Critiques

THE BOYS (Critique Saison 1) Aussi cynique qu’intelligente et pertinente …

the boys affiche cliff and co

SYNOPSIS: Dans un monde fictif où les super-héros se sont laissés corrompre par la célébrité et la gloire et ont peu à peu révélé la part sombre de leur personnalité, une équipe de justiciers qui se fait appeler « The Boys » décide de passer à l’action et d’abattre ces super-héros autrefois appréciés de tous. 

 » Who watches the Watchmen ? It’s The Boys ! », écrivait malicieusement Simon Pegg dans la préface du comics The Boys, publié d’octobre 2006 à novembre 2012 (et trouvable en France chez Panini Comics). La comparaison entre les deux équipes n’est pas anodine puisque tant Alan Moore avec les Watchmen que Garth Ennis avec The Boys mettent en scène leurs doutes, voire leur franche hostilité, envers le concept même de super-héros, sur leurs limites imposées par la pop-culture mainstream (Marvel et DC pour ne citer qu’eux) et sur la part d’ombre de ces héros qu’on ne voit jamais. Après avoir adapté avec plus ou moins de succès Preacher sur AMC durant quatre saisons, le tandem Seth Rogen/Evan Goldberg, grands admirateurs d’Ennis, et cette fois accompagnés d’Eric Kripke, remettent donc le couvert avec l’adaptation de The Boys, diffusée sur la plate-forme Amazon Prime. Le pitch est simple: une bande de  » Boys  » secrètement mandatée par le gouvernement américain est chargée de surveiller The Seven, une équipe de super-héros mondialement vénérée qui combat le crime. Le problème étant, vous l’aurez deviné, que loin du prestige public, ces Seven mènent des vies plus que douteuses, voire carrément immorales. Et lorsque le pauvre Hughie voit son existence privée de sa petite amie à cause d’un membre de l’équipe, leurs vraies couleurs commencent à brutalement se révéler…

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Par où commencer face à une telle entreprise ? The Boys est une histoire très complexe à adapter : nombreuses chronologies, un nombre assez conséquent de personnages, une avalanche de sexe et de violence parfois insoutenable à regarder, même avec le R rated le plus tolérant du monde. Pourtant, le pilote réalisé par Dan Trachtenberg donne une assez bonne idée du rendu de la série, et de la version de Kripke, Rogen et Goldberg : malgré les limitations, la cohérence visuelle rend très souvent hommage aux comics, reprenant parfois certaines cases ou certaines répliques. Le cahier des charges visant à trouver un équilibre entre la crasse des comics et tout le potentiel comique et visuel est ici bien respecté. Certaines scènes sont édulcorées mais pour le reste, les personnages repris pour cette première saison ont une histoire convenable, bien que condensée. En tout cas, on sent très vite qui sont les personnages chouchous des scénaristes : Starlight, Homelander et Billy Butcher sont ceux qui ont le droit au traitement le plus intéressant. Chacun d’entre eux interprétés avec succès par respectivement Erin Moriarty, Antony Starr et Karl Urban, ils portent la série avec plus de sérieux qu’on pourrait le croire pour une série qui parodie les produits super-héroïques que l’on aime tous. Ils retranscrivent le mieux l’esprit de la série, entre parodie, donc, mais aussi amertume et remise en question de tout ce en quoi ils croient. A ce titre, on insiste, mais Erin Moriarty offre une performance vraiment touchante en Starlight, et c’est clairement elle qui sort gagnante de la saison.

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Là où la série touche le plus juste, c’est dans sa manière de gérer The Seven, via une entreprise, Vought, qui est une évidente parabole de Disney. Qu’il s’agisse de communication (la parodie des visites dans les hôpitaux pour les enfants malades), de damage control quand un incident se produit, ou même une présentation d’héros proche de ce qui se fait à la Comic-Con de San Diego, il ne faut pas aller chercher bien loin pour trouver l’inspiration de ce qu’on fait des super-héros en 2019. Est-ce un commentaire de Seth Rogen sur son expérience de The Green Hornet ? On ne le sait pas, mais toujours est-il que la charge est bien là, et qu’elle fait mal. De plus, le mouvement MeToo est évidemment passé par là, et il est glaçant de voir que ce qu’avait écrit Ennis en 2006 est toujours d’actualité maintenant. Le propos est adouci par rapport aux comics, bien plus implacables envers Starlight, mais l’essence de ce qui fait des Seven un boys club misogyne et excluant est tout de même présente.

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Tout ne fonctionne pourtant pas dans la série, malheureusement. Les deux derniers épisodes vont beaucoup trop vite, au point que l’on se dit qu’une saison en dix épisodes au lieu de huit comme c’est le cas ici, aurait pu permettre davantage de développements. La réalisation, efficace dans le pilote, reste assez fonctionnelle malgré quelques morceaux de bravoure et une photographie saturée de tons bleus-verts, gris et jaunes (car c’est une série de super-héros pour adultes, donc il faut des couleurs d’adulte!). On regrettera aussi des personnages pas assez fouillés comme Queen Maeve ou Deep, qui reste bloqué à un stade de parodie d’Aquaman, et qui est très drôle ; mais le propos qu’il incarne sur la masculinité toxique aurait pu être plus profond. Quelques défauts qui n’entachent pas le visionnage mais déçoivent tout de même quand on voit le nombre de clichés et de facilités évités durant la globalité de la saison. Si Preacher était une adaptation en forme de crise d’adolescence insolent pour Seth Rogen et Evan Goldberg, The Boys bénéficie d’un traitement bien plus adulte et poussé dans ses thématiques. Malgré quelques défauts d’écriture, une édulcoration de la violence du comics et un rush final très faible, cette première saison se paie le luxe d’être aussi cynique qu’intelligente et pertinente. Emmenée par un chouette casting et une galerie de personnages qui ne laissent pas indifférents, c’est en tout cas une proposition intéressante du genre super-héroïque que nous propose Amazon, à peine quelques semaines avant l’arrivée des autres Gardiens sur HBO…

NB : si vous vous rongez déjà vos ongles en attendant la saison 2, déjà commandée, on vous rappelle que les comics signés Garth Ennis et Darick Robertson, édités en France chez Panini Comics, sont disponibles dans toutes les bonnes librairies. Et si vous trouvez que le Hughie des comics ressemble à Simon Pegg, le papa du Hughie de la série, c’est normal : Robertson s’est inspiré de ses traits !

Crédits: Amazon Prime Video

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