Critiques Cinéma

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU (Critique)

portrait de la jeune fille en feu affiche cliff and co

SYNOPSIS: 1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde. 

Après Le lac aux oies sauvages de Diao Yi’nan, une autre splendeur visuelle vient d’être apportée au spectateurs cannois : elle se nomme Portrait de la jeune fille en feu. Cinq ans après Bande de filles, Céline Sciamma prend une nouvelle tournure dans son cinéma et quitte le contemporain pour faire un film d’amour en costumes. Telle Sofia Coppola qui avec Les proies resserrait son casting à six acteurs en huis-clos pour soigner jusqu’au plus petit détail sa direction artistique, la réalisatrice française se limite à quatre actrices évoluant au sein d’une grande maison et du paysage de bord de mer alentour. Porté par les parfaites Adèle Haenel (qui est l’ancienne compagne de la réalisatrice, un détail tout sauf insignifiant par rapport au sujet du film) et Noémie Merlant, Portrait de la jeune fille en feu raconte une histoire d’amour naissante de manière progressive sur un rythme très lent, quasiment sans musiques, et très statique dans sa mise en scène. Pour autant, le film n’en est pas moins complètement fascinant tant le soin apporté aux décors, costumes et photographie est incroyable. D’ailleurs, le style photographique (rappelant notamment le tableau Rivage de Boème de Caspar David Friedrich) proche de la peinture est loin de reprendre paresseusement l’esthétique à la Barry Lyndon en vogue dans les films en costumes depuis des décennies, puisque la peinture est ici le sujet même du film. Elle peut même être métaphoriquement étendue à l’art cinématographique, le film évoquant avant tout le fait de savoir capter l’authenticité d’une personne devenant un être aimé.

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU 1 CLIFF AND CO

C’est ainsi que dans une ambiance feutrée très colorée, les deux femmes apprennent à se connaître, s’apprivoisent, se confrontent un peu, s’aiment et puis se quittent. Par ses dialogues ciselés (les mieux écrits du festival cette année, et d’assez loin), la pudeur et la sensualité poétique de ses corps (on sent clairement que les corps féminins sont filmés par une femme, entre naturel et sexe hors-champ) ainsi qu’une justesse intime, Portrait de la jeune fille en feu est un peu un anti La vie d’Adèle de Kechiche. Constamment sensible et élégant, le film comporte malgré tout un des baisers les plus sensuels du cinéma : deux bouches qui s’embrassent profondément et lentement, jusqu’à rendre la salive amoureuse visible à l’écran. C’est que Sciamma filme l’amour pur, preuve qu’on peut filmer avec désir mais sans voyeurisme.

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU 2 CLIFF AND CO

Étonnamment, le film ajoute par moments à cette atmosphère figée un peu d’onirisme, telles les apparitions d’Héloïse vêtue d’une robe blanche à Marianne, ou cette étrange (mais superbe) scène de chant polyphonique autour du feu. Portrait de la jeune fille en feu ne franchit jamais la ligne du film de genre, mais en reprend ainsi parfois une certaine esthétique. Plus tard, le film de Sciamma citera même le mythe d’Orphée (visiblement assez tendance cette année après La Gomera de Corneliu Porumboiu qui faisait de même), mêlant poétiquement Eros et Thanatos en posant la question de l’amour et du souvenir de l’être aimé. Le point culminant de cette emphase, nécessaire au film amoureux, est bien sûr la dernière scène du film qui convoque la puissance de l’opéra comme un symbole de la force des sentiments en jeu.

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Portrait de la jeune fille en feu, par sa maîtrise totale autant artistique qu’émotionnelle, pourrait bien être le meilleur film de Céline Sciamma. Retrouvant pour cela son actrice de Naissance des pieuvres, la réalisatrice livre un portrait à la fois intime, universel et bouleversant. Une grande réussite, certes un peu exigeante mais jamais austère, qui ne démériterait clairement pas une place au palmarès, peut-être même la plus grande.

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU AFFICHE CLIFF AND CO

Titre Original: PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU

Réalisé par: Céline Sciamma

Casting : Adèle Haenel, Noémie Merlant, Valeria Golino …

Genre: Drame, Historique

Sortie le: 18 septembre 2019

Distribué par: Pyramide Distribution

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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