Critiques Cinéma

LE BON APÔTRE (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN
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SYNOPSIS: Un homme se rend sur une île lointaine à la recherche de sa soeur, kidnappée par une dangereuse secte.
Dans une époque où les jeunes réalisateurs auréolés d’un ou deux premiers succès sur des petits films indépendants sont si vite récupérés par les majors hollywoodiennes, qui voient en eux les candidats idéaux pour conduire de gros véhicules surproduits dont ils ne lâcheront jamais les doubles commandes, le parcours de Gareth Evans a quelque chose à la fois de très surprenant et de très rafraîchissant. C’est en Indonésie où il parti d’abord pour réaliser un documentaire sur le pencak-silat (un art martial local) que le réalisateur gallois est devenu, en trois films, l’un des maîtres du cinéma d’action, le diptyque formé par The Raid (2011) et sa suite devant même, à nos yeux, être classé dans ce que le genre a produit de meilleur dans les années 2000. Entre The Raid et sa suite , Gareth Evans s’est servi de sa participation à l’anthologie horrifique VHS/2 comme d’un laboratoire pour dévoiler une facette beaucoup plus sombre de son univers. De loin le meilleur segment de cette anthologie, Safe Haven était un trip horrifique de 20 minutes, prenant comme point de départ un reportage réalisé au sein d’une secte indonésienne qui va rapidement virer au cauchemar. Gareth Evans avait posé là les jalons de la nouvelle direction qu’il souhaitait donner à sa carrière, lui qui aurait pu surfer sur le succès de The Raid pour réaliser un 3ème lucratif volet ou céder aux sirènes des majors. Safe Haven apparaît aujourd’hui comme l’esquisse de son 5ème long métrage, le plus radical et le plus violent de sa filmographie.

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Le Bon Apôtre peut être classé dans le sous-genre des films de sectes qui a produit ces dernières années d’excellents films comme Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin, 2011),  Kill List (Ben Wheatley, 2011) ou même, dans un autre registre, le plus léger Faults (Riley Stearns, 2014) et le totalement déjanté, Mandy (Panos Cosmatos, 2018). Le film de Gareth Evans est une cocotte minute qui fait mijoter ses ingrédients dans sa première partie avant d’exploser dans un incroyable déluge de violence dévoilant le mystère de l’île sur laquelle Malcolm (Michael Sheen) et ses deux apôtres ont créé cette communauté/secte. Dans sa première partie, Apostle installe patiemment son univers et évoque immanquablement The Wicker Man avec cette immersion dans une communauté mystérieuse, unie autour d’un culte dont on ne peut alors que deviner les horreurs qu’il cache. Le récit ne nous livre qu’un minimum d’informations de sorte que l’on suit l’arrivée de Thomas (Dan Stevens) sur cette île, son appréhension et ses effroyables découvertes, en étant infiltré parmi les nouveaux membres de la secte qui a enlevé sa sœur pour récupérer une importante rançon. Il est moins question de dénoncer la foi que de montrer la folie et la mégalomanie de ceux qui jouent de la naïveté et de la faiblesse de personnes qui cherchent un sens à leur vie. Cette partie du récit est très cinématographique, Gareth Evans se mettant en retrait dans un style plus académique que celui qui l’a révélé dans The Raid et cherchant avant tout, avec son fidèle directeur de la photographie à installer une ambiance qui rappelle directement le folklore britannique qui outre The Wicker Man, rappelle aussi évidemment le cinéma de Ken Russell ou encore Le Grand Inquisiteur de Michael Reeves. Dans une telle installation, le casting de ceux dont la monstruosité se transmet comme un poison au récit est essentiel et on se réjouit de retrouver Michael Sheen, excellent acteur sous-exploité dont la palette de jeu est extrêmement précieuse pour un personnage d’abord unidimensionnel et terrifiant dont on découvrira ensuite les faiblesses. Le jeu de Dan Stevens est peut être plus problématique, très forcé, tant dans ses regards que ses mimiques, à la limite parfois du cartoonesque, ce qui aurait été absolument parfait pour reprendre le rôle de Bruce Campbell dans Evil Dead mais qui crée ici un drôle de décalage, tout du moins dans la partie la plus « classique » du récit.

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Enfilant des habits plus classiques dans sa première partie, Le Bon Apôtre va ensuite tomber la veste et se montrer tel qu’il est: un récit de vengeance et de fanatisme, un pur film de genre qui ne va pas hésiter à assumer totalement sa nature et sa volonté jusqu’au-boutiste quitte à se voir reprocher de ne pas le faire avec la plus grande des finesses. Le scénario se révèle toutefois plus complexe qu’il n’y parait au premier abord où l’on se dit que le sauvetage de la sœur de Thomas est le principal moteur dramatique du récit. En vérité, Thomas arrive dans cette communauté à un moment où celle-ci, à court de ressources, est sur le point de se fissurer, en commençant par le lien qui unissait jusque là Malcolm et ses deux apôtres. Un autre drame se joue en toile de fond qui est une conséquence du fanatisme dans lequel les leaders de cette communauté se sont enfermés. La violence surgit ainsi avec encore plus de force, là où on ne l’attendait pas forcément, d’autant plus que Gareth Evans n’a pas peur de mixer les genres et de poser un point de bascule qui sera probablement pour certains un point de rupture. Le Bon Apôtre devient alors un pur film d’horreur dans lequel on retrouve le Gareth Evans de The Raid dans un cauchemar gore qui contient quelques unes des scènes les plus marquantes de l’année. Le Bon Apôtre a beau pousser les curseurs un peu trop loin et finir par perdre un peu de vue son sujet, il n’en reste pas moins le ride horrifique le plus jouissif de cette année.

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Titre Original: APOSTLE

Réalisé par: Gareth Evans

Casting : Dan Stevens, Michael Sheen, Lucy Boynton …

Genre: Thriller, Horreur

Sortie le: 12 octobre 2018

Distribué par: NETFLIX

3,5 STARS TRES BIEN

TRÈS BIEN

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