Critiques Cinéma

LE PARRAIN II (Critique)

5 STARS CHEF D'OEUVRE

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SYNOPSIS: Depuis la mort de Don Vito Corleone, son fils Michael règne sur la famille. Amené à négocier avec la mafia juive, il perd alors le soutien d’un de ses lieutenants, Frankie Pentageli. Echappant de justesse à un attentat, Michael tente de retrouver le coupable, soupçonnant Hyman Roth, le chef de la mafia juive. Vito Corleone, immigrant italien, arrive à New York au début du siècle ; très vite, il devient un des caïds du quartier, utilisant la violence comme moyen de régler toutes les affaires. Seul au départ, il bâtit peu à peu un véritable empire, origine de la fortune de la famille des Corleone. 

On pourrait penser qu’il y avait une forme d’évidence à voir Francis Ford Coppola rempiler après le succès du premier Parrain qui est de façon quasi unanime cité parmi les quelques plus grands chefs-d’oeuvre du cinéma mondial, d’autant plus quand la Paramount Pictures lui faisait une cour assidue et était prête à lui dérouler le tapis rouge. Pourtant, après une production et un tournage chaotique durant lequel on ne manqua jamais de lui rappeler qu’il n’était qu’un choix par défaut, de le remettre en question, contester ses décisions, contrarier ses envies et lui faire sentir qu’il pouvait être remplacé si cela ne lui convenait pas, Coppola, loin, très loin de se laisser griser par le succès du premier Parrain, n’envisageait pas de réaliser sa suite. On pourrait même dire, vu ses déclarations de l’époque, qu’il s’y refusait catégoriquement et n’avait aucune envie de retrouver la famille Corleone. De choix par défaut, il était devenu le seul choix possible pour la Paramount et il  aura fallu des mois de tractations, le refus de sa proposition de n’être associé qu’à la production et de passer la main à Martin Scorsese, la promesse d’une totale liberté artistique et, entre autres, du financement de son prochain film Conversation Secrète, pour qu’il accepte de retrouver Michael (Al Pacino), Kay (Diane Keaton), Fredo (John Cazale), Tom (Robert Duvall) et tous ces inoubliables personnages de la famille la plus célèbre de l’histoire du cinéma. Dans cette deuxième partie, il ne se contente pas de réaliser la simple suite du récit magistralement clôturé, deux ans plus tôt, sur l’inoubliable scène laissant Kay seule, à la porte du bureau de Michael devenu Don Corleone. Formellement comme thématiquement, cette suite est un accomplissement total, qui nous fait comprendre de façon plus viscérale la dimension  romanesque mais surtout tragique du parcours de cette famille.

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Si la première partie tenait plus du film de gangsters sous fond de grande fresque familiale, cette suite tient en effet plus de la tragédie, de par notamment le choix extrêmement fort, voulu par Coppola, d’une double narration mettant en parallèle l’ascension du jeune Vito (Robert de Niro) et la difficile succession que doit assumer son fils Michael (Al Pacino) après sa mort. Le Parrain II est ainsi un rise and fall qui se déroule sur deux époques, dans lequel l’ascension du père dialogue constamment avec la lente décomposition morale et familiale du fils qui hérita de son empire. Si dans sa structure, le film a ainsi un dialogue interne, il en établit aussi un avec son prédécesseur s’agissant notamment de mesurer ce qui s’est perdu depuis la mort de Vito. Au delà c’est toute la structure dramatique du film qui est bâtie à la fois sur un jeu de parallèles et de contrepoint constant, chaque acte, chaque drame, pouvant ainsi être mis en lumière d’un autre avant d’en mesurer les conséquences claires sur la vie personnelle de Michael et de sa famille. Passé , présent et futur immédiat, ce deuxième volet explore beaucoup plus profondément ce qui a constitué cette famille, continue de l’animer et l’emmène lentement mais inéluctablement à sa perte.

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La première scène établit le lien avec le premier Parrain et la passation de pouvoir au sein d’une famille profondément marquée par des drames que sa réussite financière ne suffit pas à effacer. Si l’on retient plus volontiers des scènes « spectaculaires » de la première partie, celles que l’on retient ici sont de très grandes scènes tragiques entre les personnages (Michael / Kay, Michael / Fredo, Tom / Frank Pentangeli, Michael / Hyman Roth ) et même de simples échanges de regard comme celui de Michael à son garde du corps le jour de l’enterrement de sa mère, celui de Michael encore à Kay venue rendre visite aux enfants, celui de Frank Pentangeli (Michael V. Gazzo) à son frère le jour de son témoignage devant la commission sénatoriale. S’il est toujours question de lutte de pouvoir, la trahison est au cœur du film et la tension dramatique du récit de Michael ne faiblit jamais. La musique de Nino Rotta n’en prend que plus d’ampleur et de sens. Quant à la façon si particulière de Gordon Willis d’éclairer ses scènes (il était surnommé The Master of Darkness) elle renforce encore cette dimension tragique, cette idée de chute de l’empire Corleone, dans un parallèle parfois très explicite avec la chute de l’empire romain (merveilleuse scène où Tom Hagen rappelle à Frank Pentangelli comment l’empire demandait réparation aux traitres). Le ton nous est donné dès la première scène avec ce gros plan sur son visage, légèrement incliné et pensif, portant toute la charge de sa nouvelle fonction alors qu’on vient lui rendre allégeance dans la pénombre du bureau depuis lequel il dirige les affaires de la famille. Le plan sur la chaise vide occupée autrefois par son père vient ensuite confirmer que cette deuxième partie est le récit du poids écrasant de son absence, des responsabilités qui pèsent désormais sur le nouveau Don et de la transformation profonde que cela va produire en lui.

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A mesure que le récit avance, on mesure ainsi le changement de Michael ou plutôt de ce qui reste de lui, aussi bien par la mise en scène l’isolant de plus en plus dans le cadre, coupé des autres, de sa femme, de son frère et même bientôt de ses hommes de confiance, enfermé par son statut et ses responsabilités, que par le jeu très subtil d’Al Pacino qui compose son personnage de l’intérieur, laissant apparaître sur son visage et dans sa gestuelle, tous les tourments qui l’habitent. Lui que l’on avait découvert comme l’insouciant et insoumis de la fratrie, parti étudier puis s’engager dans la navy pendant la seconde guerre mondiale est désormais littéralement habité par sa nouvelle position de Don, de protecteur de sa famille. Devenu froid, insensible, il parait avoir fait sienne la réplique de Gratiano dans Le Marchand de Venise de Shakespeare : »Je tiens ce monde pour ce qu’il est : un théâtre où chacun doit jouer son rôle ». De fait, il ne semble plus voir chacun des membres de son entourage, jusqu’à sa femme, que pour le rôle qu’il lui attribue. Il devient aveugle et froid à ce que peuvent vivre et ressentir Fredo, Tom Hagen et Kay, seule comptant la gestion des intérêts de plus en plus menacés de sa famille, après la tentative d’assassinat qui l’a visé et les auditions devant la commission sénatoriale.

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Le classicisme de Francis Ford Coppola est ici à son apogée, composant avec la musique de Nino Rotta et la photographie de Gordon Willis, une symphonie dont la puissance dramaturgique nous terrasse à de nombreuses reprises. On est à nouveau admiratif de sa capacité à se passer des dialogues explicatifs et des artifices de mise en scène pour nous saisir en une scène, un plan ou même un regard qui dit tout de la trajectoire d’un personnage, de ce qui s’est perdu, du prix à payer pour les ambitions d’une famille qui a dans son ADN un profond désir de revanche sociale et cette fierté qui ne connait aucun tempérament. Il saisit en particulier avec une infinie justesse et sensibilité les moment de bascule, où Michael Corleone, le mari et le père, disparait de plus en plus derrière le Don et le poids écrasant des responsabilités qui pèsent sur lui, jusqu’à le rendre insensible, comme s’il vivait avec un sentiment d’inéluctabilité qui le rendait paradoxalement aveugle à ce qui se passe autour de lui. Vus à travers le regard de Michael, sa femme Kay et son frère Fredo ne sont que des fantômes exclus de son récit. Ils n’y reviennent que dès lors qu’ils sortent de leur rôle et que leur comportement, leurs actes le menacent directement.

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La décomposition morale de Michael et avec elle l’éclatement progressif de sa famille est d’autant plus saisissante qu’elle est mise en parallèle avec le récit de l’ascension de Vito dont on a le sentiment que ses responsabilités lui ont fait devenir une meilleure version de lui-même et l’ont quelque part réparé. Lui le petit sicilien qui a fuit son île pour échapper à une mort certaine va devenir le protecteur de sa communauté vivant dans ce petit quartier de New-York. S’il est évidemment calculateur et qu’il prend le « pouvoir » en tuant son prédécesseur, dans une scène magistrale qui se passe elle-aussi de dialogues et qui fait tout passer par un échange de regards, Vito, qui a alors pratiquement le même âge que Michael, est porté par son nouveau statut quand celui-ci ne cessera d’écraser son fils. Coppola fait se succéder et se répondre l’aube et le crépuscule, la musique de Nino Rotta participant à faire le lien entre ces deux parties et la photographie de Gordon Willis renforçant encore cette impression que les jours heureux de la famille Corleone sont désormais derrière elle et que ne l’attend qu’une longue descente vers les ténèbres.

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Dans sa propre structure le récit de Michael démontre d’une façon implacable que cette descente ne pourra être enrayée, comme il le pense, en protégeant sa famille des menaces extérieures, ou en voulant ne faire preuve d’aucune pitié avec les traitres. Il est très frappant de constater que chaque « victoire » remportée contre ses ennemis est contrebalancée par une défaite dans sa vie personnelle. De ce point de vue, la plus grande scène du film à nos yeux est celle du retour chez lui après la réussite de son voyage cubain. Par la seule mise en scène et un seul regard tout est dit de ce qu’il a définitivement perdu et du mal qu’il a pu faire à sa famille (Michael seul dans le jardin enneigé de sa maison, filmé depuis la fenêtre de son bureau, regardant le cadeau de Noël offert par Tom Hagen à son fils, puis entrant dans la chambre de sa femme occupée à coudre, pour laquelle il n’aura pas un mot, à peine un regard, alors qu’elle vient de perdre l’enfant qu’elle portait). Là où tant de film paraissent trop longs passés les deux heures, étirant artificiellement leur durée, alors qu’ils n’ont rien à dire, rien à montrer, Le Parrain 2ème partie est une symphonie dramatique de 3 heures 20 minutes, dans laquelle chaque scène, chaque mouvement imprime, chaque personnage a une partition qui le rend inoubliable (il faut signaler qu’en dehors de l’oscar donné à de Niro, Talia Shire, V. Gazzo, Strasberg, Pacino furent également nommés à l’oscar). Cela le met dans une classe définitivement à part, celle des quelques plus grands films de l’histoire du cinéma.

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Titre Original: THE GODFATHER : PART II

Réalisé par: Francis Ford Coppola

Casting: Al Pacino, Robert de Niro, Diane Keaton,

John Cazale, Robert Duvall …

Genre: Drame, Crime

Sortie le : 27 août 1975

Distribué par: –

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