Critiques Cinéma

NEW YORK 1997 (Critique)

SYNOPSIS : En 1997, Manhattan est devenu une immense prison ghetto où vivent, en micro-société, trois millions de prisonniers. Victime d’un attentat, l’avion du Président des États-Unis s’écrase en plein Manhattan avec des documents ultra-secrets. Snake, un dangereux criminel, est chargé, en échange de sa grâce, de partir à la recherche du Président. Parachuté dans Manhattan, il dispose de vingt-quatre heures pour mener à bien sa mission… 

New York 1997 (ou Escape From New York en version originale) est un tournant dans la carrière de John Carpenter. Cinquième film de sa filmographie (ou quatrième si l’on compte Dark Star, court métrage étudiant parodique rallongé au forceps pour une sortie en salle) prolifique, il est le premier à montrer le réalisateur d’Halloween comme un auteur éminemment politique en plus d’être son premier « gros » budget (quasiment 20 fois supérieur à celui d’Halloween). Après avoir joué de manière potache avec les codes de la SF (Dark Star), rendu un hommage à ses maîtres Hawks et Romero dans une transposition contemporaine de Rio Bravo (Assaut), bouleversé les codes de l’horreur en imposant le sous-genre du slasher à Hollywood (Halloween) et touché au fantastique (Fog), Carpenter se frotte enfin au cinéma d’action et à la science-fiction (cette fois-ci au premier degré). On note d’emblée que, malgré une production plus lourde et un propos plus prononcé que précédemment, le film s’intègre parfaitement dans ce début de filmographie : on retrouve la simplicité si chère à Carpenter (et héritée de Hawks) de l’unité de temps (24 heures) et de lieu (l’île prison de Manhattan), une caractérisation des personnages passant plus par l’action que les dialogues, une multiplication des genres et des ambiances au fur et à mesure de la quête du (anti)héros, l’histoire faisant même écho à Assaut en inversant le synopsis (ici ce ne sont pas les forces de l’ordre qui sont encerclées par des criminels mais un « criminel » propulsé dans une prison encerclée par les forces de l’ordre) et comme toujours une pointe d’horreur pour nous rappeler que son surnom de Master of Horror n’est pas usurpé. Sauf qu’ici, la machine se grippe et Carpenter qui jusqu’ici a démontré qu’il était un technicien hors pair pour distiller la peur auprès du grand public va faire basculer l’horreur sur le terrain politique.

Dans New York 1997, aucun personnage n’est bon, à commencer pas le protagoniste principal Snake Plissken. Campé à la perfection par un Kurt Russell badass à souhait, cet anti-héros charismatique n’ayant que son propre code de conduite comme boussole (a)morale, vétéran transformé en criminel n’hésitant pas à tuer de sang froid, figure modernisée de “l’homme sans nom” des westerns spaghetti de Leone (littéralement puisqu’en fonction de son interlocuteur, il demandera à être appelé “Snake” ou “Plissken”), dont les actions ne sont pas dictées par une quelconque éthique mais bien uniquement pour sauver sa peau. Il faut dire que le concept d’éthique n’est pas plus partagé par les criminels peuplant cette prison qu’est devenue Manhattan et encore moins l’apanage des forces de l’ordre. Pseudo-symbole d’autorité morale dans le cinéma classique hollywoodien, la force étatique est ici mise à mal, la frontière entre les matons et les prisonniers se limitant à l’Hudson River tant les concepts d’honneur, d’honnêteté ou de justice apparaissent abstrait d’un côté comme de l’autre de la barrière au profit de la loi de la jungle, de la violence et des coups de poignards dans le dos.

Écrit pendant le scandale du Watergate et la recrudescence de la violence dans certaines grandes villes américaines comme Detroit (qui inspirera directement Robocop, une autre dystopie borderline) à la fin des 60’s/début 70’s, New York 1997 est une illustration de la vision désabusée de Carpenter. Le cercle sans fin entre l’augmentation de la violence et les questions sécuritaire de son pays est ici abordé de manière cynique: le gouvernement se croyant blanc comme neige en faisant respecter la Loi sans se rendre compte qu’il a déjà basculé dans le totalitarisme le plus complet (on appréciera l’humour noir faisant de Liberty Island le poste de contrôle de la prison) est ici largement moqué, montrant une défiance peu commune à toute forme d’autorité à l’instar du héros du film goûtant peu aux ordres des uns et des autres. Le film déploie un nihilisme poisseux qui infuse tant l’histoire que la photographie sépulcrale de Dean Cundey jouant sur les ombres et une nuit éternelle, symbole du chaos et du mal dans lequel ce monde futuriste a définitivement sombré mais permettant aussi d’iconiser la silhouette de Snake Plissken, d’ores et déjà légende dans ce monde fictif et bientôt figure de la pop culture. Cette photographie couplée au cinémascope qu’affectionne particulièrement Carpenter dans un cadre urbain et nocturne permet aussi à Cundey d’exploiter les rares sources de lumière que sont le feu, les néons ou les lampadaires pour livrer une photo extrêmement contrastée quand elle ne joue pas avec l’obscurité. En donnant des images aussi hautes en couleurs que les différents protagonistes que Plissken va croiser, teintées de nuances de bleu ou de vert pétantes, un aspect irréel ressort des décors abandonnés offrant un cachet à la limite du fantastique ou du post-apocalyptique au film, renforçant l’angoisse que suscite cette jungle urbaine désolée où chaque coin de rue peut être synonyme de mort douloureuse. Et si le cinémascope offre une profondeur de champs aux rues de New York (en réalité un quartier incendié de St Louis parfaitement exploité par le légendaire chef décorateur Joe Alves qui contribua fortement aux premiers succès de Steven Spielberg et un usage considérable pour l’époque des effets spéciaux permettant à un jeune James Cameron de faire ses débuts) pouvant évoquer au spectateur l’ampleur des westerns, on peut regretter qu’il n’en soit pas forcément de même pour le script.

La simplicité de l’écriture de Carpenter, d’habitude une force de son cinéma, apparaît ici comme une faiblesse. Si le prologue est un modèle du genre en terme d’efficacité pour présenter l’univers, les personnages, l’enjeu de l’histoire et le discours du film (on commence tout de même par une scène violente de meurtre de fuyards imposant tout de suite les rapports de force démesurés entre prisonniers et armée), il n’en n’est pas de même par la suite ou cette efficacité se délite au fil des rencontres de Plissken, sans que celles-ci soient pour autant décisives à l’intrigue, marquant des ruptures de ton désarçonnantes. On sent le film tiraillé par sa facture de série B pulp avec son lot de scènes d’action, punchlines cool, personnages marquants, son ton extrêmement noir/premier degré et sa charge politique (le film aura mis plus de dix ans à se faire tellement il semblait “bizarre” et “violent” aux studios), donnant l’impression de s’éparpiller sans arriver à marier correctement toutes ses composantes. De ce fait, la multiplications des personnages secondaires sacrifie l’intérêt de leurs histoires, le personnage dAdrienne Barbeau faisant office de jolie potiche quand Isaac Hayes apparaît comme un méchant kitsch finalement peu menaçant. Même les prestations géniales d’Ernest Borgnine en conducteur de taxi cabossé par la vie, Lee Van Cleef en chef de la sécurité aussi charismatique que sadique (deux rescapés du western, l’un chez Hawks, l’autre chez Leone jouant sur leurs aura passée), Harry Dean Stanton ou Donald Pleasance, fabuleux en président américain aussi cynique que couard, peinent à donner corps à des personnages trop chichement écrit pour dépasser leurs statuts fonctionnels à l’intrigue.

Si Carpenter conclut son film parfaitement par un enchaînement de scènes mémorables achevant d’écrire la légende de son héros (accompagné par le thème au synthé ravageur du maitre himself), il rectifiera un peu mieux le tir dans l’écriture de la suite, Los Angeles 2013 (ou Escape From L.A.). En assumant pleinement l’aspect pulp et grandiloquent de son univers (évitant le kitsch d’une scène comme le combat sur le ring, jurant avec le reste du film) au détriment du sérieux et du “réalisme” ici présent, cette suite frôlera la parodie mais trouvera le dosage seyant mieux aux aventures de Snake Plissken, malheureusement gâché par des soucis de productions se voyant trop régulièrement à l’écran. Reste aujourd’hui de New York 1997 un OFNI toujours aussi intriguant (voire même culte pour certains), vieillissant remarquablement bien sur la forme pour un film de cette envergure mais dont le traitement de l’intrigue, se cherchant continuellement jusqu’au générique final, peut à l’inverse apparaître daté et impertinent, à l’image de Snake Plissken dont l’impertinence semble être la marque de fabrique.

Titre Original: ESCAPE FROM NEW YORK

Réalisé par: John Carpenter

Casting :  Kurt Russell, Lee Van Cleef, Ernest Borgnine…

Genre: Action, science fiction

Sortie le: 24 juin 1981

Distribué par: –

3,5 STARS TRES BIEN

TRÈS BIEN

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