Critiques Cinéma

LE PARRAIN III (Critique)

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SYNOPSIS : Atteignant la soixantaine, Michael Corleone désire à la fois renouer avec les siens et se réhabiliter aux yeux de la société, surtout de l’Eglise. Il arrivera presque a ses fins, mais sa vie passée et ses anciens ennemis le rattraperont plus vite. Michael Corleone est fatigué. Il veut prendre ses distances avec les activités mafieuses de sa famille. Il veut convertir ces activités en affaires légales. Kay, son ex-femme, lui fait même accepter que leur fils devienne un chanteur d’opéra et ne reprenne pas les activités familiales. Pendant ce temps, la fille de Michael, Mary, et son neveu, le fils de Sonny, Vincent, nouent une idylle qui n’est pas la bienvenue dans la famille.Il décide d’aider le Vatican à renflouer ses caisses et reçoit en échange le contrôle d’une entreprise immobilière leur appartenant. Attisant la jalousie de ses pairs, Michael échappe de justesse à un attentat commis par l’un d’eux. Vincent se propose alors pour reprendre les affaires de la famille en main.

Réussir un diptyque de la teneur du Parrain 1 & 2, ancrer ces deux films tout en haut du panthéon de l’Histoire du cinéma était un exploit considérable relevé haut la main par Francis Ford Coppola. Auréolé du triomphe remporté par les deux premiers volets mais aussi assombri par les aléas de productions douloureuses, il aura fallu attendre 17 ans pour que le réalisateur de Conversation Secrète et Apocalypse Now revienne frayer avec le clan Corleone. Sur l’insistance de la Paramount qui savait qu’elle tenait entre ses mains une franchise synonyme de poule aux œufs d’or et malgré ses refus successifs au fil des années, Coppola finit par accepter de replonger alors qu’il est perclus de dettes *. En revenant dans la famille qui l’a fait roi, Coppola s’octroie par ailleurs un contrat particulièrement juteux qui peut le remettre définitivement en selles. Il retrouve Mario Puzo pour co-écrire le film mais impose son point de vue et refuse de faire se confronter les Corleone aux cartels de la drogue, comme envisagé avant qu’il n’accepte de revenir aux affaires. C’est le Vatican et un Michael Corleone en quête de respectabilité que Coppola choisit de mettre en scène. Il a par ailleurs dû se résoudre à sacrifier le personnage de Tom Hagen interprété par Robert Duvall, ce dernier ayant renoncé, mécontent de ce qu’il aurait eu à jouer et de la proposition financière qui lui était faite. Ce n’est pas la seule déconvenue du réalisateur qui choisit Bridget Fonda et Elli Wallach en lieu et place de Madonna (que le réalisateur récuse) et de Frank Sinatra, mais c’est bien Duvall qui manque cruellement au tableau de famille. Durant plus de six mois dans les studios de Cinecittà, il s’affaire à donner une suite cohérente aux deux premiers films, mais le tournage est extrêmement tendu, renforçant la réputation ombrageuse d’un metteur en scène control freak.

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Pour cet ultime volet, Michael Corleone est au crépuscule de sa vie et son bilan le conduit à vouloir s’acheter la respectabilité qu’il recherchait plus jeune avant de faire un choix dramatique qui a influé sur toute son existence. Le Parrain 3 apparait ainsi comme un miroir du premier film, le fils ayant remplacé le père mais se confrontant aux mêmes interrogations et à la même préoccupation pour sa famille et plus particulièrement pour ses enfants. Sa quête de respectabilité va le confronter à nouveau à ses démons et le pousser à retomber dans les travers du gangstérisme, payant au passage son envie de se refaire une intégrité à un prix inestimable. La grande force des deux premiers films résidait dans la peinture d’une mafia, non pas idéalisée, mais composée de personnes, qui dès qu’ils avaient commis leurs forfaits, ressemblaient au commun des mortels, à savoir des hommes qui aimaient et étaient aimé, mangeaient, dansaient et vivaient et dont les histoires familiales n’étaient pas différentes des nôtres. A la fin du deuxième épisode, Michael était craint et respecté comme le gangster qu’il était devenu mais il était seul et Le Parrain 3 ne lui réserve pas un sort plus envieux. Ce troisième film est un requiem extrêmement sombre et glaçant qui emmène un vieil homme au seuil de son existence. Si Le Parrain 3 n’a plus le cachet « vintage » qui accompagnait les deux premiers épisodes, si la famille Corleone vit désormais dans le luxe et l’opulence de la grande bourgeoisie, on revient pourtant aux sources (la Sicile) et au sujet central de la trilogie (la famille) accompagnée d’une puissance dramatique vertigineuse qui emporte le film sur des sommets.

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Le Parrain 3 ne ressemble jamais au parent pauvre de la saga. Certes le film n’a peut-être pas l’originalité de ses prédécesseurs et semble parfois un peu plus décousu, certains nouveaux personnages manquent d’impact, mais Coppola fait passer un souffle puissant dans sa mise en scène qui porte l’ensemble sans à-coups jusqu’à son dénouement. Pour parvenir à clore sa trilogie en continuant de creuser le sillon démarré en 1972 et en conservant l’excellence qu’il a apportée au projet, Coppola s’est entouré d’une distribution magistrale et de techniciens au diapason (Gordon Willis à la photo qui restitue parfaitement l’ambiance spécifique de la trilogie, Nino Rota pour la musique mythique). Il a retrouvé quasi tous ses comédiens présents depuis le début (à l’exception de Robert Duvall comme expliqué précédemment), que ce soit Al Pacino, Diane Keaton, Talia Shire, y a ajouté de jeunes pousses (Andy Garcia, Sofia Coppola (suite à la défection de Winona Ryder), Bridget Fonda (sacrifiée sur l’autel d’un montage précipité pour respecter la date de sortie prévue…)) et des comédiens chevronnés (Joe Mantegna, Elli Wallach, George Hamilton…) avec plus ou moins de réussite avouons-le. Si Andy Garcia s’intègre parfaitement dans le tableau familial, son côté chien fou est un peu trop accentué tandis que George Hamilton dans la peau du nouveau consigliere est bien moins ambigu et charismatique que ne l’était Robert Duvall.

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Mais Le Parrain 3 c’est avant tout un écrin pour le personnage de Michael Corleone et un écrin splendide pour Al Pacino qui quitte l’un des personnages les plus emblématiques de sa carrière. Il est tout simplement époustouflant, tantôt souriant et affable, tantôt profond et directif. Son cri final, d’abord silencieux, puis qui se transforme en un hurlement de douleur dévastateur est comme un éclair déchirant le ciel qui fait tressaillir littéralement. Si Pacino a enquillé les rôles cultes dans une carrière majuscule, celui de Michael Corleone restera forcément à part car il l’a accompagné sur la durée et a pu lui permettre de jouer sur une variété de gammes saisissante. La trilogie du Parrain se referme donc sur cette séquence étourdissante qui voit Al Pacino dire adieu au rôle d’une vie. Si le film a peut-être moins de densité sur la durée il s’inscrit malgré tout dans la continuité des deux premiers et permet aux trois volets mis bout à bout de revêtir un équilibre et une cohérence qui tutoient la perfection. Car Le Parrain est une saga sublime, d’une noirceur peu commune, qui en appelle autant à Shakespeare qu’à l’Opéra et qui nous étreint l’âme et le cœur comme peu de films sont parvenus à le faire. Vito, Michael, Sonny, Tom, Fredo, Kay, Connie, Mary, Vincent… Tous ces prénoms dansent désormais dans nos souvenirs comme pour nous rappeler qu’ils sont les membres d’une entreprise artistique éblouissante et renversante qui constitue rien moins qu’un pur fantasme de cinéma.

*« Après l’échec de Coup de Coeur (1982), mon studio Zoetrope a été saisi et je me suis retrouvé avec une ardoise de cinquante millions de dollars. Pour ne pas être mis en faillite, j’ai décidé de rembourser mes dettes, trois millions de dollars par an, en tournant à la suite sept ou huit films de commande. Je n’ai jamais accepté de projet dont l’histoire ne me plaisait pas ou que je ne trouvais pas sincère, mais certains de ces films me sont très proches, d’autres moins… Si je réussissais (à écrire, produire et réaliser Le Parrain 3), cela mettait fin à mes problèmes financiers tout en me donnant l’opportunité de faire un film artistique… » Première Avril 1991

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Titre Original: THE GODFATHER : PART III

Réalisé par: Francis Ford Coppola

Casting : Al Pacino, Andy Garcia, Sofia Coppola …

Genre: Policier, Drame

Sortie le : 27 mars 1991

Distribué par: United International Pictures (UIP

5 STARS CHEF D'OEUVRECHEF-D’ŒUVRE

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