Critiques Cinéma

VAMPYR (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Allan Gray, un jeune voyageur, décide de faire un arrêt pour la nuit à l’auberge de Courtempierre. En plus des bruits et apparitions étranges, un vieil homme offre a Allan un livre sur les vampires. C’est le point de départ d’une aventure dans laquelle Allan devra déjouer les plans diaboliques d’une femme-vampire. 

Deux films sont régulièrement et justement cités lorsqu’il s’agit de remonter aux origines du film de vampires, genre qui n’a cessé de nourrir le cinéma fantastique, même s’il peine depuis trop longtemps à se renouveler: Nosferatu (F.W Murnau, 1922) et Vampyr premier film parlant d’un des plus grands cinéastes du cinéma muet, le danois Carl Théodore Dreyer, lequel venait de réaliser l’un de ses plus grands films: The Passion of Joan Arc. Adapté de deux nouvelles fantastiques de Joseph Sheridan Le Fanu: Carmilla et L’Auberge du dragon volant, le film de Carl Théodore Dreyer se distingue déjà de l’approche de Murnau, mais aussi de celle de Todd Browning (Dracula, 1930) en ce qu’il privilégie une approche plus réaliste du vampire. Loin des représentations « folkloriques », tout le travail de Dryer consiste à pervertir le réel, troubler scène après scène les repères du spectateur, convié dans un univers qui lui semble familier dans lequel s’invite le fantastique.

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Vampyr est un poème surréaliste, nimbé d’une étrangeté constante où le fantastique s’immisce dans le réel, comme dans un long rêve éveillé vécu à travers les yeux de son personnage principal. Celui-ci est simplement caractérisé en quelques lignes dans un intertitre mais pour le reste on ne sait rien de lui. Il est transparent dans ce récit qui nous est conté à travers lui. Dryer nous met ainsi dans la position d’Allan Gray, cet aventurier à la silhouette longiligne, au regard inexpressif, qui ne fait jamais écran entre le spectateur et un récit qui se vit comme une expérience à la première personne opérant par la perte de repères dans un cadre pourtant familier dans lequel interviennent des éléments surnaturels. Le film repose sur l’identification à son personnage passionné de phénomènes paranormaux qui se retrouve confronté à des événements qui dépassent sa raison et ses connaissances. On avance ainsi à tâtons dans ces lieux, au rythme des découvertes et rencontres d’Allan Gray. Le fantastique s’immisçant  dans le réel, c’est la foi du spectateur qui est questionnée en même temps que celle de ce personnage.

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Loin de la vision romanesque que l’on pourra rencontrer à partir des années 50 et des films de la Hammer, les vampires de Dryer sont des damnés qui doivent errer comme des ombres et se nourrir du sang des enfants et des jeunes adultes. Dryer nous confronte à la lente dégradation mentale et physique d’une jeune fille condamnée par sa morsure. Là où le film de Murnau confronte directement le spectateur au mal, au vampire tel qu’on se le figure, sans âge et assoiffé de sang, Vampyr s’intéresse à la propagation du mal, au poison qui gagne cette jeune fille, symbole s’il en est d’innocence et de pureté. S’il est volontairement nébuleux et demande un certain lâcher prise, Vampyr se montre aussi didactique, le mythe du vampire et leur mode de vie est littéralement exposé à l’écran quand un personnage tourne les pages d’un livre sur le sujet.

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Les grandes œuvres naissent parfois d’heureux accidents dont l’on sait tirer profit et c’est le cas de Vampyr dont la photographie qui participe grandement à l’atmosphère du film et à la fascination qu’il exerce est née d’une surexposition accidentelle de la pellicule. Cela aura servi la volonté de Dryer de faire de son récit un rêve éveillé dans lequel l’horreur nait aussi de la projection de nos propres angoisses face à ce qui nous est inconnu mais surtout face à ce que nous ne voulons pas voir: l’inéluctabilité de la mort. Jusque dans sa scène la plus connue, en vue subjective dans le cercueil d’un des personnages, Vampyr est un film hanté par la mort, représentée dans l’une de ses premières scènes quand, Grey, tout juste arrivé dans ce village, aperçoit un homme avec une faux par la fenêtre de la maison dans laquelle il vient d’entrer. Le vampire de Dryer n’a pas besoin d’accessoires (capes, crocs …) pour être effrayant et nourrir sa mythologie. C’est l’atmosphère du récit, la mise en scène qui fait naître la peur en jouant notamment sur la perte de repères du spectateur, le travail sur la lumière, un jeu constant avec les ombres projetées ou figurant que les lieux sont hantés, le choix d’angles de caméra qui renforcent la sensation de claustrophobie entre les murs de cette auberge. Vampyr n’est certainement pas le plus flamboyant film du genre, le plus accessible mais il est de ceux qui continuent de vous hanter longtemps après le générique de fin.

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Titre Original: VAMPYR

Réalisé par: Carl Theodor Dreyer

Casting : …

Genre: Fantastique, Horreur

Date de sortie: 1932

Distribué par: –

4,5 STARS TOP NIVEAU

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