Critiques

LES SAUVAGES (Critique Mini-Série) Des sommets d’intensité…

les sauvages affiche cliff and co

SYNOPSIS: Tout sourit à Fouad, jeune acteur star d’une série télévisée et fiancé de Jasmine, la fille du candidat favori à l’élection présidentielle, Idder Chaouch. Mais le jour de l’élection, Chaouch est la cible d’un tireur… qui appartient à la famille de Fouad. L’homme, dont le monde s’écroule, décide d’enquêter de son côté soutenu par Marion, la responsable de la sécurité du président… Vengeance, lutte fratricide ou manipulation 

La Création Originale Canal + se distingue par ses marques fortes (Engrenages, Le Bureau des Légendes, Baron Noir…) et quelques tentatives louables mais qui ont moins convaincues (Paris, Etc., Vernon Subutex, Mouche…). Alors qu’Hippocrate a démontré que l’on pouvait faire une série médicale réaliste et prenante sans avoir recours à des artifices, Canal + s’essaye avec Les Sauvages à la série d’anticipation qui propose un instantané de ce qu’il pourrait prochainement advenir dans une France parallèle. L’élection d’un Président français d’origine maghrébine agit comme déclencheur de cette mini-série qui radiographie un pays sur le point d’exploser en s’attachant à deux familles diamétralement opposées, les Nerrouche et les Chaouch, dont les trajectoires vont s’entrecroiser dans un ballet de rancœur et de haine latente.

Adaptée des romans de Sabri Louatah (quatre tomes publiés entre 2011 et 2016), Les sauvages brille à raconter une France multiculturelle, les fossés idéologiques qui séparent les protagonistes, les différences d’intégration dans un pays que certains s’approprient quand d’autres le rejettent violemment. Tout cela sans user de clichés éculés mais au contraire avec une réelle acuité sur les problématiques socio-politiques. Réalisée par Rebecca Zlotowski (Grand Central, Une Fille Facile…) la série fait se mélanger les ors de la République, Paris comme ville lumière et les quartiers populaires de la province, en l’occurrence Saint-Etienne, où des citoyens désœuvrés et laissés pour compte, cherchent encore une raison d’y croire et de faire bouger les lignes, quitte à le faire par la violence.

Les Sauvages commence comme une fresque politique, se poursuit comme un suspense d’anticipation avant de basculer franchement dans le thriller addictif et nerveux, rythmé comme à la belle époque de 24 Heures Chrono par des cartons scandant le temps qui s’écoule (et une bande-son enthousiasmante qui sied merveilleusement bien aux images). En une semaine où les évènements vont s’enchainer sur un rythme tonitruant, la série raconte autant notre société contemporaine que les prémisses d’un crime d’état, elle convoque dans sa narration l’état d’urgence, le terrorisme, la montée des extrémismes même si son propos politique sous-jacent finit par perdre en densité au fil des épisodes au profit d’une enquête haletante qui doit faire se rejoindre tous les fils narratifs, ce que la série parvient brillamment à faire jusqu’à ses ultimes secondes. Il n’en reste pas moins dommage et frustrant de voir cette réussite réduite au format de mini-série quand elle avait en son sein un potentiel énorme pour faire éclore une œuvre majuscule.

La série est malgré tout magistralement écrite par la réalisatrice et le romancier, malgré des ellipses nécessaires et cette sensation que les auteurs ont dû boucler l’ensemble avec un peu de précipitation ne nuit heureusement pas à la qualité globale. La réalisation de Rebecca Zlotowski sans fioritures, ni formalisme stylistique appuyé va à l’essentiel et impose sa cadence envoûtante tandis que le récit convoque des histoires universelles comme Roméo et Juliette ou Abel et Caïn. La distribution dans son ensemble est remarquable, mais les stars que sont notamment Roschdy Zem ou Marina Foïs (tous deux impeccables) apparaissent curieusement en retrait avec des personnages essentiels mais qui ne sont pas réellement moteurs du récit. Ce qui laisse la place à des figures moins connues pour démontrer tout leur talent. On pense aux rôles féminins incroyables endossées par Souheila Yacoub (forte et déterminée), Carima Amarouche (désespérée et désemparée), Lyna Khoudri (bouleversée et exaltée) et surtout Farida Rahouadj renversante d’émotion en mère qui ne peut renier son fils et qui livre une performance de haut vol et prouve quelle grande tragédienne elle peut-être.

Les rôles masculins ne sont pas en reste. Si Shaïn Boumedine qu’on a adoré chez Abdelatiff Kechiche (Mektoub my Love) n’a pas ici trop de place pour exprimer tout son potentiel, Illiès Kadri est très charismatique avec un personnage quasi mutique. Mais ce sont surtout Dali Benssalah et Sofiane Zermani (le rappeur Fianso) dans le rôle des deux frères ennemis qui amènent Les Sauvages sur des sommets d’intensité. Les deux hommes nous scotchent par des performances réellement époustouflantes. Leurs personnages ne sont pas binaires, ils ne sont ni noir, ni blanc, les nuances qui les escortent en font les deux faces d’une même pièce se complètant admirablement pour porter Les Sauvages au firmament.

Crédits: Canal + / Scarlett Production

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