Critiques Cinéma

TAI-CHI MASTER (Critique)

SYNOPSIS: Élevés depuis leur plus tendre enfance dans un temple Shaolin, Tianbiao et Jianbao sont deux amis que rien ne sépare. Un jour, ils sont renvoyés pour avoir enfreint les préceptes bouddhistes et les règles rigoureuses de la pratique des arts martiaux durant un combat. Contraints de mendier pour survivre, les deux moines partent à la découverte du monde mais ne tardent pas à prendre des chemins bien différents. Tandis que Junbao se prend d’amitié pour un groupe de marginaux révoltés contre le gouvernement, Tianbao va, lui, s’enrôler dans l’armée régulière. A mesure que le temps passe, la confrontation entre les deux amis devient inévitable. 

S’il y a bien une chose que l’on ne pourra jamais enlever au cinéma hongkongais des années 80-90, c’est bien son génie à avoir su créer une hallucination constante chez un spectateur rompu à un confort de visionnage jusque-là très pépère. Et en la matière, quoi de mieux que le film d’arts martiaux, dans lequel le désir de voir des brutes en kung-fu se mettre la pâtée dans des joutes aériennes complètement improbables prévaut sur toute autre considération narrative ou thématique ? Le film qui nous intéresse ici s’intègre à merveille dans cette catégorie, tout en prolongeant l’iconisation d’une star locale et en s’inscrivant idéalement dans le polissage d’un genre ultra-populaire à Hong Kong. Tourné en 1993, Tai-Chi Master se veut en effet une date avant tout capitale dans la filmographie de Jet Li. D’abord parce qu’il sera le meilleur film sorti la même année au beau milieu de tout un tas d’autres tournés en simultanés par l’acteur, comme Evil Cult, Claws of Steel ou encore le diptyque La légende de Fong Sai-Yuk. Ensuite parce qu’il intervient quelques mois après le clash de l’acteur avec le génial Tsui Hark – chef de file de la Nouvelle Vague hongkongaise – sur le tournage du troisième épisode de la saga Il était une fois en Chine. Enfin parce que cette dernière saga avait réussi deux ans plus tôt à poser les bases du renouveau des films d’arts martiaux en costumes, lançant ainsi une gigantesque mode qui allait envahir l’industrie HK.

De ce fait, afin de capitaliser sur son abonnement soudain aux figures héroïques du folklore local, Jet Li n’hésita pas à tourner des sous-produits tournés à la chaîne sous l’égide de producteurs plus opportunistes qu’autre chose, en particulier ce gros charlot de Wong Jing dont le goût pour l’humour rase-moquette et la roublardise créative ont fait de lui le Brett Ratner de l’ex-colonie britannique. Si Tai-Chi Master aura finalement su sortir du lot malgré une orientation comique particulièrement lourde, c’est surtout parce que Jet Li, pour une fois producteur de la chose via sa propre compagnie Eastern Production, aura ici cherché à donner vie à un vieux projet fétiche du chorégraphe et réalisateur Yuen Woo-ping. Ce dernier, formé à l’école du Tai-Chi, rêvait en effet depuis longtemps de rendre justice à cet art martial très particulier, certes réduit par beaucoup à une simple méthode de relaxation et de gymnastique, mais avant tout riche d’une dimension spirituelle mettant en avant l’affrontement de ses propres démons par le contrôle du souffle et de l’équilibre.

Judicieusement placé par Jet Li au poste de réalisateur, Woo-ping donne ici chair à une science de la mise en scène des arts martiaux proprement inédite, où la relative simplicité des cadres est compensée par une inventivité frappante dans les chorégraphies des combats. Et là-dessus, c’est dire si notre mâchoire en bave des ronds de chapeaux pendant que nos orbites deviennent aussi rondes que des boules de billard. C’est bien simple : ici, les personnages virevoltent dans les airs comme des fusées, se battent à un contre trente (mention spéciale à cette lutte des deux héros contre un monastère entier), multiplient les prouesses impossibles en équilibre sur des échafaudages instables, et n’en ratent jamais une pour se la jouer gracieux à chaque tentative de défier les lois de la gravité. À condition de ne pas être un puriste des combats ultra-réalistes et de ne pas se montrer allergique aux combats câblés, Tai-Chi Master en met littéralement plein la gueule, déballant des chorégraphies martiales totalement dingues avec un montage surdécoupé, une lisibilité parfaite et un rythme survitaminé, le tout supervisé par un réalisateur qui ne bride jamais son imaginaire.

Cela étant dit, pour apprécier pleinement tout cela, il faudra faire l’effort de passer outre la surcharge de comédie bien grasse qui laisse souvent pointer l’ombre d’un vilain diabète. C’est peu dire que le scénario, déjà squelettique à la base (une rivalité progressive entre deux anciens élèves de Shaolin), n’évite aucun écueil de la comédie kung-fu bien conne, faisant s’alterner des blagues « kolossales » dignes de la cour de récré avec des gags situationnels que n’aurait pas renié un certain Philippe Clair (on se bastonne à coup de balai, on dort en équilibre avec la tête en bas, on discute pépère en se cassant des briques sur la tronche, etc…). Ajoutez à cela le fait que le bad guy principal du film a ici été caractérisé en pervers efféminé et autoproclamé moins faible que les autres grâce à sa haine des femmes (hé ben…), et le spectre de la pantalonnade se fait sentir. Sans parler que l’autre argument commercial du film, à savoir la première – et unique – réunion à l’écran de Jet Li et de Michelle Yeoh, frise le prétexte grossier : en effet, même si elle signait alors son come-back après cinq ans d’absence pour raisons matrimoniales, la future actrice de Tigre et Dragon ne faisait ici que jouer les figurantes de luxe avec un personnage à l’utilité plus que discutable. Pas de quoi fragiliser pour autant un film à ce point généreux et survolté, où le rouleau-compresseur d’idées folles et de combats fulgurants suffit à alléger ses lourdeurs comiques. Et dans la mesure où Yuen Woo-ping s’en ira par la suite aux États-Unis pour devenir le chorégraphe des scènes de combat sur Matrix, vous savez d’ores et déjà ce à quoi vos mirettes doivent s’attendre…

Titre Original: TAI JI ZHANG SAN FENG

Réalisé par: Yuen Woo-ping

Casting : Jet Li, Michelle Yeoh, Chin Siu Ho…

Genre: Arts martiaux, Comédie, Drame

Date de sortie: 23 janvier 2002

Distribué par: Metropolitan FilmExport

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

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1 réponse »

  1. (evilashymetrie) J’avais acheté ce film à sa sortie, en VHS, et j’avoue que je n’en ai pas gardé un bon souvenir. Je préfère les OUATIC évidemment. La faute à cet humour cantonais qui ne me fait pas riz(re). La lourdeur, tout ça, j’ai du mal à la digérer dans le cinéma HK. Je vais donc plutôt me refaire Fist of Legend 😉

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