Critiques

UNBELIEVABLE (Critique Mini-Série) Un impact émotionnel très fort et une enquête palpitante…

unbelievable affiche cliff and co

SYNOPSIS: L’histoire vraie de Marie, une adolescente accusée d’avoir menti sur le fait d’avoir été violée, et de l’enquête menée par deux détectives.

Après la percutante When They See Us d’Ava DuVernay au printemps, Netflix dégaine sa deuxième carte mini-série de prestige de l’année avec Unbelievable, basé sur un article du même nom ayant reçu le prix Pulitzer. Un article au sujet douloureux, puisqu’il y raconte le parcours éprouvant d’une jeune femme victime d’un viol après qu’un inconnu soit entré par effraction chez elle. La police doutant de son témoignage, elle se voit obligée d’abandonner sa plainte. Avant que quelques mois plus tard, deux inspectrices se lancent sur la trace d’un violeur en série au même mode opératoire troublant…

Il faut avoir le cœur accroché pour suivre le pilote d’Unbelievable. Si la représentation d’un viol est déjà suffisamment traumatisante comme ça, ici, la scène est répétée ad nauseam, comme autant de témoignages que Marie Adler (excellente Kaitlyn Dever), désemparée, doit dire et redire à une police suspicieuse. La caméra prend certes le parti pris de la première personne, qui plus est aux yeux bandés, mais chaque cut provoque un certain malaise. On ne saurait que trop conseiller aux personnes sensibles à ces sujets de bien se préparer à l’impact émotionnel provoqué par l’agression et les réactions inhumaines des autorités face à la tragédie.

Une fois cette introduction passée, l’épisode prend le point de vue, et c’est assez rare pour le souligner, de la victime. Pendant les huit épisodes, l’un des trois points de vue de la série est le sien. Comment se reconstruire en tant que femme, en tant que personne, après un tel traumatisme ? A qui peut-on faire confiance ? La série ne tombe jamais dans le pathos mais suit le cheminement imparfait mais courageux d’une femme comme tant d’autres : abandonnée par la police, la justice et ses proches, mais qui doit apprendre à vivre avec un lourd fardeau.

Et pendant que Marie vit plus ou moins bien avec ce traumatisme, ce sont à des femmes de mener l’enquête. Interprétées à la perfection par Merritt Wever et Toni Collette, véritable duo d’enfer, Unbelievable attend patiemment son troisième épisode pour nous plonger dans l’enquête difficile mais nécessaire de ces deux inspectrices. On sent très vite que la série a une équipe de scénaristes majoritairement féminine. La manière dont chaque femme s’entraide, se soutient, et veut se battre pour toutes les autres, a ici un goût inédit. Quasiment toutes les personnes sur le dossier sont des femmes, et sans manichéisme aucun, la police n’est quasiment composée que d’hommes peu enclins à croire les histoires provenant de femmes agressées.

La série devient alors une enquête, si ce n’est classique, palpitante à suivre. En plus d’un découpage efficace des épisodes réduits chacun à 45 minutes (exception faite du pilote d’1h), leur donnant un rythme énergique sans ventre mou, la série continue à adopter le point de vue des victimes, à croire leur parole et surtout, à ne jamais la remettre en question. Chaque épisode jongle habilement avec les fils des trois personnages principaux sans qu’aucun ne soit déséquilibré. Au-delà de l’enquête, ce sont tout simplement trois portraits de femmes très différentes qui nous sont présentés. Trois portraits complexes, qui prennent leur temps mais ne jugent jamais leurs réactions ou leurs actes. Qu’il s’agisse de religion, de mariage, ou même, tout simplement, de la place de la femme dans la police, ces sujets sont traités avec finesse, sans balourdise ni jugement. La série sait très bien qu’elle raconte des histoires de femmes ayant réellement existé et prend le parti d’une distance saine et respectueuse, évitant tout romantisme potentiellement déplacé.

Dans une société post Me-Too où la parole des victimes est encore trop souvent remise en question, Unbelievable intervient comme une bouffée d’air frais revendicative sur l’importance capitale de les écouter et de prendre leurs récits en compte. Cette mini-série est une excellente preuve de ce que Netflix peut apporter au true crime : des histoires vraies, dures, mais d’actualité et qui peuvent aider à changer les mentalités. Car après le racisme des institutions dénoncé dans When They See Us, c’est ici à la culture du viol qu’Unbelievable s’en prend, dénouant avec patience et sensibilité toutes les idées préconçues que l’on peut avoir autour de ces faits-divers. On espère vivement qu’ils continueront sur leur lancée.

Crédits : Netflix

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