Critiques Cinéma

EL REINO (Critique)

SYNOPSIS: Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région.
Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal… 

Quatrième film de Rodrigo Sorogoyen (après notamment Que Dios Nos Perdone, film remarqué par le public et la critique), El Reino rentre dans la case du thriller politique. Il raconte l’histoire de Manuel Lopes-Vidal, homme politique espagnol influent, qui voit sa situation mise en péril par des affaires qui paraissent dans la presse. Bousculé, il va se retrouver dans une spirale violente, symbole d’un milieu politique sans pitié où l’on peut se retrouver au plus bas en un rien de temps. Ce qui frappe dans ce long-métrage, c’est la puissance de sa mise en scène. On assiste à une montée crescendo, qui révèle de plus en plus de secrets, dévoilant alors les rouages de l’immense machination dont semble victime le personnage principal. Ce dernier est broyé par le mécanisme, et peine à s’en sortir. Il est un pion parmi tant d’autres sur un immense plateau dont il a sous-estimé la force destructrice. Au fur et à mesure de l’intrigue, cette spirale se dévoile, mais toujours avec intensité, et également avec une certaine subtilité. Le film est toujours teinté par cette classe espagnole dans les décors, les costumes, les dialogues, le jeu des acteurs, pour mieux sonner faux lorsque les faux-semblants paraissent et quand les véritables intentions sont dévoilées. Sorogoyen joue avec ces apparences avec une maîtrise assez impressionnante, si bien que les bascules dans l’intrigue semblent importantes et paradoxalement assez minimes. Comme si c’était normal.

Le mot qui revient souvent lorsque l’on cherche à qualifier le film est « nerveux ». Tout les éléments du film tendent vers cette nervosité omniprésente qui amène stress et puissance, en particulier dans certains dialogues très significatifs. Déjà, la musique d’Olivier Arson ajoute aux scènes un tension sous-jacente qui recherche continuellement à faire comprendre au spectateur que l’impact approche. La bande-originale est soulignée par un montage soigné et particulièrement juste, car même les scènes les moins importantes pour l’intrigue ne font pas tâche dans l’ensemble. Le scénario, lui aussi, apporte cette nervosité qui semble intrinsèque au projet en jouant sur la spirale, élément caractéristique du thriller. Le film joue même sur une certaine évolution du personnage principal (que nous ne dévoilerons pas ici afin de garder la surprise intacte) et se conclue par un jeu très intéressant sur la caractérisation de Manuel Lopez-Vidal, qui n’est ni considéré comme un pourri, ni comme un homme honnête. Sorogoyen joue avec cette frontière, qui permet au spectateur de s’attacher au personnage, et aussi de le mépriser dans certaines situations. Mais on a envie qu’il s’en sorte, et c’est le principal dans un thriller.

On saluera la performance des comédiens, jouant toutes les nuances du scénario, pour que le film ne soit ni un coup de poing dans le vide, ni une attaque gratuite et sans fondements. En tête d’affiche, Antonio De La Torre est remarquable en homme politique rattrapé par ses propres erreurs et par celles de ceux qui l’entourent. Il incarne avec élégance et subtilité un personnage fier qui se retrouve emporté dans quelque chose qui le dépasse complètement. On est aussi marqué par la scène finale, où il se retrouve confronté à une journaliste jouée par Barbara Lennie, formidable de justesse et de puissance, dans cette scène où les rapports de force passent d’un camp à l’autre, dans un match de ping-pong verbal où chaque réplique frappe juste. Le casting est complété avec brio par Monica Lopes, Ana Wagener, Francisco Reyes ou encore Josep Maria Pou.

El Reino est donc un thriller politique intense et nerveux, ponctué par des scènes remplies de bonnes idées de mise en scène menant à un climax explosif et percutant. Accompagné par une musique, un montage et un casting rythmé et tout en nuances, El Reino est une bonne surprise tant son propos ne paraît pas vain, alors que ça aurait très bien pu être tout l’inverse. Petit point négatif, le film peut paraître un peu long dans l’ensemble, et aurait peut-être gagné à être un peu raccourci. Malgré ça, le film de Sorogoyen réussit avec justesse ce qu’il entreprend, dans une atmosphère pesante et passionnante, traitant d’un sujet omniprésent dans la presse.

Titre Original:  EL REINO

Réalisé par: Rodrigo Sorogoyen

Casting : Antonio de la Torre, Monica Lopez, Nacho Fresned

Genre: Policier, Drame

Sortie le : 17 avril 2019

Distribué par: Le Pacte

 EXCELLENT

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s