Critiques Cinéma

LE RÉCIDIVISTE (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Max Dembo est un ancien braqueur qui obtient une libération conditionnelle après 6 ans en prison. Bien qu’il soit déterminé à tourner la page sur son passé et gagner honnêtement sa vie, son contrôleur judiciaire lui met une telle pression sur le dos qu’il finit un jour par craquer…

Si Dustin Hoffman dû attendre d’avoir 75 ans pour être crédité de son premier film comme réalisateur (Quartet, 2012) soit bien plus tardivement que quelques autres des grands acteurs de sa génération (Al Pacino, Robert de Niro, Robert Redford…), sa carrière de metteur en scène aurait pu et dû débuter avec un projet qui lui tenait particulièrement à cœur et dans lequel il s’investit totalement pendant près de 2 ans, après avoir racheté les droits du roman Aucune Bête Aussi Féroce (Edward Bunker,  1973). Alors au sommet d’une carrière au cours de laquelle il avait déjà interprété quelques uns de ses plus grands rôles (Ben Braddock / Le Lauréat, Ratso / Macadam Cowboy, Jack Crabb / Little Big Man, David Summer/ Les Chiens de Paille, Lenny Bruce / Lenny, Babe / Marathon Man), Dustin Hoffman qui était connu pour son investissement total dans ses rôles et ses rapports parfois conflictuels sur les tournages, était à un moment de sa carrière où il cherchait à financer des projets plus personnels, à l’instar de ses associés dans le studio First Artists, fondé par Paul Newman, Barbra Streisand, Sidney Poitier et Steve McQueen, sur le modèle du studio United Artists. C’est de lui-même, pendant la pré-production du film, ne se sentant alors plus en mesure d’avoir le recul nécessaire, qu’il céda sa casquette de metteur en scène à son ami, sous la direction duquel il avait tourné Qui est Harry Kellerman? (1971). Si Le Récidiviste est donc officiellement le film d’Ulu Grusbard, c’est aussi celui de Dustin Hoffman, un film extrêmement important dans sa carrière, dans lequel il y fait plus que de livrer une nouvelle interprétation 5 étoiles, en mettant beaucoup de lui-même dans le personnage de Max Dembo.

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Le Récidiviste est en apparence une histoire simple et classique de rédemption impossible, d’un homme qui, sortant de prison après plusieurs années d’incarcération, va inexorablement replonger. Au bout de quelques minutes, on comprend toutefois que le récit creuse d’autres sillons et que la destinée de son personnage n’est pas de celles qui ne  s’écrivent que sur un malheureux concours de circonstances ou par le poids d’un entourage qui rend impossible sa réinsertion. A la différence de Carlito (L’impasse, Brian de Palma) et de Franck (The Thief, Michael Mann), Max Dembo n’est  pas habité par une réelle volonté de rentrer dans le rang et de laisser derrière lui la vie qui semble être la seule susceptible de l’apaiser, l’ait-elle conduit jusqu’alors à passer de nombreuses années en prison. La fatalité qui s’abat sur lui et le conduira à sa perte est liée à ce qu’il a au plus profond de ses tripes, ce mélange de rage et d’inconscience puérile qui reprend inexorablement le dessus sur ses bonnes intentions.

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De ce point de vue, Max Dembo est un personnage que l’on aurait pu rencontrer dans un film de Michael Mann qui travailla sur la première adaptation du roman d’Edward Bunker avant que le scénario ne revienne finalement à Alvin Sargeant et Jeffrey Boam. Interprété par un autre acteur, Max Dembo n’aurait pu être qu’un voyou à la petite semaine, incapable de ne pas retomber dans les mauvais coups, le genre de personnage dont les mauvais choix et le comportement auto destructeur ont tôt fait d’agacer. Dustin Hoffman en fait un écorché vif, un personnage qui dissimule une très grande fragilité, une impulsivité qui le ronge et le fait courir à sa perte. Max Dembo  est un homme prisonnier  d’un tempérament qui le pousse à préférer l’adrénaline procurée par les mauvais coups à la routine d’une vie rangée, un misfit qui n’arrive pas à trouver sa place dans la société, mais qui n’est pourtant pas unidimensionnel et se révèle être un personnage complexe et versatile comme son interprète.

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Ulu Grosbard le filme avec une « neutralité » qui sert parfaitement le propos du film, dans un style presque documentaire qui exclut tout jugement sur lui et n’oriente pas celui du spectateur. Quand le scénario pourrait par instant faire de Dembo la victime du zèle de son agent de probation et à d’autres instants un voyou pour lequel naîtrait une certaine fascination, la mise en scène de Grosbard trouve constamment la bonne distance pour laisser toute la place à l’interprétation de Dustin Hoffmann, dont on appris d’ailleurs ensuite, qu’il n’était pas disposé à faire la moindre concession par rapport à la vision qu’il avait du personnage et du film qu’il avait imaginé pouvoir réaliser. Pour autant et c’est sans doute à mettre au crédit de Grosbard  qui à défaut d’être un grand formaliste est un grand directeur d’acteurs, Le Récidiviste n’est pas un véhicule à la gloire unique de Dustin Hoffman. Le titre du film pourrait se décliner au pluriel, tant les personnages interprétés par Gary Busey (dans un de ses premiers rôles) et Harry Dean Stanton (Jerry) racontent eux aussi quelque chose de cette rédemption impossible pour nombre de délinquants/criminels devenus accros  à l’adrénaline et qui même apparemment installés dans leur vie (femme, enfant, travail, maison) peuvent rebasculer à tout moment. Gary Busey (Willy) est formidable en éternel camarade des mauvais coups, porte-poisse attachant dont Max ne peut/veut se défaire. Le personnage de Harry Dean Stanton  a quant à lui une réelle dimension dramatique qu’il révèle dès sa très réussie première scène et ses retrouvailles avec Max, dans le décor, en apparence idyllique, de sa nouvelle vie.

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Au milieu de cet univers masculin d’hommes-enfants incapables de résister à leurs pulsions, se trouve Jenny, un très beau personnage féminin interprété avec une incroyable sensibilité par Theresa Russell, dont on ne peut que se dire qu’elle n’a pas eu la carrière à laquelle elle aurait pu prétendre, tant son charisme transperce l’écran dès sa première apparition.  L’histoire d’amour entre cette jeune femme douce, influençable, qui se cherche encore et cet homme indomptable, instable, s’intègre parfaitement et naturellement dans la tonalité pourtant sombre et désabusée du récit. Elle vient nourrir le sentiment de fatalité qui colle au parcours de Max Dembo depuis sa sortie de prison, l’idée qu’il n’y a pas de bonheur possible, pas de fin heureuse et que ces instants de liberté ne sont qu’un sursis avant un retour en prison. L’alchimie entre Dustin Hoffman et Theresa Russell illumine chacune de leurs scènes et nous a rappelé par moments celle entre Al Pacino et Kitty Win (Panique à Needle Park, Jerry Schatzberg). Par le regard porté sur ces personnages secondaires, la place laissée à l’interprétation d’acteurs tous habités par leur rôle, la justesse avec laquelle sont traités les relations entre ces personnages, Le Récidiviste délivre bien plus que le programme attendu du petit thriller noir et désabusé des années 70. Dans la lignée des plus grands films de cette décennie, il dresse en creux un sombre portrait  de la société américaine, entre le zèle et les abus de pouvoir d’un agent de probation sur lequel n’est exercé aucun contrôle, l’échec du système pénitentiaire et au milieu: une jeunesse sans repères, sans perspectives et des hommes condamnés à rester en marge d’une société qui n’a rien à leur offrir.

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Titre Original: STRAIGHT TIME

Réalisé par: Ulu Grosbard

Casting : Dustin Hoffman, Theresa Russell, Harry Dean Stanton, Gary Busey …

Genre: Thriller, Drame

Date de sortie: 27 septembre 1978

Distribué par: –

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

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