Critiques

KILLING EVE (Critique Saison 1 Episodes 1×01 – 1×04) A la fois drôle, poignant, haletant, et complètement barjo…

SYNOPSIS: Deux femmes. Eve est un agent du MI5, les services secrets britanniques. Brillante, elle s’ennuie dans le triste travail de bureau auquel elle est confinée, à mille lieues des fantasmes d’agent secret qu’elle nourrissait en croyant devenir espionne. Villanelle est une tueuse. Brillante elle aussi, elle apprécie le train de vie luxueux que lui permet le drôle de métier qu’elle s’est choisi. Lorsque leurs chemins s’entrecroisent, rien ne sera plus jamais pareil, pour l’une comme pour l’autre… 

Ça faisait quelque temps qu’on attendait qu’elle explose sur les scènes télévisées du monde entier, et voilà qu’en 2018, c’est chose faite. Phoebe Waller-Bridge, la comédienne ayant commencé sa carrière par une longue série de one-woman shows dans les pubs les plus miteux de Londres, est enfin reconnue à sa juste valeur par le tout Hollywood. Après Crashing et Fleabag, deux mini-séries de six épisodes, sorties en 2016 qui témoignaient du talent de leur créatrice et présageaient d’un gros succès à venir, Killing Eve débarque en grande pompe sur la chaîne BBC America (et en France sur Canal Plus) et non contente de faire pâmer la critique, la série décroche également deux nominations aux Emmys, dont celle, historique, de Sandra Oh dans la catégorie de Meilleure Actrice dans une Série Dramatique, la première pour une actrice d’origine Asiatique. Avec une note de 97% sur Rotten Tomatoes, le site qui fait et qui défait les réputations quand il s’agit de cinéma ou de télé aux US, Killing Eve s’impose comme l’une des séries à ne pas rater, un thriller psychologique excentrique qui réussit l’exploit d’être à la fois drôle, poignant, haletant, et complètement barjo. Une adaptation virtuose du roman d’espionnage Codename Villanelle de Luke Jennings, admirablement servie par un des meilleurs cerveaux scénaristiques du moment, et un duo d’actrices au top.

Eve Polastri (Sandra Oh), est un agent britannique du MI6. Oui, enfin, quand on dit agent, on veut surtout dire bureaucrate invétérée, chargée de la protection des personnalités politiques étrangères sur le sol anglais. Elle est épaulée par son assistante Elena (Kirby Howell-Baptiste) et son patron Bill (David Haig) au boulot, et par son mari Niko (Owen McDonnell) à la maison. Tout pourrait à priori aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf qu’Eve, fascinée par les tueuses, est persuadée qu’elle aurait fait une espionne d’exception, et qu’elle perd son temps dans les bureaux du service. C’est cette obsession qui va la conduire à trouver la trace d’une tueuse à gages, l’insaisissable Villanelle (Jodie Comer), dont la capacité à éliminer ses cibles sans laisser d’indices confine au génie. Commence alors un long jeu de chat et de la souris entre la criminelle internationale et la fonctionnaire des services secrets, parce qu’en bon assassin, il ne faudra pas beaucoup de temps à Villanelle pour remarquer qu’on enquête sur elle. Jonglant allègrement avec les diverses facettes de la fascination que ces deux femmes exercent l’une sur l’autre (intellectuelle, professionnelle, et oui, également sexuelle), Killing Eve prend vite des allures de chasse au long cours homérique. On n’est plus très sûr de savoir qui pourchasse qui dans cette enfilade de bottes d’escrimes et d’escarmouches dignes de Javert et Jean Valjean. Sous la plume de Waller-Bridge, c’est une espèce d’ironie colorée qui se dégage de l’intrigue, enrobant un équilibre délicat entre comédie et tragédie, l’absurde et le drame, tenues de designers made in Paris et armes à feu de haut calibre.

Killing Eve ne ressemble à aucun autre thriller. D’une, parce que les deux acteurs principaux sont des femmes (un fait qui reste encore malheureusement trop rare), et de deux, parce que la série refuse constamment de tomber dans la facilité, que ce soit visuellement, en boycottant les codes du genre qui veulent une image sombre, contrastée et généralement monochrome, ou au travers de l’intrigue, qui se complique à une vitesse qui donne le tournis. Ce serait trop facile en effet que d’avoir la bonne policière d’un côté qui s’oppose à la méchante criminelle de l’autre, et le scénario se plaît à jouer sur les zones d’ombres : Eve est tellement fascinée par les meurtres qu’on en vient à se demander si elle-même ne ferait pas une excellente tueuse, et Villanelle n’a clairement pas un cerveau qui fonctionne sur le même modèle que le reste de la population. Une vraie petite perle de série dramatique, à ne manquer sous aucun prétexte.

Crédits:  BBC AMERICA / Canal Plus

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