Critiques Cinéma

YENTL (Critique)

yentl affiche cliff and co

SYNOPSIS: Au début du 20e siècle, une Polonaise répondant au nom de Yentl enfreint la Torah en se déguisant en homme pour étudier les textes sacrés. 

Une comédie musicale sur une jeune femme juive au début du vingtième siècle en Pologne qui se travestit pour pouvoir étudier le Talmud dans une université (Yeshiva) produit, écrit, réalisé et joué par Barbra Streisand ? Ce projet paraît complètement fou, et pourtant tout fonctionne à merveille à commencer par la mise en scène de la chanteuse-actrice : contre toute attente (après tout, il s’agit de sa première incursion derrière la caméra !) on assiste à du vrai cinéma ! En effet, ses longs plans en mouvement, ses plans d’ensemble impressionnants (on pense à une séquence sur un pont bondé) ou ses gros plans avec des zooms lents, son montage subtil (notamment la séquence de « Tomorrow Night » qui mélange plans présents et flashforwards) offrent une variété jamais gratuite et par conséquent produisent un grand dynamisme. On reconnaît l’influence de la mise en scène de films que Streisand a tournés en tant qu’actrice (notamment de Funny Girl réalisé par William Wyler, dont elle reprend un plan important et marquant). La mise en scène, à l’aide de la musique, crée des moments épiques et magiques, tout en faisant preuve d’une grande délicatesse dans son traitement, avec quelques touches d’humour bienvenues. La photographie du Britannique David Watkin (immense artiste qui a signé la photo de Help!, Les Chariots de feu, Out of Africa…) est une splendeur, jouant d’une lumière parfois cotonneuse dans la nature et d’un très grand travail en intérieurs (notamment les scènes dans la maison très décorée des parents de Amy Irving (Hadass)) mais également avec la lumière de chandelles.

Les acteurs sont fabuleux : on retiendra surtout le triangle amoureux Yentl/Anshel (Streisand)-Avigdor (Mandy Patinkin)-Hadass (Amy Irving). En effet, même si Streisand se taille la part du lion avec son rôle incroyable (tout en restant crédible alors qu’elle a 40 ans au moment du tournage) et ses performances vocales magnifiques, Mandy Patinkin est fabuleux en brillant et fougueux Avigdor (impossible de lui résister, comme l’on comprend Yentl !), de la même façon qu’Amy Irving est parfaite en sage et tendre Hadass. Le seul vrai regret et bémol qu’on peut attribuer au film est le fait que Streisand soit la seule qu’on entende chanter car on aurait aimé pouvoir écouter les deux autres acteurs… Cependant, on peut comprendre que la dimension de comédie musicale soit uniquement liée aux pensées et sentiments de Yentl qui les exprime par le biais du chant, car il s’agit d’un destin individuel épique. La musique est de Michel Legrand et il signe là l’une de ses meilleures partitions, lyrique et romantique avec beaucoup de chansons inoubliables, dont le célèbre « Papa, can you hear me? ». On retiendra également « No wonder, No matter what happens », « The way he makes me feel », « Piece of sky », « Where is it written », « This is one of those moments » … En réalité, il serait malaisé de mettre en avant seulement quelques chansons tant la bande-originale est grandiose. Le compositeur, décédé en février 2019, avait d’ailleurs remporté son troisième Oscar pour sa flamboyante partition avec les paroliers Alan et Marilyn Bergman.

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Justement, le film gagne le prix du Meilleur Film (en catégorie comédie-comédie musicale) aux Golden Globes et Streisand est la première femme à recevoir le Golden Globe de la meilleure réalisation (au nez et à la barbe de pontes comme Ingmar Bergman, Mike Nichols et James L. Brooks notamment !), mais elle est snobée aux Oscars (aucune citation en son nom). Cependant elle le remettra à Kathryn Bigelow en 2010 (pour son film Démineurs), première femme à obtenir la prestigieuse récompense. Le film fut un succès lors de sa sortie, malgré le mauvais accueil de Isaac Bashevis Singer, l’auteur de la nouvelle (Yentl the Yeshiva Boy, qu’il avait lui-même co-adapté avec Leah Napolin au théâtre en 1975 à Broadway) : il avait pointé le monopole de son actrice-réalisatrice-scénariste-productrice. Streisand avait en plus changé la fin de sa nouvelle.

C’est en effet un film sur l’émancipation et la liberté, sur l’apprentissage, sur le désir, sur la confusion des genres et des sentiments : un immense film sur une femme qui choisit de prendre son destin en main dans une société très traditionnelle et patriarcale. Si l’on pense parfois à Mulan (le film d’animation réalisé en 1998 par les studios Disney) avec le travestissement d’un personnage féminin pour pouvoir s’affranchir des codes et des traditions (qui reprend la scène de coupe de cheveux face au miroir), on songe aussi à la pièce La Nuit des Rois de Shakespeare qui explore le travestissement de la femme comme moyen de survie ainsi que la confusion des genres (après tout, Viola/Cesario n’est pas insensible aux charmes d’Olivia). Cependant Yentl reste très clair sur l’identité de genre et l’orientation sexuelle de son héroïne de façon à en faire un film purement féministe. SPOILER : En effet, Yentl se compromet en se déguisant en garçon pour pouvoir accéder aux études puis finalement refuse de se compromettre (en s’assumant en tant que femme qui veut avoir accès au savoir), donc de suivre les traditions. FIN DU SPOILER Cette histoire est donc toujours moderne, notamment par le biais de ce mantra : « nothing is impossible ! », entendez : rien n’est impossible pour peu qu’on s’autorise à rêver. Ce chef-d’œuvre (oui, oui, osons le terme !), ressorti en salles (par Lost Films) en décembre 2018 dans une magnifique copie restaurée, vous inspirera et vous donnera la force de gravir des montagnes une fois que vous l’aurez vu, et ce même après plusieurs visionnages. La recommandation est donc un euphémisme ! Au passage, on vous conseille un autre très beau film de et avec Barbra Streisand : Leçons de séduction (1996) avec Jeff Bridges, autre exploration féminine et amoureuse réussie !

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Titre Original: YENTL

Réalisé par: Barbra Streisand

Casting : Barbra Streisand, Mandy Patinkin, Amy Irving…

Genre: Drame, Comédie Musicale, Romance

Sortie le: 11 avril 1984

Ressortie le : 12 décembre 2018 en version restaurée

Distribué par: Lost Films

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