Critiques Cinéma

NEVADA (Critique)

nevada affiche cliff and co

SYNOPSIS: Incarcéré dans une prison du Nevada, Roman n’a plus de contact avec l’extérieur ni avec sa fille… Pour tenter de le sortir de son mutisme et de sa violence, on lui propose d’intégrer un programme de réhabilitation sociale grâce au dressage de chevaux sauvages. Aux côtés de ces mustangs aussi imprévisibles que lui, Roman va peu à peu réapprendre à se contrôler et surmonter son passé. 

Aux États-Unis, plusieurs états ont déclenché un programme pour contrôler le nombre de mustangs qui y vivent en surpopulation. Cette race de chevaux sauvages est au centre du premier film de Laure de Clermont-Tonnerre. La jeune réalisatrice française a choisi le Nevada pour y raconter comment Roman, un détenu violent et un cheval sauvage vont s’apprivoiser via un programme de dressage destiné à approvisionner l’état de chevaux pour plusieurs secteurs (militaire, police ou particuliers). Nevada (ou The Mustang en VO, sans doute retraduit en France pour éviter toute confusion avec le film turc du même nom), sort donc chez nous après un passage à Sundance, notamment. Ayant bénéficié de l’aide de Robert Redford, lui-même murmurant à l’oreille des chevaux à ses heures perdues, le film s’est offert un joli bouche-à-oreille, louant notamment la prestation d’un Matthias Schoenaerts très impliqué dans son rôle.

Nevada commence effectivement très bien, mettant en place ses différents protagonistes et les conflits intérieurs de Roman. Il est en effet en prison pour avoir commis des violences conjugales sur sa compagne, la laissant handicapée à vie et seulement traitée par leur fille. Roman contient en lui une immense violence qu’il se refuse à sortir, ce pourquoi on lui propose d’intégrer un programme de dressage des mustangs capturés par l’état du Nevada. S’ensuit alors une histoire d’apprivoisement classique entre l’homme et la bête. Si l’on peut louer l’authenticité apportée au film (d’anciens détenus passés par ce programme jouent dans le film, et Redford a insisté pour que Clermont-Tonnerre puisse tourner dans la prison où se déroule l’un de ces programmes), il est dommage que Nevada ne cherche jamais à s’extirper des clichés propres à ce type de films.

Il y avait pourtant de quoi faire avec un acteur comme Schoenaerts. Sa performance est bien entendu aussi excellente, mais il y a comme un air de déjà-vu à exploiter sa sensibilité cachée derrière sa violence. Bruce Dern fait très bien le job en figure d’autorité qui a passé sa vie à se consacrer à ses chevaux. Et même les anciens détenus castés dans le film offrent des performances sympathiques. On notera également l’apparition de Connie Britton en psychologue le temps de deux scènes. Son personnage est à l’image des idées esquissées par le scénario : la colère et la violence des prisonniers proviennent d’une masculinité toxique et dangereuse, mais qu’elle peut être déconstruite via des thérapies. Dommage que son rôle ne soit pas plus exploité pour montrer comment Roman et les prisonniers changent au contact des chevaux.

Même le parallèle pourtant évident de la captivité des prisonniers et des chevaux, tous sauvages et en attente d’être apprivoisés, n’est que partiellement effleuré. Le scénario y préfère des péripéties classiques (si vous aimez les trafics de kétamine en prison, vous serez servis) qui alourdissent un récit déjà avare en scènes de dressage. On peut toujours se consoler du scénario parfois faible avec la mise en scène de Laure de Clermont-Tonnerre qui profite des paysages désertiques du Nevada pour composer des plans superbes. Elle s’est également adjugée les talents de Jed Kurzel (Macbeth, Jupiter’s Moon, Assassin’s Creed), pour composer une bande-originale mélancolique et minimaliste très efficace. Il aurait fallu peut-être un quart d’heure supplémentaire à Nevada pour appuyer les thématiques de son récit, car si le film ne manque pas de qualités et d’intérêt, sa prévisibilité dans ses rebondissements et son écriture parfois faible pour ses personnages nuit à la proposition pourtant pas déshonorante de Laure de Clermont-Tonnerre. Tout juste sauvé par ses acteurs et sa mise en scène, le film ne va malheureusement pas jusqu’au bout de ses idées.

Titre Original: THE MUSTANG

Réalisé par: Laure De Clermont-Tonnerre

Casting : Matthias Schoenaerts, Jason Mitchell, Bruce Dern…

Genre: Drame

Date de sortie: 19 juin 2019

Distribué par: Ad Vitam

3 STARS BIENBIEN

 

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