Critiques Cinéma

RAY & LIZ (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: Banlieue de Birmingham dans les années 80. Ray, Liz et leurs trois enfants se débrouillent tant bien que mal dans une existence déterminée par des facteurs qu’ils ne maîtrisent pas. Le photographe et cinéaste Richard Billingham retrace en trois souvenirs et trois époques différentes le quotidien tumultueux de sa famille.

Trouver la matière pour un long métrage en se reconnectant à son enfance, aux souvenirs collectés ou imprimés dans son inconscient, aux joies comme aux traumatismes sur lesquels on s’est construit, est une démarche à laquelle de nombreux réalisateurs se sont prêtés, le dernier en date, Alfonso Cuaron ayant même été récompensé d’un oscar (Roma, 2019). Beaucoup plus singulière est la démarche du photographe britannique Richard Billingham, lequel se sert du cinéma comme d’un nouveau médium sur lequel il poursuit une œuvre entamée il y a plus de 20 ans. De son enfance il a tiré ses travaux les plus célèbres, dès 1997, avec la série de photographies Ray’s a Laugh posant un regard tendre et sans filtre sur son père, chômeur vivant chichement sur ses indemnités, symbolisant à lui seul les dégâts de la politique de Margareth Thatcher. Le prolongement de ces premiers travaux donna naissance à plusieurs courts métrages documentaires dont Ray & Liz se présente comme l’aboutissement.

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A travers ce film dont le titre vaut note d’intention, Richard Billingham explore son passé, met en scène ses souvenirs les plus marquants, choisissant une narration elliptique afin de s’attacher à trois moments particuliers de son enfance. Au delà du choix narratif, ce qui frappe dès les premières minutes du récit et ne sera jamais démenti, c’est que le metteur en scène qui se reconnecte à l’enfant qu’il était dans ces années difficiles, ne porte à aucun moment de jugement sur ses parents. Billingham livre, comme un matériau brut, des pans entiers de son enfance, sa mise en scène ne posant aucun filtre entre la reconstitution quasi documentaire et le spectateur dont il n’oriente pas le point de vue, celui-ci étant simplement convié à partager des « morceaux » du quotidien de cette famille menée par ce drôle de couple que tout parait opposer. L’expérience n’est pas forcément des plus agréables et laissera probablement du monde à la porte pour peu qu’on ait une forme d’allergie à ce type de cinéma opérant sans filtre, sans point de vue apparent. L’expérience sera surtout, beaucoup plus forte et, à nos yeux, prendra plus de sens, pour ceux, qui comme l’auteur de ses lignes, connaissaient l’œuvre de Billingham et avaient vu ses courts métrages.

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Il est, en effet, difficile de porter un jugement sur ce film sans prendre en compte sa dimension intime et ce qu’elle dit de la façon dont le metteur en scène perçoit ces trois moments clés dans l’histoire de sa famille. Cette famille au sein de laquelle nous sommes conviés ressemble plus à une somme d’individualités cohabitant sous un même toit qu’à une cellule protectrice pour chacun de ses membres. Le partage, l’écoute et, encore plus, l’amour, sont restés à la porte de cet appartement transformé en prison mentale pour Ray, le patriarche que la perte de son emploi aura fait basculer dans l’oisiveté, puis l’alcoolisme. Chaque épisode relaté témoigne du déroulement d’une lente et implacable tragédie dont le centre est Ray et le point de départ la perte de son emploi. Billingham reconstitue ses souvenirs avec la précision maniaque du photographe qui sait précisément ce qu’il veut capturer comme vérité et qui est attentif au moindre détail de son cadre. Derrière chacun des gestes et des intonations de Ray (Justin Salinger puis Patrick Romer) et Liz (Jamie-Lee Beacher puis Ella Smith), aussi excellents soient-ils, on devine l’œil et le travail de Billingham. Si l’on prend ce récit comme une fiction, on peut certainement trouver l’exercice un peu vain et forcé, en tout cas déjà vu/ revu chez ses compatriotes, même s’il restitue très bien les effets de la violence économique de cette époque et la façon dont les plus fragiles ont basculé dans l’oisiveté, la dépression voire l’alcoolisme, puis un isolement total. En se plaçant du point de vue de Billingham, le film social se fait plus viscéral et émouvant, ressentant le respect et l’amour qu’il a pour ses parents, aussi imparfaits soient ils, alors que d’autres n’auraient eu que rancœur. Ray et Liz n’est peut -être pas une leçon de cinéma mais est assurément une sacrée leçon de vie.

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Titre Original: RAY & LIZ

Réalisé par: Richard Billingham

Casting : Ella Smith, Justin Salinger, Patrick Romer…

Genre: Drame

Sortie le : 10 avril 2019

Distribué par: Potemkine Films

BIEN3 STARS BIEN

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