Critiques Cinéma

LE PROFESSEUR (Critique)

le professeur affiche cliff and co

SYNOPSIS: Daniele, un professeur de littérature remplaçant est nommé pour quelques mois dans un lycée de Rimini. Passionné de lettres mais peu soucieux des convenances de sa profession, il s’adonne à sa tâche sans grand entrain. Il remarque vite Vanina, l’une de ses élèves, aussi fragile qu’attirante, et décèle en elle une blessure secrète. Intrigué et séduit par la jeune femme, Daniele délaisse sa femme Monica, se précipitant sans le savoir vers un destin tragique… 

Film des années 70, Le Professeur est un film de Valerio Zurlini. Il est connu en italien sous le titre La prima notte di quiete (La Première Nuit de quiétude), titre emprunté à Goethe. Le film a récemment livré sa version restaurée (projetée au Christine Cinéma Club dans le cadre de son cycle consacré au cinéma italien, programmation pensée par Lorenzo Chammah), après avoir été présentée lors du dernier Festival de Cannes dans la sélection Cannes Classic. Dans ce film très novateur par sa liberté de pensée, on assiste à la venue de Daniele Dominici, professeur remplaçant au lycée de Rimini, une petite ville italienne sur l’Adriatique. Malgré une séparation avec sa femme Monica, il cohabite toujours avec elle (faute de moyens, imagine-t-on, pour cause de menaces de suicide de la principale intéressée, comprendra-t-on plus tard). Au sein du lycée dans lequel il travaille, Daniele livre une méthode éducative particulière et en phase avec le vent tout à fait libertaire de l’époque : on peut notamment y apercevoir des élèves fumer en classe. Ces pseudo lycéens qui ont l’air d’avoir la trentaine, sont issus de milieux aisés et semblent profondément ennuyer Delon, dont le personnage oscille entre flegme et apathie dépressive. Par miracle, Vanina, une belle brune au visage triste attise son désir. Profondément fragile, la jeune femme semble meurtrie, ce qui la rend blasée à ce qui peut l’entourer. En cela, on se dit qu’ils se sont bien trouvés Daniele et elle : apathiques car, devine-t-on, ils ont beaucoup souffert.

LE PROFESSEUR 1 CLIFF AND CO

Ce film est extrêmement riche par les multiples dimensions qu’il revêt : évidemment, l’aspect amoureux en fait tout le sel. On ne peut que jubiler d’assister à la naissance de cet amour, de voir Delon jeune, beau, en amoureux transi. Sans tomber dans des clichés ou poncifs, on peut facilement se trouver troublé par ce sentiment amoureux qui grandit peu à peu. Au delà de cet aspect, le volet presque sociologique quant à cette société italienne aisée de l’époque est assez fascinant. On assiste en effet à une critique de l’aristocratie italienne des années 70 : rien de révolutionnaire évidemment mais il faut se replacer dans le contexte de ces années-là. Nous sommes en 1972 lorsque le film sort en salles et de par ce qu’il dénonce, on ne peut douter qu’il ait fait grand bruit. Son réalisateur n’hésite pas à filmer des corps nus, alors que certains films plus récents censurent un sein ou des corps faisant l’amour. Ici, on voit tout ou presque, sans filtre. Cette liberté de ton est infiniment appréciable. On peut par ailleurs avoir le sentiment d’assister au bal des pourritures tant les personnalités dépeintes, pour certaines, peuvent s’avérer détestables mais on y croit. Hélas, la noirceur humaine n’a pas d’époque et ce qui s’est passé en 70 et qui est dénoncé dans ce film pourrait encore trouver sa place, quel que ce soit le pays ou l’époque. Hélas.

LE PROFESSEUR 2 CLIFF AND CO

D’un point de vue strictement formel, on assiste à la fois à une effusion de richesse mais dans une ville ô combien austère, à la manière du caractère de Vanina, profondément meurtrie par une blessure refoulée. Ce contraste esthétique est vraiment intéressant. D’ailleurs, on note de nombreux plans sur l’Adriatique, mais la mer, contrairement à Plein Soleil, apparaît taupe, rebutante. A contre courant.En somme, Le Professeur surprend par la richesse à la fois de son propos qu’il veut multiple mais bien traité, sa grande poésie (en atteste la scène finale, parfois absconse), mais aussi la forme qu’il revêt. Ce qui est surprenant, c’est que ce film qui a presque 50 ans n’a pas pris une ride, même si hélas, Delon, oui.

Titre Original: LA PRIMA NOTTE DI QUIETE

Réalisé par: Valerio Zurlini

Casting : Alain Delon, Sonia Petrova, Alida Valli …

Genre:  Drame

Sortie le: 18 octobre 1972

Sortie en version restaurée: 12 juin 2019

Sortie en : Combo DVD/Blu-ray le 10 novembre 2019 chez Pathé

Distribué par: Les Films du Camelia

EXCELLENT

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2 réponses »

  1. (evilashymetrie) Moi qui aime tant le cinéma italien, me voilà fort intrigué par celui ci. En revanche, un truc qui m’étonne, quand tu mentionnes que le film est audacieux, qu’il a une liberté de ton dans ce qu’il montre à l’écran : Il me semble que le cinéma italien ne se gênait plus depuis un bon moment de filmer des corps nus. Quand je pense à l’érotisme de leurs thrillers, de leurs polars violents et de leurs gialli, par exemple. Toutes les années 70 ont été comblées sur ce plan libertaire là.

    • Je pense que Lucie voulait dire qu’entre cette époque, où filmer des corps nus était plus fréquent et aujourd’hui où le cinéma est devenu prude, il y a un écart

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