Critiques Cinéma

CHRISTINE (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

Christine affiche cliff and co

SYNOPSIS: La première fois qu’Arnie vit Christine, il tomba en extase devant cette beaute aux formes éblouissantes. C’était dit, ils allaient lier leurs destins pour le meilleur et pour le pire. Mais Christine, la belle Plymouth, modèle 57, n’aime pas trop les rivales. Gare a celles qui voudront approcher Arnie!

Pour évoquer les filmographies de quelques uns des plus grands noms du cinéma et prendre la mesure de l’empreinte qu’ils ont laissés sur leur époque, il est courant de comparer le nombre de grands films, voire de chefs-d’œuvre, qu’ils ont pu réaliser à la suite, réalisant l’une de ces glorieuses séries qui en disent long sur ce qu’était alors leur état de grâce artistique. Cette approche ludique a toutefois ses limites quand elle occulte ce qu’a pu être la réception critique et publique de films aujourd’hui cultes mais ignorés ou déconsidérés au moment de leur sortie. Cela est particulièrement vrai pour John Carpenter, peu de réalisateurs pouvant présenter une série comparable à celle entamée avec Assaut pour enchaîner avec Halloween, The Fog, New York 1997 et se conclure avec The Thing, aujourd’hui quasi unanimement célébré comme son chef-d’oeuvre. Considérant cette série aujourd’hui avec l’aura de films cultes acquis par chacun de ces longs métrages, on se méprendrait sur ce qu’était vraiment la situation du Master of Horror au moment où il accepta de réaliser Christine qui fut son premier film de commande, Columbia Pictures l’ayant choisi pour adapter un roman à paraître de l’auteur le plus en vogue du moment: Stephen King. L’échec commercial et critique de The Thing fut tel que la proposition de la Columbia était difficilement refusable pour celui qui s’était vu évincer par Universal de Firestarter, autre projet d’adaptation d’un roman de King qui fut finalement confié à Mark Lester.

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L’histoire nous a montré que les mariages de raison cinématographique peuvent aussi être des mariages heureux et donner naissance à de magnifiques films. Né de l’échec au départ improbable de The Thing, des intérêts convergents d’un studio pensant détenir un futur hit au box office et d’un réalisateur certes soucieux de se relancer mais qui ne pouvait pas ne pas voir le lien thématique entre ses précédents films et ce roman, Christine en est un nouveau remarquable exemple. En adaptant le roman de Stephen King, John Carpenter n’a pas simplement réalisé un magnifique film de genre introduisant le fantastique dans le quotidien jusqu’ici terne d’un jeune homme qui ne rentre pas dans les codes de son époque, il a réalisé un de ces très rares films qui accompagnent toute une vie, que l’on va aimer pour tel ou tel aspect suivant son âge, ce qui nourrit alors notre esprit et notre rapport au monde. C’est là le propre des plus grands films que de se construire en strates successives, de ne jamais cessé de nourrir notre imaginaire et notre réflexion en se dévoilant un peu plus à chacune de ses visions.

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John Carpenter et son scénariste Bill Philips (avec lequel il avait déjà collaboré au projet d’adaptation de Firestarter) ont fait plusieurs choix forts dans leur adaptation du roman qui ont pour effet de le rapprocher encore un peu plus de son univers et en particulier de celui d’Halloween. Le premier et plus important d’entre eux concerne Christine dont il a fait une sorte d’entité démoniaque mue par sa propre volonté, quand, dans le roman, elle était possédée par le fantôme de son précédent propriétaire lequel apparaissait à plusieurs reprises. La scène d’ouverture nous montre ainsi que Christine est démoniaque depuis même sa sortie de la chaîne de montage ce qui rend plus mystérieuse et inquiétante la menace qu’elle représente et éloigne le film des sentiers plus traditionnels. Les apparitions dans la nuit de cette Plymouth rouge de 1958 pourchassant ses victimes ne sont pas moins effrayantes et son sombre dessein pas moins inéluctable que ceux de Michael Myers. Comme dans Halloween, Carpenter n’a pas besoin de déverser des litres d’hémoglobine à l’écran (pas une seule goutte ici) pour générer la peur. Pour l’anecdote, cela a même failli coûter sa qualification R (interdit aux mineurs non accompagnés) au film au moment de sa sortie, gage de crédibilité pour une œuvre espérant attirer des fans d’horreur et de Stephen King, de sorte que le studio demanda d’agrémenter les dialogues de « fuck » savamment distillés.

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Si Christine est un aussi grand film c’est qu’il fonctionne à la fois narrativement, grâce à ses personnages et à son propos sur le passage à l’âge adulte à travers le parcours d’Arnie (Keith Gordon) et formellement comme un film fantastique hanté par la menace absolument fascinante incarnée par cette Plymouth de 1958, iconisée dans chacune de ses apparitions. Disons-le sans détour, sur le plan de la mise en scène, il s’agit à nos yeux d’un des plus grands accomplissements de John Carpenter, une véritable « masterclass » qui produit des moments de pure sidération cinématographique, des plans et des scènes qui sont de ceux qui, découverts à l’adolescence, ne vous quitteront jamais et influenceront considérablement votre approche d’un genre et même votre rapport au cinéma. Donald M.Morgan n’y est pas étranger, lui qui avait la lourde tâche de succéder à Dean Cundey, le directeur de la photographie dont le nom est indissociable de celui de Carpenter pour leur collaboration entre Halloween et The Thing (il s’agissait en fait de retrouvailles puisqu’il assura un court intermède pour Le Roman d’Elvis que Carpenter réalisa pour ABC en 1979). Son travail est particulièrement bluffant sur les scènes nocturnes dans lesquelles la nuit ne semble être déchirée que par la seule lumière des phares de Christine générant des lens flares traversant l’écran de part en part. Ces scènes nous immergent directement dans le registre très sombre et fantastique dans lequel bascule le récit après avoir commencé comme une petite comédie de mœurs adolescentes dont Arnie est la sympathique victime avant d’incarner lui-même une menace pour ceux qui l’ont harcelé et ses camarades.

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Avec ses lunettes, ses passions différentes de ses camarades, son look de premier de la classe, ou encore ses parents envahissants, Arnie Cunningham (Keith Gordon) est le prototype du nerd, adolescent « martyr » tel qu’on le retrouve dans tant de comédies adolescentes américaines. Et si, comme dans beaucoup d’entre elles, le crapaud va se transformer en prince pour sortir avec la plus belle fille du collège et prendre sa revanche sur ceux qui l’ont humilié, son parcours est plus celui d’un serial killer que d’un jeune homme qui prend confiance en lui et se libère de tout ce qui l’empêchait jusqu’alors de trouver sa place parmi ses camarades. Le choix de ne pas embrasser le point de vue d’Arnie est particulièrement pertinent et payant pour inscrire le récit dans un registre fantastique. A mesure que le récit avance, on se détache en effet de plus en plus d’Arnie, l’adolescent pour lequel on pouvait prendre fait et cause, devenant un personnage ambigu, obsédé par sa voiture, indifférent aux autres et capable de réactions violentes. Nous sommes face à un récit fantastique mais aussi face au récit de la transformation d’un jeune homme qui va connaître son premier amour et chercher à enfin trouver sa place. Christine représentait sa chance de s’émanciper, de ne plus être le vilain petit canard violenté par les durs de son collège et ignoré par les filles, de ne plus subir le cours de sa vie. Christine finira par le transformer en être insensible et violent. Si la voiture tient une place importante dans le cinéma américain comme attribut masculin par excellence de personnages qui se définissent à travers elle, le lien entre Arnie et Christine est encore poussé plus loin. On pourrait quasiment parler de relation amoureuse entre ce jeune homme qui n’a jamais connu l’amour et cette Plymouth qui se montre jalouse et semble vouloir être le seul objet de son intérêt et de son affection.

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Comme souvent chez Carpenter, derrière le genre et les effets, se trouvent la voix et la sensibilité d’un auteur portant des thématiques sociales fortes qui s’expriment à travers ses personnages, leur parcours tout en s’inscrivant parfaitement dans le genre. En creux ce récit porte aussi en lui une satire du modèle américain, de cette société des apparences qui exclut ceux qui ne rentrent pas dans des codes qui sont souvent ceux imposés par le modèle consumériste sur lequel s’est construit la société américaine de l’après guerre. Arnie est un jeune homme que sa différence a relégué au rang de weirdo. On peut ne voir Christine que comme un film de possession et se dire que tout ce que fait Arnie est guidé par ce véhicule maléfique mais il est aussi manifeste, à notre sens, qu’il y a la aussi un propos sur le matérialisme de la société américaine, ce qu’il coûte de vouloir effacer sa différence et se conformer à ce modèle basé sur l’apparence et l’individualisme. Rarement cité dans les premières places quand il s’agit de faire des classements des films de John Carpenter, Christine est pourtant un petit miracle cinématographique, un de ces films qui procurent à la fois un plaisir immédiat pendant leur vision et auxquels on a tout autant de plaisir à penser une fois le moteur coupé.

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Un making-of en trois parties, écrit, produit et réalisé par Laurent Bouzereau, avec les entretiens de John Carpenter, Richard Kobritz, Bill Phillips, Terry Leonard et les acteurs Keith Gordon, John Stockwell et Alexandra Paul.

• 20 SCÈNES COUPÉES

• LE CARROSSE D’OR 2019 : CONVERSATION AVEC JOHN CARPENTER
Filmée lors de la remise du Prix du Carrosse d’Or 2019 par La Société des Réalisateurs de Films à l’ouverture de la 51e Quinzaine des réalisateurs, une conversation avec John Carpenter dirigée par les cinéastes de la SRF Katell Quillévéré et Yann Gonzalez.

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Christine affiche cliff and coTitre Original: CHRISTINE

Réalisé par: John Carpenter

Casting : Keith Gordon, John Stockwell, Alexandra Paul, Harry Dean Stanton…

Genre: Fantastique, Horreur

Sortie le: 27 octobre 1982

Sortie en Coffret Ultra Collector, Blu-ray et DVD le 18 septembre 2019

Distribué par: Carlotta Films

4,5 STARS TOP NIVEAUTOP NIVEAU

2 réponses »

  1. (evilash) Un film découvert à l’adolescence pour ma part, qui est immédiatement rentré dans le rang de mes films préférés dits « de coeur ».
    Ah pis quand tu dis  » la nuit ne semble être déchirée » forcément, ça m’a fait pensé au film de Mick Garris d’après un scénario original de Stephen King. Je me doute que c’était involontaire mais ça me fait sourire !

    • je n’y ai même pas pensé!! Film découvert chez un pote en laserdisc, je devais avoir 7 ou 8 ans max. Souvenir fantastique, impérissable, il figure très haut dans le classement de mes films préférés.

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