rencontre alors le milliardaire Bruce Wayne, et tout deux tombent amoureux. En parallèle, un gangster du nom de Jack Napier, jeté par Batman dans une cuve d’acide, est devenu après une opération chirurgicale maladroite, le Joker. Alors que le Joker met en place son plan de chaos saupoudré de ballons gonflables et de gaz hilarant, Batman va devoir lutter pour stopper une bonne fois pour toute le super-vilain qu’il a lui même créé…

Un des choix les plus radicaux de Burton est l’entorse qu’il fait à la mythologie en reliant le personnage du Joker à l’origine de Batman. Il amène ainsi l’idée particulièrement intéressante que le Chevalier Noir et le Joker se sont mutuellement crées. Les deux personnages ont des origines qui s’articulent ensemble pour mener à ce climax fort en action et en révélations. Dans un Gotham justement « gothique », à mi-chemin entre le comic-book poussiéreux et l’expressionnisme allemand, Burton monte une histoire proposant un Batman torturé et sombre, qui se retrouve retranché face à la menace omniprésente d’un Joker fou furieux en quête de chaos et de vengeance. La mise en scène du réalisateur monte un film fort, se tenant fièrement en héritier des aventures les plus justes du Chevalier Noir. Cela passe également par un scénario précis et haletant, qui posera cette vision de l’univers de Batman comme culte quelques années plus tard. La dimension politique est aussi notable, tant le film s’attarde sur ses personnages faisant figure d’autorité dans Gotham (le tout nouveau procureur Harvey Dent et le Commissaire Gordon, dépassés par le climat de crimes constants et de corruption au sein de la police). Ici, on se centre sur des journalistes présentés comme « authentiques », qui cherchent à montrer la vérité. Batman apparaît presque comme un personnage secondaire, agissant dans l’ombre au début du long-métrage. Et pour cause : Bruce Wayne n’apparaît que bien plus tard dans l’intrigue.

Et il y a également une explication très simple à ce retrait : le personnage le plus mis en avant est bien évidemment le Joker de Jack Nicholson. Armé de gadgets improbables et d’un sourire étiré inhumain, il est la sensation du film, ce qui le rend à la fois glaçant et fun : le Joker est aussi déroutant que showman. Nicholson sort toute sa folie au profit d’un personnage ambiguë, mais pourtant si limpide. Car le Joker n’est pas la découverte de 2019, ni même celle de Nolan en 2008. Même si Ledger et Phoenix ont installé définitivement le personnage comme un vilain torturé, nuancé et ultra sombre (chacun à leur manière, et dans des registres complètement différents), il convient de se rendre compte que tout découle de la performance de Nicholson. De son côté, Michael Keaton offre un Bruce « Batman » Wayne convaincant et solide, aux côtés d’une très forte Kim Basinger. Burton a saisi son casting pour monter son film en concordance avec son style – aussi singulier soit-il. Pour redonner un souffle et une nouvelle vie au Chevalier Noir, Burton propulsa en 1989 le Batman dans un Gotham sombre et désarticulé. Et si on s’en souvient aussi bien 30 ans plus tard, c’est qu’il contient déjà tous les éléments du cinéma super-héroïque des années 2010. C’est pour cette raison que Batman est un précurseur qui a marqué les esprits par son style si particulier et son atmosphère aussi fun et colorée que sombre et tout en nuances. Ainsi, ce film est à l’instar de sa dichotomie thématique : une lutte intime entre les idéaux du Joker et ceux du Chevalier Noir. Tout en nuances. Dansant avec le diable au Clair de Lune.

Titre Original: BATMAN

Réalisé par: Tim Burton

Casting : Jack Nicholson, Michael Keaton, Kim Basinger …

Genre: Fantastique, Thriller, Action

Sortie le: 13 septembre 1989

Distribué par: Warner Bros. France

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

Catégories :Critiques Cinéma

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s