Critiques Cinéma

COLD WAR (Critique)

SYNOPSIS: Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.

La carrière du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski est assez intéressante puisqu’ après avoir commencé sa carrière en Pologne, il a poursuivi son métier au Royaume-Uni avec Transit Palace et Summer of love avec une jeune Emily Blunt en 2004. Mais c’est surtout avec La femme du Vème, adaptation du best-seller de Douglas Kennedy que le metteur en scène connut la notoriété avec un casting qui réunissait Ethan Hawke et Kristin Scott-Thomas. Alors que l’on s’attendait à une ascension internationale, Pawel Pawlikowski prit tout le monde à revers en retournant dans sa Pologne natale pour réaliser son chef-d’œuvre. Ida, sorti en 2014, raconte l’histoire de sœur Anna, qui, la veille de prononcer ses vœux définitifs, est encouragée à sortir de l’austère couvent. La fiction se passe en 1962. Le film remporta à juste titre l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Quatre ans après, Pawlikowski accentue son travail sur cette période à travers l’histoire impossible de deux amants. Pour quel résultat ?

Il est très compliqué de ne pas comparer Ida et Cold War. Tout d’abord, le réalisateur choisit un noir et blanc très épuré qui sied parfaitement à l’intrigue. Le film a quelques défauts scénaristiques dont nous reparlerons, mais formellement, c’est l’un des plus beaux films qu’il nous ait été permis de voir cette année. Pawlikowski utilise énormément le champ/hors champ pour amplifier la dramaturgie en se focalisant tantôt sur lui, compositeur féru de jazz et de chants folkloriques tantôt sur elle, jeune chanteuse fougueuse et ambiguë. Ainsi, la scène de danse endiablée de Zula nous fait parfaitement comprendre que c’est elle qui a le pouvoir sur Wiktor. On la voit virevolter juste au-dessus de lui, on imagine Wiktor simple spectateur. C’est toute l’intelligence de ce metteur en scène, de laisser le spectateur en réflexion sans trop nous en montrer. Et puis, certains plans nous font vraiment penser à de splendides photographies notamment avec les scènes d’entrainement de bal ou la scène finale dans cette église détruite avec une vue sur le ciel absolument chaotique mais d’une beauté ravageuse. Le jury de Cannes ne s’y est pas trompé en remettant le prix de la mise en scène à Pawlikowski.

Mais là où le bât blesse est le manque de consistance dans l’écriture. Alors qu’Ida arrivait à traiter subtilement de la grande histoire polonaise, de l’amour et de la foi, Cold War devient au fur et à mesure redondant et n’arrive pas à devenir aussi émouvant que son prédécesseur. Pourtant, la première partie du film tient toutes ses promesses en nous emmenant en immersion dans cette Pologne rurale où chacun veut rencontrer la notoriété. Pawlikowski arrive à laisser percevoir l’ambivalence de cette époque avec le personnage de Zula, qui, bien que touchée par une certaine grâce artistique, est prête à « moucharder » sur son amoureux auprès des autorités communistes pour ne pas retourner en prison puisqu’elle aurait tué son père. C’est un véritable coup de foudre entre ce professeur et sa muse. Le film se constituera à partir de ce moment sous forme d’ellipses pour raconter cette passion dévorante entre ces deux amants souvent séparés souvent rassemblés à travers l’histoire tragique de la Pologne. Mais passées ces quarante premières minutes, on commence à ressentir une pointe d’ennui devant ce couple qui s’amuse à se détruire au gré de nombreux passages musicaux.

Ces scènes formellement réussies ne parviennent plus à rencontrer notre enthousiasme du point de vue scénaristique et ce, malgré l’apport indéniable de Joanna Kulig, véritable ouragan qui mange l’écran à chaque scène. Elle réussit à la fois à nous éblouir par son énergie lors des scènes de danse mais aussi à nous émouvoir dans cette dernière partie où chacun se rend bien compte du temps passé à se gâcher. Il serait vraiment dur de ne pas apprécier un tel film du fait de ces nombreuses qualités. Toutefois, là où Ida réussissait à tenir sur les deux tableaux, scénaristiques et formels, Cold War ne parvient pas à tenir sur la longueur.

Titre Original: ZIMNA WOJNA

Réalisé par: Pawel Pawlikowski

Casting : Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Genre: Drame, Romance

Sortie le: 24 octobre 2018

Distribué par:  Diaphana Distribution

TRÈS BIEN

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