Critiques Cinéma

DIABOLO MENTHE (Critique)

4 STARS EXCELLENT

SYNOPSIS: Septembre 1963, c’est la rentrée des classes.
Anne a 13 ans, sa sœur Frédérique en a 15. Elles rêvent de liberté et leur vie, à l’image du monde qui les entoure, est en pleine effervescence.
Entre une mère dépassée, un père maladroit, les premiers flirts et la prochaine boum, Anne enfile des collants en cachette et collectionne les mauvaises notes.
Le transistor à l’oreille, Frédérique découvre la politique et les garçons.
Autour d’elles c’est la ronde des professeurs sévères ou hystériques.
Nous sommes dans les années 60 mais l’adolescence est éternelle et les adultes décidément n’y comprennent jamais rien. 

Dans l’histoire des teen-movie français, les grandes bornes que la critique institutionnelle et le public ont retenues se nomment Les 400 coups (1959), A nous les petites anglaises (1976), Diabolo Menthe (1977), La Boum 1 & 2 (1980-1982), Les Sous Doués (1980), Le Péril Jeune (1994), Les Beaux Gosses (2009), LOL (2009), Les Profs 1 & 2 (2013-2015), Bande de filles (2014), ou encore Le Nouveau (2015). Il sera aujourd’hui question entre ces lignes du Diabolo Menthe de Diane Kurys, « le film culte d’une génération’ qui, s’il n’a pas forcément révolutionné le cinéma, a toutefois permis d’apporter sa modeste pierre à l’édifice du genre dans l’hexagone. « En 1963, que faisiez-vous ? Frédérique avait 15 ans, Anne 13 …« , tel est le slogan qui orne le joli titre écrit en vert Diabolo Menthe sur la somptueuse et intrigante affiche du film dessinée par l’illustrateur Floc’h et qui contribua très largement à son succès en salles. Empruntée par Denis Chateau, directeur marketing chez Gaumont, au célèbre « Where were you in ‘62 ? »  du cultissime American Graffiti de George Lucas, sorti sur les écrans 4 ans plus tôt, cette accroche pourrait résumer à elle seule l’entreprise de Diane Kurys, ex enseignante suppléante dans des banlieues parisiennes devenue actrice, au théâtre ou au cinéma, puis cinéaste à la fin des 70’s. Celle de retracer une chronique adolescente (le récit initiatique de deux sœurs aux personnalités différentes mais émoustillées par une même sexualité naissante) autant que les mœurs affectives d’une époque (le début des années 60).


C’est donc là la promesse de son premier film, basé en majeure partie sur sa propre expérience d’ancienne élève de l’établissement Jules Ferry à Paris et de jeune fille incomprise et souffrante, particulièrement affectée par le divorce de ses parents (son père, gérant d’un magasin de vêtements pour hommes, resta à Lyon, tandis que sa mère, tenancière d’une boutique de mode pour femmes, s’installa avec ses deux filles dans la capitale) et les chamailleries de sa sœur aînée (Kurys, taquine, lui dédie d’ailleurs le film en insistant via un carton « qu’elle ne lui a toujours pas rendu son pull-over orange », un vêtement qui n’a en réalité jamais existé selon les dires de la réalisatrice en interviews !). D’abord conçu comme un roman autobiographique, intitulé au départ T’occupe pas du chapeau de la gamine, laisse flotter les rubans avant de devenir Histoire de petites filles, son premier jet se transforme peu à peu en un scénario de long-métrage sous l’impulsion d’un certain Alexandre Arcady, son compagnon d’alors. Réalisé avec un budget riquiqui de 360.000 euros, couvert aux trois tiers par l’avance sur recettes du CNC (qui valide le script dès sa seconde version), la société de production et de distribution Gaumont et l’apport personnel de Serge Laski, un imprimeur vivement séduit par le projet de Kurys et rêvant de 7ème art, Diabolo Menthe, très beau titre final trouvé à la volée du tournage par le couple Kurys-Arcady pour conférer au film la saveur de l’époque qu’il met en scène, est réalisé rapidement aux mois d’août, septembre et octobre 1977 avec l’aide précieuse du chef opérateur Philippe Rousselot et des jeunes et talentueuses comédiennes Eléonore Klarwein et Odile Michel, sélectionnées par la cinéaste lyonnaise pour interpréter respectivement Anne et Frédérique.


Diabolo Menthe s’ouvre et se ferme sur des scènes à la plage finement écrites et éclairées, ayant pour ambition d’illustrer une rentrée des classes imminente et le lancement des vacances estivales. Entre les deux ? L’année scolaire 1963/1964 et le parcours de vie laborieux de la jeune Anne, dont le corps et l’esprit sont en pleine mutation, les émotions tourbillonnantes, le père absent, la mère aimante mais ferme, et la sœur proche mais un peu rivale. Anne est un avatar de Diane. Frédérique de sa sœur Nadia. Des projections d’elles-mêmes sur grand écran, qui offrent la possibilité à Kurys d’accoucher un récit autobio sensible, tendre et incarné. La structure narrative de ce dernier est celle du « coming-of-age », cette tendance propre aux teen-movies qui passe par les étapes précises de l’adolescence pour modéliser l’émancipation, le simple mais délicat passage de l’enfance à l’âge adulte. C’est ainsi que Diabolo Menthe possède en son sein tous les ingrédients du genre, où l’apprentissage de la vie ne se fait plus seulement à la verticale mais à l’horizontal, où on se sent prêt à être adulte alors qu’on ne l’est pas encore, où on se découvre un corps en pleine métamorphose que l’on aimerait maîtriser. L’ouverture des liens à l’extérieur vers d’autres figures (d’attachement) que les parents, la solidarité entre élèves et le sentiment d’appartenir à un même groupe social, l’opposition à la rigueur de la dirlo et des profs, la soif de libertés et le goût des transgressions (mensonges et vols de fringues), les premiers émois amoureux et les conduites à risque, le spleen et les idées noires, la révolte qui gronde, l’envie de tester les limites et de se confronter au cadre autoritaire des adultes, la transformation de la pensée et l’acquisition d’une autonomie psychique, la peur de l’inconnu et le désir d’aller de l’avant … Diabolo Menthe raconte tout ça à la fois, et bien plus encore. Car s’il retranscrit avec subtilité et justesse l’intériorité, les névroses et les tribulations d’une collégienne de 4ème, Diabolo Menthe s’avère aussi un témoin attentif de l’époque dans laquelle elle vit. Celle où les ados assistent médusées à l’assassinat de JFK, apprennent la mort d’Edith Piaf à la radio, se ruent au cinéma pour voir La Grande Évasion avec leur idole Steve McQueen, écoutent Adamo en boums, dansent sur du Johnny Hallyday, témoignent avec une voix chevrotante de la manif sur l’Algérie qui a fait neuf morts 1 an plus tôt au métro Charonne, rencontrent une rapatriée d’Oran, découvrent un tag reprenant le sigle « OAS » sur un mur, entendent leurs parents discuter du conflit minier de Decazeville. Générationnel, on savait (le terme fut très régulièrement employé à travers le temps pour qualifier le film de Kurys), mais politique ? Difficile à affirmer, toujours est-il que Diane Kurys brosse avec son Diabolo Menthe et sa caméra bienveillante le portrait engagé d’une génération féminine libre de s’exprimer et de s’insurger contre le pouvoir et l’autorité. Mai 1968 n’est donc pas si loin – la réalisatrice évoquera d’ailleurs frontalement les événements à l’occasion de son film suivant, Cocktail Molotov.


De l’autre côté du combiné, la petite Eléonore Klarwein, qui incarne l’héroïne Anne Weber, crève l’écran. Repérée en juin 1977 (2 mois à peine avant le début du tournage !) par Diane Kurys via une photo en noir et blanc que lui fit parvenir sa directrice de casting Edith Cottrell et qui figurait la jeune fille sur un balcon, Eléonore Klarwein fait alors tout ce qui est en son pouvoir durant l’été pour apparaître dans le film. Elle rentre plus tôt de ses congés aux Baléares pour rencontrer la cinéaste, elle décline une proposition de long-métrage avec la star Alain Delon (censé se tourner aux mêmes dates que Diabolo Menthe) et elle promet à Kurys d’être présente dans la cour du lycée Jules Ferry le lundi 1er août 1977 pour le premier jour de l’aventure, quitte à flinguer ses vacances prévues avec ses copines. Et bien lui en prend ! La comédienne novice est effectivement parfaite dans le rôle d’Anne, à la fois naturelle mais rigoureuse, boudeuse mais sociable, fragile mais forte, sensible mais affirmée, insolente mais disciplinée. À ses côtés, Odile Michel n’est pas en reste, s’avérant tout aussi talentueuse dans la peau de sa sœur Frédérique. La troupe formée par les autres jeunes actrices est également étincelante, parvenant à incarner avec crédibilité le propos de la cinéaste sur l’adolescence et l’année 1963. Du côté des adultes, Anouk Ferjac campe une mère Weber « réaliste », à la fois pleine d’espoirs et de regrets, complice avec ses filles mais n’arrivant pas toujours à récolter leur confiance. Teen-movie français écrit avec douceur et mis en scène avec sincérité et ingéniosité par Diane Kurys (genre beaucoup porté par les femmes en France, de Marjane Satrapi à Céline Sciamma, en passant par Lisa Azuelos, Noémie Lvovsky, Emmanuelle Bercot, Mélanie Laurent, ou encore dernièrement Julia Ducournau et Léa Mysius), propulsé par une dimension personnelle particulièrement touchante et bouillonnante, Diabolo Menthe connaîtra un triomphe aussi colossal qu’inespéré en France lors de sa sortie en salles le 14 décembre 1977 et parviendra à traverser les époques tout en conservant sa fraîcheur. Fin de carrière aux alentours des 3 millions de tickets vendus (2ème plus gros carton français de l’année, derrière L’Animal de Claude Zidi mais devant Nous irons tous au paradis d’Yves Robert), presse dithyrambique, obtention du prestigieux prix Louis-Delluc, révélation de nouvelles coqueluches pour le public (Eléonore Klarwein et Diane Kurys), hymne musical éponyme, signé Yves Simon, qui fait un tabac dans les charts, multiples diffusions à la télé à partir des 80’s, sortie DVD marquante en 2008, ressortie ciné en version remasterisée en août 2017, et héritage conséquent dans l’inconscient collectif (l’an dernier encore, l’artiste Soko postait sur YouTube une reprise format guitare-chant du tube d’Yves Simon présent au générique de fin) … tout cela est amplement mérité, ce Diabolo est pétillant.

Titre Original: DIABOLO MENTHE

Réalisé par: Diane Kurys

Casting :  Eléonore Klarwein, Odile Michel, Coralie Clement …

Genre: Comédie Dramatique

Sortie le: 14 décembre 1977

Distribué par: Gaumont

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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