Critiques Cinéma

COLOR OUT OF SPACE (Critique)

D’après la nouvelle La Couleur tombée du ciel de Howard Phillips Lovecraft sortie en 1927.

Une famille s’installe dans une ferme isolée de la Nouvelle-Angleterre. Peu de temps après, une météorite s’écrase dans leur jardin. Une couleur étrange et surnaturelle en sort. La famille ne tarde pas à découvrir que cette force extraterrestre contamine et fait muter toutes les formes de vie avec lesquelles elle se trouve en contact, la végétation et bientôt ce sont les vies humaines qui sont en danger.

Pour ceux qui n’en auraient jamais entendu parler, H.P. Lovecraft est un auteur culte du début du 20ème siècle, dont l’œuvre foisonnante s’avère être l’une des plus influentes du genre fantastique/horreur, et ce alors qu’il ne gagna jamais d’argent de son vivant avec ses écrits. Stephen King, Alan Moore ou encore Neil Gaiman le considèrent comme l’une de leurs plus grande source d’inspiration. Lovecraft est victime d’une grave injustice: la disproportion entre l’originalité, la qualité et l’influence de ses œuvres littéraires, et le nombre des adaptations sur grand écran de celles-ci. Si on peut compter un certain nombre de tentatives, souvent des séries B manquant de moyens, l’occurrence la plus célèbre reste la série des Re-Animator, classique de l’horreur à petit budget, produites à partir du milieu des années 90 par Brian Yuzna, à qui l’on doit d’ailleurs plusieurs adaptations de l’auteur (Aux portes de l’au-delà, Castle Freak, Necronomicon, Dagon).  L’adaptation la plus excitante de Lovecraft au cinéma reste à ce jour le projet de Guillermo Del Toro de porter à l’écran Les Montagnes Hallucinées. Dans les tiroirs du réalisateur de Shape of Water depuis plus de 20 ans, l’idée a même ralliée à elle un temps James Cameron et Tom Cruise, sans pourtant jamais parvenir à se concrétiser. Dommage, car il est certain que l’univers gothique de Del Toro, son énergie créatrice et son sens esthétique feraient des merveilles une fois combinée à la noirceur, le cynisme et la puissance des thèmes de Lovecraft.

Colour out of space s’inscrit donc, à plus d’un titre, comme une attente de puristes. Par la rareté des incursions dans l’univers de Lovecraft, nous venons de le voir. Mais aussi parce que son réalisateur, Richard Stanley, revient de loin. Très remarqué pour son premier long en 1990, Hardware (une resucée éloignée et à petit budget de Terminator, avec un chien androïde), le réalisateur n’a ensuite connu que des déboires. En 1992, il a dû financer lui-même la fin de la production de son second long-métrage, Le souffle du démon, suite à la faillite de ses partenaires (le film a depuis acquis un statut culte chez les plus initiés). Surtout, il s’est fait virer de son projet suivant, L’île du docteur Moreau, après quelques jours de tournage. Le film, sorti en 1996 (avec Val Kilmer et Marlon Brando dans les deux rôles principaux), ne gardera rien du scénario de Stanley et sera, accessoirement, vite oublié. Il faudra donc attendre plus de 20 ans pour retrouver le cinéaste avec cette nouvelle œuvre singulière, Colour out of space.

La famille Gardner s’est installée récemment dans une ferme au cœur d’une forêt reculée de Nouvelle-Angleterre, afin de fuir la frénésie du 21ème siècle. Lavinia (Madeleine Arthur, vue dans Big Eyes, ou encore la série Supernatural), l’ainée, exprime sa crise d’adolescence et son refus de vivre recluse en pratiquant la magie Noire, s’inspirant d’un ouvrage, le Necronomicon. Ses deux frères (Brendan Meyer, vus dans The OA, et Jullian Hiiliard, The Haunting of Hill House), sa mère (Joely Richardson, Event Horizon ou plus récemment Red Sparrow), et son père (Nicolas Cage) vivent avec elle. L’ambiance est joyeuse: les deux aînées fument de la weed, le père élève des alpagas, et un vieux hippie allumé vit dans une cabane au fond du jardin (on notera dans ce rôle Tommy Chong, moitié du légendaire duo Américain Cheech & Chong, qui eurent leur moment de gloire à la fin des seventies). Ce petit équilibre est bouleversé le jour ou une météorite s’écrase dans le jardin. Celle-ci se met rapidement à diffuser une couleur bizarre, créant d’étranges interactions avec le sol, les plantes, le temps, et même les êtres vivants. Ce qui ne sera pas sans conséquences pour les Gardner. Très rapidement, Stanley donne l’impression d’exprimer dans ce film toute la frustration de ne pas avoir pu tourner pendant plusieurs décennies. Avec les avantages et les inconvénients que cela représente: les idées fourmillent, les influences sont nombreuses, l’énergie qui se dégage de l’œuvre est indéniable, mais le tout vient un peu en bloc, sans toujours avoir une cohérence évidente, et en laissant parfois le spectateur de côté. Certaines sous-intrigues n’apportent pas grand chose d’intéressant à l’histoire (quand elles ne tombent pas comme un cheveu sur la soupe), le parcours de certains personnages est chaotique (le jeune ingénieur, héros (?) du film, entre et sort de l’histoire de manière aléatoire), et certains dialogues frôlent parfois le ridicule.

Paradoxalement, tout cela n’est pas bien grave quand on se laisse plonger dans l’atmosphère particulière créée par les images de Steve Annis, la musique de Colin Stetson, et le montage de Brett Bachman, trois honnêtes artisans. Des décors vraiment réussis et des effets spéciaux (VFX et mécaniques) bien foutus s’ajoutent à de classiques mais efficaces effets de mise en scène (jumps scare, obscurités angoissantes, séquences trash impertinentes) que Richard Stanley distribue généreusement. Terminez, bien évidemment, avec la cerise sur le gâteau qu’est un Nicolas Cage en grande forme, face élastique, dialogues allumés et hystérie de tous instants inclus, et vous pouvez être sûr de passer un bon moment. Il est intéressant que l’une des références les plus évidentes à laquelle on pense en voyant ce Colour out of space est Mandy, la pépite horreur/SF précédente de Nicolas Cage. Là aussi, l’ambiance du film était surréelle, là aussi le film, en deux parties, était une lente descente vers le gore, et là aussi, Nick était en roue libre. Lorsque l’on sait que les producteurs des deux films sont les mêmes (dont Elijah Wood, spécialisé ces dernières années dans la production de petites séries B pas dégeu), on comprend mieux la filiation. Et on est heureux de constater que, même en 2019, il existe encore des passionnés capable de produire une expérience cinématographique comme ce Colour out of space. Dans tous les cas, si vous aimez Cronenberg, Lovecraft, Nicolas Cage ou les trips psychédéliques, prenez 1h41 de votre temps et profitez du voyage.

Titre Original: COLOR OUT OF SPACE

Réalisé par: Richard Stanley

Casting : Nicolas Cage, Joely Richardson, Q’Orianka Kilcher …

Genre: Epouvante-horreur, Science fiction

Sortie le: Prochainement

Distribué par: –

BIEN

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