Critiques

EDEN (Critique Mini-Série Episodes 1×01 – 1×02) Nuancée et respectueuse…

 SYNOPSIS: Sur une plage grecque, une cinquantaine de réfugiés débarquent d’un canot et fendent la foule médusée. Cet événement va bouleverser les destins d’une galerie de personnages : une famille allemande accueillant un réfugié, un jeune migrant nigérian en cavale, la directrice française d’une société privée gérant des camps de réfugiés, un agent de sécurité grec rongé par la culpabilité, une famille syrienne demandant l’asile politique à Paris. Une fresque contemporaine sur les vagues migratoires qui balaient actuellement le Vieux Continent.

Roulement de tambours s’il vous plaît. Eden, la toute première série franco-allemande de la chaîne Arte a donc eu sa première mondiale au festival Séries Mania 2019. Créée par l’Allemand Edward Berger, que certains connaissent sans doute déjà grâce à son travail de réalisateur pour Patrick Melrose avec Benedict Cumberbatch ou pour la série allemande Deutschland 83, Eden se penche sur la crise des migrants en Méditerranée, exacerbée depuis la guerre civile en Syrie et les réponses diverses, variables, et souvent inadéquates, des gouvernements européens. C’est le français Dominik Moll, oui, celui-là même qui a gagné un César pour son film Harry, Un Ami Qui Vous Veut Du Bien, qui se charge de la réalisation des six épisodes de cette série, tournée entre la Grèce, la France et l’Allemagne. Une perspective internationale donc, pour une histoire qui dépasse les frontières au sens littéral, aussi bien qu’au sens figuré. La série se veut réaliste, bien documentée et solidement ancrée dans le moment présent, présentant une volonté explicite de s’éloigner de la tension dramatique pour présenter les faits avec autant d’objectivité possible. Un cahier des charges difficile à remplir, et il est assez évident au vu de ces deux premiers épisodes que personne ne s’attendait à rivaliser avec le documentaire : l’intrigue bascule dans le personnel, les émotions surgissent, et les personnages font ce qu’ils peuvent au milieu d’un conflit qui les dépasse.

Eden suit cinq pistes narratives qui s’entrelacent thématiquement, mais ne se rejoignent pas aussi souvent qu’on pourrait s’y attendre. D’un côté, il y a Hélène (Sylvie Testud), costume bien coupés, clope à la main, spécialisée dans la gestion privée des camps de réfugiés et qui espère obtenir davantage d’investissements en présentant les résultats de son travail à Bruxelles. De l’autre, il y a Amare (Joshua Edoze), jeune nigérian arrivé en Grèce qui cherche un passage vers l’Angleterre. A Paris, une famille syrienne composée de Hamid (Maxim Kalil), Mariam (Diamand Abou Abboud) et de leur fille, tentent de s’adapter tant bien que mal à cette nouvelle vie en attendant d’obtenir leur statut officiel de réfugiés. A Mannheim, Basam est accueilli par une famille allemande. Si les parents semblent ravis de l’avoir avec eux, le fils lui, est loin de sauter de joie à l’idée de partager son foyer avec un musulman. Et puis en Grèce, il y a les deux gardiens du camp de réfugiés pour qui la vie est devenue infiniment plus compliquée depuis que deux jeunes sont parvenus à sortir du camp sans permission. Bref, c’est une série “chorale”, à plusieurs voix, qui tente de représenter la complexité de la question de la crise migratoire au travers de portraits à différents échelons.

Autant le dire tout de suite, côté distribution, c’est assez inégal. Sylvie Testud s’en sort plutôt bien dans l’ensemble, mais se heurte souvent aux consonnes fricatives et plosives de la langue de Shakespeare, ce qui ralentit son débit et par conséquent, l’énergie de la scène. Pour la bonne surprise, on notera la performance d’Adnan Jaffar, qui interprète Asam, et celle du tout jeune Joshua Edoze qui prête ses traits et sa vulnérabilité au personnage d’Amare. Côté moins bonne surprise, l’inexpérience d’Alexandros Asse-Longovitis se fait sentir, ainsi que celle de nombreux seconds rôles. Le script cependant, semble très à l’aise avec la nuance, présentant plusieurs points de vue parfois simultanément, mais sans jamais surcharger les épisodes. On se prend à vouloir parfois un peu plus de vigueur dans l’intrigue et à regretter que le premier tiers de la série passe tant de temps en exposition, mais on comprend également que l’équipe créative ait voulu faire preuve de caution. Écrire sur la crise des réfugiés venus d’Afrique et de Moyen-Orient quand on a une équipe de scénaristes qui ne sont ni issus de l’immigration, ni de religion musulmane, aurait de quoi faire hausser un ou deux sourcils. Si les différentes lignes narratives manquent quelque peu de spécificité, Eden a au moins le mérite de les traiter avec beaucoup de respect. A voir, en attendant la série qu’un jour, un ou une réfugié(e) écrira sur le sujet.

Crédits: Arte

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