Critiques

CHAMBERS (Critique Saison 1 Épisodes 1×01- 1×04) Un drame horrifique réussi qui demande de la patience…

3,5 STARS TRES BIEN

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SYNOPSIS: Après avoir survécu à une crise cardiaque, une jeune femme devient obsédée par le mystère entourant la greffe de cœur qui lui a sauvé la vie. Plus elle se rapproche de la vérité sur la mort soudaine de son donneur, plus elle développe les traits de caractère du défunt dont certains se révèlent terriblement sinistres. 

Dans le catalogue de plus en plus riche de Netflix, les nouveautés se succèdent à un rythme qu’il devient difficile à suivre pour un résultat inégal, la loi du nombre semblant l’emporter sur la qualité dans la course effrénée de la plateforme pour retenir les « binge watchers » de tous âges et les dissuader de passer à la concurrence. L’attente que faisait naître chaque sortie il y a encore quelques mois est de fait nettement retombée, sauf peut-être s’agissant des séries horrifiques avec lesquelles Netflix a plutôt tapé dans le mille ces derniers mois avec les excellentes Kingdom et The House of Haunting Hill. En plus de bénéficier de l’à priori favorable créé par ces séries, Chambers a pour elle d’aborder le genre horrifique par un sujet qui aurait pu servir de base à une série purement dramatique, se plaçant de fait plutôt dans la catégorie de l’horreur comme métaphore de nos peurs et traumatismes que de l’horreur fonctionnant sur des jump scares incessants. Il est en effet ici notamment question de traumatismes et de culpabilité. Le traumatisme de parents dont la fille est décédée dans des conditions sur lesquelles la série laisse un voile. La culpabilité de celle qui a eu la vie sauve grâce à ce tragique événement qui lui a permis de bénéficier d’une greffe cardiaque et le lien qui va se créer avec la famille de la défunte mais aussi…avec cette dernière.

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Ce type de sujets a déjà été traité au cinéma, y compris dans des comédies romantiques que l’on préférera oublier sauf si l’on tombe dessus un dimanche pluvieux (Return to Me, Bonnie Hunt), mais aussi donc dans le cinéma d’horreur (The Eye, David Moreau et Xavier Palud). L’idée de développer de telles thématiques sur le temps long d’une série télé est plutôt pertinente, d’autant plus quand le choix est de faire reposer ce récit sur Sasha (Sivan Alyra Rose) une jeune femme à peine sortie de l’adolescente. A un âge où l’on cherche sa place dans la société, où l’on commence à essayer de s’affirmer et de ne plus être que la projection des désirs et espoirs de sa famille, on peut parfaitement mesurer ce que cela représente d’échapper à la mort et de vivre avec le cœur d’une autre sous le regard et le jugement de sa famille. L’ambition de la créatrice de la série, la quasi novice Leah Rachel est à saluer quant il lui faut arriver, avec un tel scénario, à trouver la juste balance entre le drame et l’horreur qui constitue, quand même, l’ADN de Chambers qui doit contenter les fans du genre, quitte à un peu sacrifier en chemin la psychologie de ses personnages. Empruntant à la fois aux codes du « coming of age « , du drame et de l’horreur, Chambers aurait pu s’effondrer sur elle-même, incapable de trouver le ton juste mais ses quatre premiers épisodes ont balayé ces craintes.

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Dès son premier épisode réalisé par Alfonso Gomez Rejon, qui s’y connait en série horrifique pour avoir réalisé plusieurs épisodes d’American Horror Story, la série réussit à installer son univers de façon plutôt convaincante, bien aidée il est vrai par le choix de situer le récit dans les magnifiques paysages arides de l’Arizona, chargés de mysticisme, dans lesquels cohabitent une population modeste d’origine amérindienne à laquelle appartient Sasha et la très aisée population de Crystal Valley dont les adolescents fréquentent la prestigieuse et très chère université dans laquelle était inscrite Becky. Ce premier épisode ne ment pas sur la nature d’une série à combustion lente qui prend le temps d’installer son univers et ne livre que très peu de clés sur son intrigue. Ce type de construction a aussi ses défauts en ce qu’il aboutit souvent à concentrer beaucoup d’enjeux dans les dernières minutes d’un épisode pour ne pas perdre des spectateurs en route. Chambers n’évite pas totalement cet écueil mais sans pour autant donner l’impression de le faire de manière artificielle parce qu’elle n’aurait rien à raconter ou proposer dans les 40 minutes qui ont précédé. Lorsqu’elle fut annoncée, beaucoup de sites ont annoncé Chambers comme une série Young Adult et s’il est vrai que le récit repose sur les épaules d’une jeune fille de 17 ans, qu’il emporte les problématiques liées à cet âge, on est heureusement dans un univers autrement plus sombre, grâce notamment à l’interprétation de la débutante Sivan Alyra Rose.

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Elle porte la série sur ses épaules et apporte ce qu’il faut d’ambiguïté et de noirceur pour que son évolution au fil des épisodes soit crédible alors qu’elle commence à être assaillie de visions, à montrer de sérieux signes de troubles de la personnalité. Le résultat aurait été beaucoup moins convaincant avec une actrice plus lisse qui aurait surjoué la « folie » quand Sivan Alyra Rose a une maturité et un charisme incontestables. Alors que son personnage commence à ressembler de plus en plus à celle dont elle porte le cœur, la ressemblance de Sivan Alyra Rose avec Erica Gimpel s’affirme également d’épisode en épisode (tant physiquement que dans son jeu) et s’avère troublante pour ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, étaient des spectateurs assidus de la série Fame qui inspira le film d’Alan Parker (dans lequel Irene Cara reprend le rôle d’Erica Gimpel). Une bonne partie de la réussite de Chambers tient ainsi du casting de son héroïne et, au delà, de ce qui se devait d’être la clé de voûte de la série: le casting du trio autour duquel se noue toute l’intrigue. « Produit d’appel » d’une série qui n’a pas beaucoup de noms célèbres pour attirer les spectateurs, si l’on excepte son producteur Alfonso Gomez Rejon (American Horror Story), Uma Thurman, dont la carrière ciné est à quasiment à l’arrêt depuis Kill Bill 2, se contentant au mieux de petits rôles dans les trois derniers films de Lars Von Trier (on pourrait en profiter pour disserter sur la place que réserve le cinéma américain aux actrice de plus de 40 ans), retrouve enfin un rôle complexe et intéressant. La série procède beaucoup par ellipses pour entretenir le mystère sur la relation qu’avait Becky avec ses parents et sur les circonstances de sa disparition, aussi le personnage de Nancy est assez mystérieux et se révèle par petites touches, à travers ses échanges avec Sasha. Il faudra attendre l’excellent 4ème épisode, réalisé par Francesca Gregorini (Humans, Electric Dreams) pour que Nancy existe en dehors de sa relation avec Sasha. L’interprétation d’Uma Thurman est ainsi essentielle pour donner vie à ce personnage et créer de l’empathie pour cette mère endeuillée, bien que le couple qu’elle forme avec Ben (le très bon Tony Goldwin) soit, de prime abord, aussi faussement accueillant, donc angoissant, que l’étaient les potentiels beaux-parents de Chris dans Get Out. Il est clair que derrière la philosophie New Age de Ben, sa générosité et sa bienveillance avec Sasha se cache un dessein plus sombre.

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La mise en scène est connectée à son sujet et le parti pris adopté est de nous faire vivre ce récit de façon sensorielle, fut-ce par la multiplication d’effets qui ne sont pas tous très subtils mais qui ont le mérite de créer une atmosphère intrigante dès le premier épisode. Ce parti pris est conservé par chacun des trois réalisateurs qui se succèdent pour les quatre premiers épisodes (Alfonso Gomez Rejon, Ti West et Francesca Gregorini). Le point de vue adopté est celui de Sasha dont la mise en scène s’attache à transmettre le trouble, les angoisses et la noirceur qui l’envahissent. En acceptant les cadeaux de la famille Lefevre, en se mettant dans les pas de leur fille dans la prestigieuse université dans laquelle elle étudiait, Sasha se confronte à une situation qui justifie à elle seule une partie de l’état d’extrême anxiété dans lequel elle se trouve. C’est là aussi l’une des réussites de la série de ne pas reposer que sur des éléments purement surnaturels, de ne pas faire entrer en force l’horreur dans le récit. Chambers n’est donc pas une petite série horrifique pour adolescents en mal de sensation forte, ni une série construite sur la seule notoriété d’Uma Thurman. La petite dernière de Netflix est un drame horrifique qui demande de la patience et frustrera peut être ceux qui se seront mépris sur ses intentions mais c’est, à nos yeux, l’une des belles réussites de la plateforme.

Crédits : Netflix

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