Critiques Cinéma

EXTREMLY WICKED, SHOCKINGLY EVIL AND VILE (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: Liz, une mère célibataire tombée amoureuse de Ted Bundy, refuse de croire à ses crimes pendant des années. Un drame inspiré de faits réels.

La question de la représentation au cinéma du mal absolu incarné par les tueurs en série, de la bonne distance à trouver pour rendre compte de l’horreur de leurs actes et des mécanismes psychologiques qui les y poussent est éminemment complexe et la plupart des films qui s’y sont essayés peuvent être classés en deux catégories. Dans la première, on peut classer ceux qui prennent le parti d’adopter le point de vue du tueur, de nous dépeindre son quotidien et de tenter de comprendre ses motivations. Dans la seconde, se trouvent les films qui cantonnent le tueur en série au rôle d’antagoniste du récit, de bogeyman dont les motivations profondes restent au second plan, le point de vue adopté étant celui des victimes et enquêteurs. La première catégorie est par essence la plus dérangeante, la plus intéressante mais aussi la plus risquée pour un cinéaste qui doit trouver le point d’équilibre pour que la plongée au coeur du mal, au coeur du quotidien et de la psyché du tueur en série ne vire pas en exercice complaisant vidé de tout sens par la fascination malsaine que peuvent susciter ce type de personnalités, par nature complexes.

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Le premier film du genre qui fait encore, à nos yeux, office de référence, est The Sniper d’Edward Dmytryk (retrouvez notre critique ICI), plongée oppressante dans l’esprit d’Eddie, un homme malade, conscient de son état, victime de lui-même et des démons qui le rongent. Parmi les plus grandes réussites qui ont suivi, on citera évidemment les deux films de Richard Fleischer, inspirés par deux tueurs en série qui traumatisèrent l’opinion (John Christie dans L’étrangleur de Rillington Place et Albert de Salvo dans L’étrangleur de Boston) et avaient en commun, contrairement à Eddie, de s’approcher et se jouer de leur victimes en gagnant leur confiance. De ce point de vue, Ted Bundy est une incarnation encore plus terrifiante du mal, tant il a usé de son pouvoir de séduction et de sa capacité à manipuler ses victimes, mais aussi les femmes de sa vie et même une partie de l’opinion publique fascinée par celui dont le procès fut le premier à être ainsi retransmis à la télévision américaine. Le titre du film de Joe Berlinger reprend les mots du juge Edward Cowart (John Malkovich) prononcés après avoir condamné Bundy à la peine de mort, dans une allocution résumant tous les sentiments mêlés suscités par les actes du monstre habitant le corps de l’homme brillant et affable auquel on aurait pu prédire une carrière d’avocat.

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Le choix de Zac Efron pour incarner Bundy nous paraît pertinent et légitime, tant pour son talent, que pour son parcours débuté comme gendre idéal labellisé Disney et démontre tout le chemin parcouru depuis High School Musical. Il y a 10 ans, il aurait été impossible d’associer Zac « Troy Bolton » Efron à un personnage de serial killer sans déclencher les rires de n’importe quel cinéphile et des pétitions de fans désespérés de le voir casser ainsi son image. Avec ce rôle, Efron a trouvé la partition idéale pour jouer sur toute la gamme de sa personnalité, qui lui permet d’être aussi crédible pour incarner l’image publique de Bundy (jeune homme séduisant au dessus de tout soupçon) et rendre compte aussi du démon intérieur qui le rongeait bien que le film, clairement ne se place pas uniquement dans ce seul registre. Joe Berlinger avait déjà mis à nu et décortiqué sa personnalité dans le passionnant documentaire sorti en début d’année sur Netflix (Conversations With a Killer: The Ted Bundy Tapes) et son ambition est avant tout de nous faire comprendre son pouvoir de séduction, ce qui lui a permis d’échapper si longtemps aux soupçons, y compris de sa compagne Liz (Lily Collins).

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Les amateurs d’images chocs en seront pour leurs frais et se lamenteront de ne pas voir les crimes de Bundy à l’écran, de ne pas voir le monstre à l’œuvre. Ce choix nous paraît d’abord éthiquement le meilleur et le seul possible, s’agissant tout de même de victimes dont les familles n’ont certainement aucune envie de voir les meurtres à l’écran. Il est par ailleurs pertinent et cohérent au regard du propos et de l’ambition du film. L’horreur reste hors champ, décrite par les policiers, le procureur ou les médias, plutôt que montrée frontalement dans des scènes rejouant les meurtres. Joe Berlinger reprend le procédé narratif de son documentaire qui consistait à faire s’entrechoquer les deux facettes de Bundy et opérer des allers retours temporels entre la prison et l’époque où il n’était encore que ce jeune homme au dessus de tout soupçon. Les images de son bonheur avec Liz sont ainsi dès le début du film mises en parallèle avec les premiers reportages sur l’enquête en cours suite à ses premiers meurtres dans l’Utah. S’agissant du récit d’une histoire vraie dont l’épilogue est connue de tous, Joe Berlinger ne ménage pas de faux suspense et fait le choix d’une structure narrative éclatée, multipliant les ellipses, jusqu’au procès final, occupant le dernier tiers du récit.

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La première partie du film multiplie sans doute un peu trop les ellipses pour ne pas perdre en route quelques clés de compréhension des événements et de la psychologie de Bundy mais le rythme, l’énergie que cela donne au film, tout comme l’interprétation de Zac Efron maintiennent largement l’intérêt pour un thriller qui ne craint pas d’être plus léger, d’humaniser son bad guy, d’abord présenté à travers le regard amoureux de Liz, pour mieux nous faire réaliser l’extrême perversité de sa personnalité. La première de ses victimes est sa compagne Liz prise dans une tenaille psychologique intenable, entre la culpabilité de douter de celui avec lequel elle a vécu un bonheur immaculé pendant 5 ans et la culpabilité vis à vis de ses victimes. Sur ce dernier point, on regrette que le scénario passe un peu trop rapidement sur un épisode clé, choisissant de l’utiliser comme un twist dans l’acte final. Liz, interprétée toute en subtilité par Lily Collins, est le point d’ancrage émotionnel du film de Berlinger, lequel semble presque vouloir se racheter de l’avoir un peu trop mise à l’écart dans son documentaire. Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile doit tout de même une grande partie de sa réussite à l’interprétation de Zac Efron que l’on sent particulièrement à l’aise, alors que l’on aurait pu craindre qu’il cherche absolument à coller au plus près à son personnage, à se raccrocher à un acting « actor’s studio » qui ne lui aurait pas convenu. Sa liberté de jeu fait écho à la liberté de ton d’un film qui transcende son matériau de base et les quelques faiblesses de son scénario, pour donner à réfléchir sur la complexité de la nature humaine, quand il est tellement plus rassurant de se dire que le mal est identifiable et se nourrit de causes qu’il serait possible d’éradiquer.

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Titre Original: EXTREMELY WICKED, SHOCKINGLY EVIL AND VILE

Réalisé par: Joe Berlanger

Casting :  Zac Efron, Lily Collins, Kaya Scodelario

Genre: Thriller, Drame

Sortie le: 03 mai 2019

Distribué par: NETFLIX

3 STARS BIEN

BIEN

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