Critiques

THE AMERICANS (Critique Saison 1 – 6) Un fragment de notre histoire contemporaine…

the americans affiche cliff and co

SYNOPSIS: Phillip et Elizabeth Jennings, deux espions du KGB dont le mariage a été arrangé, s’installent avec leurs deux enfants dans la banlieue de Washington au début des années 80, juste après l’élection de Ronald Reagan à la Présidence. Se sentant une certaine affinité pour le mode de vie américain, le couple voit ses convictions mises à rude épreuve. Assumer une double identité va devenir de plus en plus difficile pour eux, d’autant qu’en cette période de Guerre Froide, le moindre faux pas peut leur coûter la vie…

Le golden globe 2019 de la meilleure série dramatique reçue pour The Americans permet de faire le bilan de cette série phare des années 2010. En six saisons et 75 épisodes, le créateur Joe Weisberg, ancien officier de la CIA nous plonge magistralement en pleine guerre froide en suivant les Jennings, famille modèle à la ville avec ses deux enfants mais en réalité couple d’agents russes infiltrés aux États-Unis. Deux traits attirent tout de suite l’œil du spectateur dès le premier épisode de cette série très intelligemment écrite : son réalisme et la qualité de l’interprétation. Filmé le plus sobrement possible avec un minimum d’effets, la série n’en sera pas moins très violente et très éprouvante pour le public. Elle veut coller au plus près de l’actualité de l’époque en citant précisément les épisodes (la course à l’armement, l’élection de Reagan, la perostroïka) qui ont marqué les années 80 et la fin de la Guerre Froide. La réalité et la fiction sont parfaitement imbriquées et on a une vision assez précise de cette période troublée géopolitiquement où les espions n’étaient pas encore sous l’emprise d’internet. Les multiples déguisements, les interminables discussions entre le couple et leurs donneurs d’ordre, les micros installés dans les bureaux, les appels dans les cabines téléphoniques en font une série parfaitement anachronique et donc fascinante. Le créateur a la faculté de ne pas choisir de camp et de créer des personnages ambiguës à l’image d’un Oleg Burov (interprété par Costa Ronin que nous reverrons dans Homeland) d’abord détestable et calculateur puis fils aimant et conciliant.

Très connu du public grâce à la série Felicity, Keri Russell compose un personnage de femme forte jamais vu sur le petit écran. Ses colères noires et cette violence intérieure nous resteront longtemps en mémoire. Au fur et à mesure des saisons, son charisme se renforce et son personnage nous devient légitimement antipathique tant sa rigidité et sa violence s’accentuent. Avouons que le choix de Matthew Rhys peut surprendre tant cet acteur inconnu manque justement de ce charisme dont fait preuve Keri Russell, sa femme à la ville. Sauf que l’acteur gallois va plus que remplir sa mission en s’affirmant au fil des saisons jusqu’à la dernière où son talent va nous exploser au visage. C’est le personnage le plus ambivalent de la série : on ne sait jamais s’il va jeter l’éponge et ce dès la première saison. La fin de la saison 5 nous apporte d’ailleurs une réponse : la fatigue de son personnage est clairement une allégorie de cette guerre froide où une certaine lassitude commençait à poindre son nez. La scène finale du dernier épisode avec Beeman est la plus réussie de la série avec ce long monologue de Philip.

La série fonctionne principalement grâce à la formidable alchimie entre ces deux acteurs à travers leurs crises existentielles, leurs crises de couple et leurs vies de parents. D’abord amants par obligations, leur relation finira par devenir une véritable histoire d’amour à la fois conflictuelle et sensuelle. Un peu plus connu pour ces seconds rôles dans des productions comme Pride and Glory ou Super 8, Noah Emmerich campe un agent du FBI à visage humain qui n’aura pas peur de ses sentiments (sa relation avec Nina, l’agent triple russe), ce qui en fait un personnage assez imprévisible et très emphatique. L’autre réussite de la série est de mêler à la fois la vie d’espions du couple Jennings et la vie familiale du quotidien qui finit par les rattraper. Alors que les espions les plus connus du monde cinématographique comme James Bond, Ethan Hunt ou Jason Bourne n’ont ni attaches, ni passé, The Americans décide de s’engouffrer dans cette brèche. Philip et Elisabeth doivent gérer leurs deux enfants et leurs préoccupations d’adolescents. Les questionnements religieux de Paige ainsi que l’attrait d’Henry pour le système éducatif sont des valeurs américaines en contradiction à l’idéologie soviétique de l’époque et donc inconnues à Philip et Elisabeth. C’est vers la moitié de la série que cette situation va leur revenir en boomerang avec Paige qui se doute que quelque chose se trame et qu’elle va finir par découvrir. Elle deviendra le personnage clé des 3ème et 4ème saisons et c’est par elle que la dramaturgie montera d’un cran. La révélation après tant d’années permettront au couple Jennings d’enfin se libérer après tant d’années de mensonges et de faux-semblants.

Les quelques défauts de la série s’il fallait en nommer est la multiplication de petites histoires très vite bouclées qui n’apportent pas grand chose à l’intrigue. Un voir deux épisodes par saison sont ainsi très dispensables et l’impression de remplir coûte que coûte 13 épisodes par saison prédomine. Toutefois, faisons grâce à Joe Weisberg de ne pas nous avoir rempli la série de cliffhangers permanents mais de nous montrer la lenteur et même parfois le caractère stérile du métier d’espion. Le dernier épisode clôt parfaitement cette série qui laisse certes quelques questions en suspens mais laisse (enfin) son côté grandiose s’affirmer. The Americans nous a gracieusement permis d’assister à un fragment de notre histoire contemporaine.

Crédits: FX

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