Critiques

AU NOM DU PERE (Critique Saison 1 Episodes 1×01- 1×04) Un vrai tour de force…

SYNOPSIS:  Mêlant l’intime et le politique, Au nom du père, créée par Adam Price (Borgen), questionne puissamment les notions de foi et d’engagement. Coproduite par ARTE France, la série nous plonge dans le quotidien d’une famille de pasteurs et les relations conflictuelles entre un père omnipotent, incarné par Lars Mikkelsen (The Team, House of Cards), et ses deux fils.

Sortie au Danemark en 2017, la nouvelle série d’Adam Price (Borgen, Ragnarok) a fait craquer la critique. Nommée pour un très prestigieux International Emmy Award et lauréate d’un prix de la Meilleure Série Télévisée au dernier festival de Télévision de Copenhagen, Herrens Veje, rebaptisée Au Nom du Père en français et Ride Upon The Storm en anglais, s’est vite faite remarquer par nombre de distributeurs internationaux, de Studiocanal à Movistar + en passant par SBS Australia et RTE Eire. C’est Arte, co-producteur de la série, qui détient les droits de diffusion en France et en Allemagne, et c’est tout naturellement sur la chaîne franco-allemande que vous pourrez voir la série, à partir du 29 novembre 2018 (ou depuis le 22 novembre si vous avez arte.tv). Une victoire de plus pour la création danoise, qui après Les Héritiers, Rita et The Team (également avec Lars Mikkelsen, d’ailleurs), s’impose de plus en plus comme l’un des épicentre européens de la télévision moderne. La raison de leur succès? Quelque chose de tout à fait similaire aux séries US, c’est-à-dire une remise du pouvoir de décision entre les mains des scénaristes. Le créateur Adam Price est un dramaturge et scénariste émérite, et la série porte très clairement son empreinte, mais les autres membres de la writer’s room ne sont pas en reste, puisqu’il s’agit de Karina Dam (qui a notamment travaillé sur l’autre sensation danoise Les Héritiers), Poul Berg (scénariste pour l’excellent The Rain sur Netflix) et Andreas Garfield (Bobby). Une bien belle combinaison de talents pour dix épisodes de très grande qualité.

Au Nom du Père, c’est l’histoire d’une famille où l’on est pasteur de père en fils depuis 250 ans. Le père, Johannes (Lars Mikkelsen, qu’on ne présente plus) est en lice pour devenir le prochain évêque de son diocèse tandis que ses fils August (Morten Hee Andersen) et Christian (Simon Sears) suivent des chemins divergents. August, le cadet, marche sur les traces de ses ancêtres: il est pasteur à Copenhague, très populaire parmi ses ouailles et part en Afghanistan pour apporter la parole de Dieu aux soldats danois. Sa femme Emilie (Fanny Louise Bernth) et lui ont décidé d’avoir un enfant, ce qui n’est pas chose évidente quand le père s’en va au bout du monde en mission régulièrement. Christian de son côté, a une relation un peu plus conflictuelle avec la foi, le divin et la filiation. Johannes et lui ne s’entendent pas du tout, en partie parce que le père n’a jamais vraiment pardonné au fils aîné de la famille d’avoir abandonné ses études de théologie pour se rediriger vers le monde du commerce. Quant à Elisabeth (la magnifique Ann Eleonora Jørgensen), femme et mère de famille, elle joue son rôle à la perfection, dans l’ombre de son grandiloquent mari, et reprend les rênes à chaque fois que le mari en question tombe en déprime, disparaissant quelques jours pour se noyer dans l’alcool et le sexe. Une environnement qui a tout du baril de poudre, et auquel viennent s’ajouter les grandes interrogations de la vie moderne, notamment sur la place de l’Islam dans le monde chrétien, la perte de popularité de nombre de pratiques religieuses et la question primordiale de la foi en Dieu.

L’un des aspects les plus intéressants de la série, c’est l’impression d’osmose qui se dégage de chaque épisode, fruit d’une collaboration étroite entre les auteurs, les acteurs, et le réalisateur principal Kaspar Munk (qui a réalisé les quatre premiers épisodes de la saison un et quatre des dix épisodes de la saison deux). Le débat sur la foi, la religion et la tolérance n’a jamais cessé de faire rage depuis que l’humanité existe, et il y a quelque chose de mélancolique dans le déclin d’une vision du monde, que la série explore au travers du personnage de Johannes, plus grand que nature, qui se rapproche des grandes figures de Shakespeare ou du roi Bérenger Ier de Ionesco. Un vrai tour de force, porté par l’un des meilleurs acteurs du moment, écrit avec beaucoup de tact et dans l’absence totale de jugement. On comprend très vite pourquoi la série a fait couler autant d’encre lors de sa première diffusion, et on attend l’arrivée de la deuxième saison avec impatience.

Crédits: Arte

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