Critiques

DANS LEUR REGARD – WHEN THEY SEE US (Critique Mini-Série) Bouleversant…

dans leur regard affiche cliff and co

SYNOPSIS: L’histoire vraie de cinq adolescents de couleur accusés de viol alors qu’ils étaient en réalité innocents. 

Le début de l’année 2019 aura une nouvelle fois démontré le fossé artistique qui existe entre les films et les séries américaines. En relatant la tragique catastrophe nucléaire de Tchernobyl, HBO a frappé un grand coup non seulement en termes de narration mais également en termes de mise en scène. La qualité scénaristique n’est clairement plus à démontrer depuis une vingtaine d’années mais la réalisation de Chernobyl est clairement une des plus marquantes de cette année tous supports confondus. Pendant ce temps, côté cinéma, des suites, des films de superhéros, des lives actions. Ce qui marque assurément dans ces propositions, c’est l’absence totale de messages. C’est à se demander si notre époque ne mérite finalement que ces divertissements indolores et oubliables. Le cas d’Ava Duvernay est en cela très intéressant. Artiste engagée dans la cause des afro-américains, réalisatrice du réussi Selma, elle a mis en scène un des documentaires les plus passionnants et les plus tragiques qu’il nous ait été permis de voir sur Netflix : The 13th. Ce documentaire édifiant démontrait le parallèle entre le système esclavagiste du 18-19ème siècle et le système carcéral américain où la majorité des prisonniers sont afro-américains. Elle enchaîna malheureusement sur une pure production Disney : Un Raccourci dans le Temps qui fut une des plus grandes catastrophes critiques et financières de l’année dernière. Seulement un an plus tard débarque sur Netflix : When They See Us, mini-série de quatre épisodes qui reprend le casting gagnant de The 13th : Duvernay à la réalisation et Oprah Winfrey, la célèbre animatrice, à la production.

When They See Us relate l’histoire vraie du calvaire de cinq jeunes afro-américains âgés entre 14 ans et 16 ans au moment des faits, accusés à tort du viol d’une joggeuse au cœur d’un grand parc de New York au cours de l’année 1989. Alors que l’on s’attend à une grande série judiciaire un peu comme le formidable The Night Of, Duvernay a la remarquable intelligence de nous donner une vision d’ensemble de toute cette affaire : une vision policière, judiciaire, politique et familiale. Disons-le d’entrée, ce qui nous est présenté à l’écran est vraiment terrible pour l’image des États-Unis. On observe comment tout un système politique s’est mis en branle pour trouver coûte que coûte des coupables à ce crime peu importe les dommages collatéraux. Et qui de mieux que des gamins noirs pour être les boucs-émissaires de cette horrible crime. Duvernay retranscrit parfaitement cet engrenage déclenché par la directrice du département des violences sexuelles de Manhattan interprétée par la glaçante Felicity Huffman. Ce que nous démontre la réalisatrice et qui peut paraitre encore plus terrifiant est le zèle dont ont fait preuve les fonctionnaires de police pour accuser ces gamins noirs. Il faut voir ces policiers forcenés s’acharner sur ces êtres qui n’ont même pas l’âge de comprendre ce pour quoi ils sont accusés. Filmées au plus près des visages, ces nombreuses séquences d’interrogatoire sont étouffantes pour le spectateur. Personne n’ira à l’encontre de sa hiérarchie bien au contraire laissant penser à un système gangréné par un racisme crasse. La réalisatrice n’oublie d’ailleurs pas de convoquer le présent en utilisant des interviews télévisuelles de l’actuel locataire de la Maison Blanche Donald Trump qui avait appelé au retour de la peine de mort suite à cette affaire. Il avait notamment employé des phrases chocs comme : « Peut-être que la haine est quelque chose dont nous avons besoin, si nous voulons que les choses soient faites. »

La seconde partie plus conventionnelle mais toujours aussi dramatique nous amène au cœur du tribunal où a lieu le jugement des cinq adolescents. Ce qui nous avait frappé lors de la première partie se confirme dans la seconde : le choix de la distribution est remarquable. On y retrouve des habitués du petit écran comme Joshua Jackson (Dawson,The Affair), Famke Janssen (The Blacklist), Michael K. Williams (The Wire, Boardwalk Empire), Felicity Huffman (Desperate Housewives) et Vera Farmiga (Bates motel). Tous impeccables avec une mention spéciale pour Jackson en avocat habité par cette cause, ils sont parfaitement entourés par ces jeunes comédiens et leurs parents. Ce sera d’ailleurs l’un des atouts majeurs de ce feuilleton : la description des liens familiaux. On se rend compte de la difficulté intrinsèque d’être noir aux États-Unis et d’être considéré comme un citoyen de seconde zone, qui a toujours à prouver plus que les autres. Les parents ont ainsi cette peur chronique de voir leur progéniture mal finir (11,4% des enfants noirs nés en 2001 avaient un parent en prison). La peur se lit ainsi sur les yeux du personnage de Michael K. Williams, père d’un des accusés. La figure maternelle est aussi très présente puisqu’elles sont la plupart du temps seules à élever leur progéniture. On sent une affection toute particulière de la part de Duvernay envers ces femmes-piliers qui ont l’obligation de rester fortes sans jamais vaciller malgré les événements.

Cette mini-série finit de nous surprendre dans ces deux derniers épisodes en axant le récit sur le milieu carcéral et nous donne à voir la conséquence de ce jugement sur la vie de ses cinq jeunes qui se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Sans trop en faire, Duvernay nous montre la dureté de cette nouvelle vie à laquelle aucun n’était préparé. Malgré certains moments d’humanité notamment la relation nouée entre Korey Wise et un des gardiens de prison, nous ressentons instantanément la fin du peu d’innocence qui restait chez ses mômes. Cependant, la société américaine n’a que peu faire de ces ex-prisonniers et les condamnent une seconde fois lors de leurs sorties en les excluant de nombreux emplois et donc d’une partie de la société civile. L’étiquette « ancien détenu » vous collera à la peau toute votre vie. Ce terrible événement aurait pu avoir un effet catalyseur positif chez certains acteurs qui ont activement participé à cette tragédie. C’est malheureusement tout l’inverse qui s’est produit. De Trump à l’ancienne directrice du département des violences sexuelles en passant par d’anciens policiers, aucun n’a fait acte de contrition laissant penser que les États-Unis sont un grand pays malade où il ne fait vraiment pas bon d’être d’une certaine couleur de peau. Difficile de ne pas ressentir à la fois de l’admiration pour une telle production mais un profond dégoût pour cette histoire. L’émotion atteint son paroxysme à la vue de ces cinq gaillards au générique de fin. Bouleversant.

Crédits: Netflix

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s