Critiques

BRAQUAGE A LA SUÉDOISE (Critique Mini-Série) Un résultat chaleureux au possible…

braquage à la suédoise cliff and co

SYNOPSIS: Jenny traverse un divorce qui la laisse sans logement ni économies. Cécilia a perdu beaucoup d’argent en bourse. Fatiguées des difficultés et sollicitations incessantes de leur entourage, les deux amies décident de braquer une banque. Rien de plus simple : un patient de Cécilia a un plan, et qui soupçonnerait ces deux respectables sexagénaires qui ont mis leur carrière au service du bien commun d’avoir dévalisé une banque ?

Kalmar, dans le sud de la Suède, à la veille des fêtes de Noël. Cecilia, gastroentérologue, n’ose pas avouer à son mari, qui rêve d’acquérir une villa en Provence, qu’elle a perdu toutes leurs économies en Bourse. Jenny, prof de maths et mère d’une adolescente, affronte un divorce chaotique : selon les termes du contrat de mariage, tous leurs biens reviennent à Gunnar, lequel se montre d’autant plus intransigeant que sa femme l’a trompé avec un jeune collègue. Alors qu’elles sont au pied du mur, un des patients de Cecilia, Stellan, à qui il ne reste que quelques jours à vivre, leur révèle les détails de son projet de braquage de banque… Oubliez Wallander, The Killing (Forbrydelsen), The Bridge (Broen) ou encore Millenium, tous ces polars aussi sombres que rugueux venus du froid : Enkelstöten va redonner des couleurs à votre petit écran. Cette comédie enlevée est réalisée par Felix Herngren, qui avait déjà adapté en 2013 Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, un autre récit basé sur un (anti)héros d’âge mûr… à ceci près que, cette fois, elles sont deux. L’une, médecin, a tout perdu en bourse et n’en n’a rien dit à son mari. Elle voit une chance de se refaire lorsque l’un de ses patients, en phase terminale, lui propose de faire à sa place le braquage d’une banque sur lequel il planche depuis des mois… L’autre, professeure, perd tout dans son divorce, et se retrouve à cours d’argent pour s’offrir un logement assez grand pour accueillir son ado de fille. A l’automne de leur vie, la retraite approchant et n’ayant plus grand-chose à perdre, ces deux fringantes sexagénaires qui – toutes proportions gardées – se retrouvent « dans le besoin », vont faire le pari le plus fou de leur existence… et lui redonner un sens.

D’emblée, on est séduit par les personnages de Cecilia (Sissela Kyle) et Jenny (Lotta Tejle), deux amies d’enfance qui ont certainement dû faire les 400 coups ensemble (avant celui-là) et dont la pétulance est communicative. Loin d’incarner le stéréotype de la femme forte, à poigne ou mère-courage, elles interprètent au contraire des femmes certes indépendantes (de leurs maris, professionnellement et financièrement), mais surtout terriblement réalistes : on a affaire à deux grandes ados qui ont affronté la vie, essuyé nombreux revers, encaissé divers coups du sort et qui, parvenues au seuil de la retraite, ne trouve plus leur place de mère, d’épouse… de femme. Ce virage tant redouté est explicitement décortiqué au fil des épisodes et de leur trame rocambolesque, mettant à nu des interrogations légitimes, parfois insoupçonnées, qui servent ici de déclencheur à cette folle entreprise de braquage. Entre autres questions très sérieuses abordées dans Enkelstöten : une lutte des sexes acharnée. Tout en soulignant les inégalités flagrantes entre hommes et femmes, d’un point de vue salarial notamment, Felix Herngren prend le sujet à bras le corps en faisant de ses protagonistes féminins des icônes d’âge mûr, volontaires et inventives, résolues à ne pas être des « victimes » « parce que nous, on agit. ». De la même façon, l’enquête est menée par une femme, tandis que les hommes, véritables antagonistes, sont extrêmement passifs, à l’image de leurs époux qui tiennent le salon pendant qu’elles écument les forums du dark web à la recherche de bons tuyaux pour percer les coffres… Le tout est traité avec beaucoup de finesse, sans jamais verser dans la caricature, et sur un ton invraisemblablement pétillant, décalé et très, très décomplexé (le doublage est hilarant). On passera sur la réalisation, somme toute assez conventionnelle et affublée de sporadiques fondus au noir un peu balourds, pour ne retenir que la photographie lumineuse, tour à tour cosy (in) ou glacée (out).

Enkelstöten se regarde avec amusement, et une certaine tendresse pour ces deux anti Miss Marple qui se dépatouillent avec brouilleurs de voix et azote liquide… en mode hygge. On rit de bon cœur au moment du braquage, prodigieusement insolite et absolument génial, puis l’on s’extasie devant tant d’ingéniosité, de persévérance et de naïveté mêlées (on n’aurait sans doute pas fait mieux à leur place) tandis que les situations saugrenues s’enchaînent, pour notre plus grand plaisir. Braquage à la suédoise donne un coup de frais au genre, dans tous les sens du terme, pour un résultat chaleureux au possible. Dans le même esprit, en France, on avait eu l’excellent Paulette en 2013 (Jérôme Enrico), avec la fantastique Bernadette Lafont en retraitée dealeuse de cannabis pour arrondir ses fins de mois. Bref, les retraités aux commandes : on en redemande !

Disponible sur arte.tv du 11/04/2019 au 17/05/2019

Crédits: Arte

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