Critiques Cinéma

LE TRAÎTRE (Critique)

le traitre affiche cliff and co

SYNOPSIS: Au début des années 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta, prend une décision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra. 

Faire un film de mafia est toujours une valeur sûre pour faire déplacer le public de par son côté passion/répulsion des personnages inhérente au genre. Faire un film de mafia en 2019 alors que l’on pense que tout a été dit sur le sujet est toujours un beau pari, car le spectateur est toujours conditionné par sa mémoire cinématographique et pense immédiatement aux chefs-d’œuvre indépassables du genre. Marco Bellocchio, un des meilleurs conteurs de l’histoire italienne récente avec Pablo Sorrentino, ne pouvait pas passer à côté de cette histoire de repenti de la Cosa Nostra qui dénonça les agissements de ses comparses au début des années 80. Malgré le conditionnement cité ci-dessus, Bellocchio, 79 ans à son actif, ne se laisse-t-il pas écraser par son sujet ? Dans un premier temps, une sensation désagréable nous parvient puisque le réalisateur nous emmène dans une soirée festive où les familles siciliennes viennent sceller un pacte de non-agression. Nous ne ferons pas l’offense au lecteur de rappeler le film ouvertement cité lors de cette scène d’ouverture. Cependant, le metteur en scène évacue vite ce prélude où il nous a présenté les personnages pour rentrer dans le cœur du récit. En effet, comme on peut s’en douter, ce pacte va rapidement voler en éclats pour donner lieu à une vendetta visant à devenir le leader sur un marché de la drogue florissant. C’est alors installé au Brésil, qu’un membre de la famille mafieuse, Tommaso Buscetta, voit de loin ses proches se faire assassiner un par un.

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Ce n’est pas évidemment dans le fond que le film prendra toute son ampleur car le fameux rise and fall ne peut pas nous surprendre en tant que spectateur averti mais c’est bien dans sa forme. En choisissant le tragi-comique pour traiter ce récit, Bellochio réussit son pari de nous montrer ses personnages pour ce qu’ils sont finalement : tantôt effrayants tantôt grands guignols. La facture du film sera assez froide et classique mais ne laissera jamais le spectateur sur le bord de la route. De fait, on retiendra pendant longtemps le procès dantesque qui constitue la seconde partie du film. Il fallait vraiment du génie pour rendre compte de ces scènes surréalistes où les prévenus étaient enfermés dans des cages et parlaient à tort et à travers pendant tout le procès pendant que le juge tentait en permanence de calmer les débats dans cette gigantesque enceinte. Bellocchio nous montre parfaitement ces êtres à la fois minables et terrifiants dans leur façon d’être. C’est d’ailleurs ce que Buscetta leur reproche : d’avoir perdu tout sens moral et toute manière d’être. Le point culminant du film au sens émotionnel du terme est probablement cette scène de confrontation où le personnage principal se rend compte que le temps de l’honneur est définitivement de l’histoire ancienne et qu’il fait donc partie du passé. Ce ping-pong verbal est aussi une grande réussite de par la qualité de l’interprétation des deux protagonistes.

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Là aussi, nous reprendrons un argument de forme pour saluer la réussite du film. La qualité d’un film de mafia repose selon nous, quasi-exclusivement sur le choix des acteurs. Pour interpréter ce repenti, Bellocchio a choisi Pierfrancesco Favino, grande figure du cinéma italien et international qui avait déjà participé à plusieurs films de gangsters comme Romanzo Criminale, ACAB et Suburra. Parfaitement dirigé, sa performance fera date tellement sa présence et son regard nous permettent de se confronter à l’intériorité de ce personnage complexe. Ce personnage qui n’a jamais douté une seule seconde du bien fondé de sa démarche, qui a fait subir à sa famille une vie de nomade, qui a regardé droit dans les yeux ses adversaires. Favino a autour de lui un casting de choix avec notamment le truculent Fabrizio Ferracane, véritable ordure notoire.

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C’est dans la dernière partie que le réalisateur nous pousse dans nos derniers retranchements et nous interroge sur cette morale que l’homme choisit de suivre. Alors que nous avons suivi ce Robin des Bois durant plus de deux heures, Bellocchio nous rappelle froidement la réalité de ce personnage. Comment se reposer finalement sur cette figure qui certes un jour a dit stop, mais qui auparavant a causé tellement de malheur ? La démarche de Buscetta demeure ambiguë. C’est bien parce que la mafia avait changé que lui s’est arrogé en père la morale. Posons nous une minute et imaginons un monde où les Corleone n’auraient pas cherché à s’approprier le marché de la drogue. Le metteur en scène permet au spectateur de se poser toutes ces questions et finalement de ne pas tomber dans l’angélisme ou le cynisme. Le traître, non récompensé à Cannes, méritait peut-être un prix pour avoir soulevé tous ces arguments.

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Titre Original: IL TRADITORE

Réalisé par: Marco Bellocchio

Casting : Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane

Genre: Biopic, Drame

Sortie le: 30 octobre 2019

Distribué par: Ad Vitam

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