Critiques Cinéma

LES PLUS BELLES ANNÉES D’UNE VIE (Critique)

les plus belles années d'une vie affiche cliff and co

SYNOPSIS: Ils se sont connus voilà bien longtemps. Un homme et une femme, dont l’histoire d’amour fulgurante, inattendue, saisie dans une parenthèse devenue mythique, aura révolutionné notre façon de voir l’amour. Aujourd’hui, l’ancien pilote de course se perd un peu sur les chemins de sa mémoire. Pour l’aider, son fils va retrouver celle que son père n’a pas su garder mais qu’il évoque sans cesse. Anne va revoir Jean-Louis et reprendre leur histoire là où ils l’avaient laissée..

1966: Claude Lelouch, après quelques échecs cinglants, explose à la face du monde avec Un Homme et une Femme qui, instantanément devient un classique de l’Histoire du cinéma, impose son réalisateur comme un brillant formaliste et un auteur qui vit pour et par l’image, en opposition complète avec ses confrères issus de la Nouvelle Vague. Une Palme d’Or, deux Oscars et 39 récompenses internationales plus tard, Claude Lelouch a le monde à ses pieds et une carrière majuscule qui l’attend. En parvenant à une telle réussite, le jeune réalisateur s’est forcément fait des inimitiés qui perdureront des années durant, chaque sortie le contraignant à rejouer à quitte ou double à la fois sa réputation et son empire financier créé au fil de ses films. Après Un homme et une femme, de triomphes (La bonne année, L’aventure c’est l’aventure, Les Uns et les autres…) en échecs publics retentissants (Un autre homme une autre chance, Smic Smac Smoc, Mariage…) Claude Lelouch a construit une œuvre sans égale dans le cinéma français, osant même en 1986 un improbable Un Homme et une Femme Vingt ans déjà, qui malgré son caractère évènementiel fut un naufrage artistique et commercial (bien que l’auteur de ces lignes l’apprécie). Tant et si bien que lorsqu’on apprit que Lelouch souhaitait repartir dans un nouveau prolongement de son film phare, ils s’en trouvèrent un bon nombre pour hausser les épaules de dépit.

LES PLUS BELLES ANNEES D'UNE VIE 1 cliff and co

A l’heure de découvrir Les Plus Belles Années d’une vie, on était donc forcément partagé entre l’excitation et la peur que le réalisateur se soit fourvoyé dans une aventure qu’il n’aurait pas su maitriser comme cela lui arrive parfois, partant d’une idée séduisante sur le papier, qu’il ne parviendrait pas à transcender. Déjà l’exploit de Claude Lelouch était d’avoir convaincu Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant de revenir à nouveau devant sa caméra (d’autant que l’acteur semblait avoir fait ses adieux au cinéma), de leur avoir adjoint ceux qui jouaient déjà leurs enfants en 1966 (Souad Amidou et Antoine Sire tous deux excellents et authentiques) et de faire table rase de Un Homme et une Femme Vingt ans déjà dont le rejet par le public et par la presse avait été si véhément qu’il aurait été handicapant d’y faire référence. Ce film n’existe donc pas dans la timeline d’Un Homme et Une Femme et Lelouch peut démarrer son histoire comme si entre 1966 et 2019 les deux personnages principaux s’étaient perdus de vue pour ne se retrouver que 53 ans plus tard dans les méandres d’un troisième âge où l’on rassemble ses souvenirs pour ne garder que les meilleurs et dresser le bilan. La grande force du film réside dans sa simplicité, dans son épure, Lelouch n’ayant pas tenté d’esbroufe, d’intrigues croisées en flashbacks dont il parsème très (trop?) souvent ses films et qui parfois égarent jusqu’à ses plus fervents admirateurs. Ici, hormis quelques petites digressions qui trouvent leurs justifications dans le cadre du récit, il reste focus sur ses personnages, sur leurs sentiments, sur leurs échanges, sur leurs mémoires qui se délitent ou dans les feux qui brillent encore dans leurs yeux. Il filme les visages, traque les sourires, vole une espièglerie dans l’œil, s’arrête sur un geste pour remettre une mèche de cheveux en place… Il regarde amoureusement Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant, les caresse avec sa caméra, montrant les sillons creusés sur leurs visages qui racontent la vie comme des parchemins. L’extrême simplicité des échanges n’en rend pas moins l’ensemble bouleversant sans jamais sombrer ni dans le pathos ni dans le ridicule. On est ému par les souvenirs qu’ils provoquent entre eux mais également par ceux qu’ils provoquent en nous, les images d’Un Homme et Une Femme, s’intercalant avec grâce dans un montage parfaitement fluide qui confère toute sa magie au film. Avec coeur et une évidente tendresse pour ses personnages et ses comédiens, Claude Lelouch (et ses coscénaristes Valérie Perrin et Pierre Uytterhoeven) revient à l’essence même de l’histoire qui lui a valu la reconnaissance mondiale il y a 53 ans et démontre qu’il en a encore largement sous le pied. Mêlant comme à son habitude la musique (Francis Lai dont c’est le dernier travail, Calogero, Nicole Croisille et Didier Barbelivien signent des musiques et des chansons qui magnifient certaines séquences et en décuplent l’émotion) et les images avec maestria il nous touche avec une simplicité et une sincérité désarmantes et réalise un film sur le souvenir et la mémoire d’une cohérence implacable.

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Tourné en seulement 13 jours, on retrouve également aux côtés d’Anouk Aimée et de Jean-Louis Trintignant, Mariane Denicourt, très juste et pétillante ou Monica Belucci pour une participation extrêmement émouvante, mais ce sont les deux stars qui nous renversent littéralement par l’émotion qu’ils véhiculent et leur spontanéité (notamment leur scène de retrouvailles qui dure 19 minutes et qui est un morceau d’anthologie). Leur complicité, l’imaginaire qu’ils convoquent par leur simple apparition conjointe à l’écran, l’étincelle qui s’allume dans leur regard, ils sont l’un comme l’autre magnifiques et d’une stupéfiante humanité. Le regard que porte Lelouch sur son duo, les mots d’humour, de poésie et d’amour qu’il met dans leurs bouches sont sans fausse note (rien que la scène où Trintignant récite Je veux pas crever de Boris Vian mérite amplement le déplacement en salles). Lelouch se paye même le luxe de faire appel à sa filmographie en dehors d’Un Homme et une Femme en intégrant à son récit et sans que cela soit gratuit, quelques instants de son célèbre court-métrage C’était un rendez-vous où il réalisait une traversée de Paris à grande vitesse. En définitive Les plus belles années d’une vie est un film résolument optimiste où « la mort est mise hors-jeu » comme le dit le réalisateur. Et aussi un beau film d’amour(s) : ceux qu’on a vécus, ceux qui se sont consumés, ceux qui se sont poursuivis suspendus dans le temps entre deux êtres personnifiés ici par deux icônes du cinéma : Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant dont Lelouch, en magicien, saisit les sourires, les visages et les expressions et les impriment pour toujours dans notre imaginaire.

NDLR: Restez bien jusqu’à l’ultime seconde du générique de fin, une jolie surprise y figure

les plus belles années d'une vie affiche cliff and co

Titre Original: LES PLUS BELLES ANNÉES D’UNE VIE

Réalisé par: Claude Lelouch

Casting : Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée, Antoine Sire …

Genre: Comédie dramatique, Romance

Sortie le: 22 mai 2019

Distribué par: Metropolitan FilmExport

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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2 réponses »

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