Critiques Cinéma

HELLRAISER : LE PACTE

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Durant un voyage, Frank Cotton entre en possession d’une boîte maléfique qui le transporte dans un monde imaginaire mais arrivé sur place, des monstrueuses créatures le dévorent. Quelques années plus tard, son frère Larry et son épouse Julia emménagent dans la maison de Frank, sans se douter que l’esprit de ce dernier y rôde encore. Alors qu’une goutte de sang accidentelle tombe sur le sol, le monstre se réveille, et part en quête de chair fraîche.

On dit souvent qu’une œuvre échappe à son auteur dès lors qu’elle est publiée, que la façon dont elle sera reçue et comprise par le public, dont elle entrera dans l’imaginaire collectif, pourra en donner une vision biaisée, en tout cas éloignée de son sens profond. Hellraiser fait assurément partie des films au sujet desquels on pense pouvoir se faire une opinion avant même de les avoir vus et dont on ne retient que les images les plus marquantes, jusqu’à perdre en chemin tout le sous texte. Les cénobites et leur leader, Pinhead, sont connus très largement au delà du cercle de ceux qui ont vu le film et s’ils en assurent la renommée, ils n’en donnent qu’une vision très parcellaire. Hellraiser est évidemment un film d’horreur qui assume sa nature et a même redéfinit en partie les limites du genre, il joue également sur une imagerie très forte, inspirée à la fois des mouvements sadomasochistes et punks, qu’il ne s’agit pas d’occulter, le titre de travail du film ayant même un temps été Sadomasochists From Beyond The Grave. Réduire à ces dimensions, le premier film de celui qui était alors déjà considéré grâce à ses romans comme l’un des nouveaux maîtres de l’horreur, reviendrait toutefois à passer à côté de ce qui fait également sa force. Derrière l’apparence du film d’horreur pour initiés, réservé à un petit cercle d’amateurs de gore et de cuir, cherchant des sensations fortes, se trouve en effet un grand film sur la frustration sexuelle, sur la façon dont on résiste ou succombe à nos pulsions, que l’on choisisse de garder ou faire tomber le masque social derrière lequel on s’abrite.

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Si Pinhead est devenu le personnage emblématique du film et se trouve au centre de ses suites, il n’est ici qu’un croquemitaine dont les apparitions et les minutes à l’écran, pour marquantes qu’elles soient, se comptent sur les doigts d’une main. Le personnage central de ce premier Hellraiser est Julia, une femme d’une trentaine d’années, dont la morne et banale vie de femme malheureuse dans son couple, va se trouver bouleversée par le réveil du désir qu’elle éprouve pour son beau-frère (Franck). Le roman de sa vie qui aurait pu jusqu’alors être classé au rayon « horreur domestique » va ainsi basculer dans l’horreur la plus viscérale. Ce sont son mal être dans son couple, son désintérêt pour son mari qui essaie vainement de la reconquérir et les sentiments qu’elle éprouve encore pour Franck (Sean Chapman), qui vont la pousser à tuer, à devenir sa complice dans l’espoir qu’il la sorte de son enfer domestique. Quand elle ne cherche qu’à fuir son mari (Larry) et s’abandonner dans les bras de son amant, lui ne cherche qu’à échapper aux cénobites dont il croisa le chemin dans sa recherche sans limite de plaisirs extrêmes. Hellraiser est ainsi, au delà du trip horrifique, une exploration de la face la plus sombre du désir, des limites que l’on est prêt à repousser, des interdits que l’on transgresse lorsque le désir l’emporte sur la raison.

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Prête à tuer pour permettre à Franck de « ressusciter », s’abandonnant totalement à son désir, Clive Barker filme la transformation physique de Julia, à mesure qu’elle se débarrasse de ses inhibitions, comme Michael Powell et Eymeric Pressburger filmaient la très troublante transformation de Soeur Ruth dans le Narcisse Noir. Plusieurs plans la citent assez explicitement, notamment dans la façon de filmer ce visage désormais très maquillé qui transperce la cadre, comme ce rouge à lèvres d’un rouge aussi vif que le feu qui est en train de la consumer. De femme effacée derrière son mari, enfermée derrière son masque social, elle devient une femme de pouvoir, une intrigante prête à tout pour celui qu’elle aime, en quelque sorte une descendante de Lady MacBeth. L’évolution de ce personnage est illustrée par ces changements de look (aussi vestimentaire et capillaire) très marqués mais se ressent aussi viscéralement par le jeu de Clare Higgins. Il s’agissait alors de sa première apparition au cinéma et pour la petite histoire, elle n’avait aucun goût pour l’horreur, à un point tel qu’elle dit n’avoir jamais pu voir le film en entier. Elle est complètement habitée par son personnage et trouve l’équilibre entre la justesse et le nécessaire sur-jeu que le film demande pour épouser l’univers très particulier de Clive Barker.  En ancrant ainsi son film dans la réalité et le quotidien d’une femme à priori des plus banales, en le liant à son destin, il démultiplie l’efficacité des scènes les plus gores et en fait accepter les outrances.

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Au delà du personnage de Pinhead qui est le maître de cet enfer auquel sont condamnés ceux qui auront eu entre les mains le mystérieux cube en ouvrant les portes, le mal trouve son incarnation dans le personnage de Franck, mi voyou, mi marginal, représentant tout ce que n’est pas Larry (Andrew Robinson) et fait vibrer Julia. Il est le tentateur damné, celui qui a pactisé avec le démon et qui se trouve condamné au supplice éternel. Clive Barker n’en fait pas un simple antagoniste et s’attache à « humaniser » celui dont l’apparence est désormais en adéquation avec la monstruosité intérieure. Quelques flashbacks vont nous renseigner sur sa personnalité et l’influence perverse qu’il exerçait sur Julia et comprendre ce qui l’a poussé à faire l’acquisition de ce mystérieux cube et à ouvrir les portes d’un monde souterrain dans lequel les notions de plaisir et de souffrance se confondent. Il est celui par lequel l’horreur va entrer dans cette triste petite maison bourgeoise, dans laquelle se déroule d’ailleurs la quasi totalité du film, et au centre des scènes les plus marquantes.

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Si au début du récit l’horreur est d’abord psychologique, elle se fait physique, organique et frontale dès les premières apparitions de Franck, en particulier dans une inoubliable scène de résurrection, au cours de laquelle son corps se recompose à partir de quelques gouttes de sang tombées entre les lattes du parquet de l’une des pièces de la maison. Pour ceux qui ont eu la chance de découvrir le film à l’époque de sa sortie, cette scène fut une vision d’horreur extrêmement marquante, très ambitieuse et inédite à l’époque, qui 3 décennies plus tard fonctionne encore grâce au travail de Bob Keen (Hellraiser 2, Highlander, Candyman …). Si dans sa représentation de l’horreur et des tortures infligées par les cénobites, Clive Barker pousse le curseur très loin (les chairs sont transpercées, déchirées, les corps disloqués, vidés de leur sang), Hellraiser ne vire pourtant jamais au vain jeu de massacre et conserve une atmosphère assez unique empruntée au cinéma fantastique. Quant aux cénobites et leur look très travaillé inspiré à la fois de la religion, du punk et du mouvement sadomasochiste, ce sont des croquemitaines terrifiants dont les apparitions comptées n’en sont que plus marquantes. Dans Hellraiser, l’horreur est ainsi à la fois psychologique, poisseuse et très frontale. De tous les films pouvant être qualifiés de gore ou reliés un peu abusivement au genre du torture porn, Hellraiser est sans doute l’un des plus ambitieux, un authentique film d’auteur qu’il faut (re) découvrir en se détachant du « folklore » de la saga et de l’objet de culte qu’il est devenu.

DÉTAIL DES SUPPLÉMENTS :

BLU-RAY

Hellraiser – Le Pacte

. Entretien croisé autour de Hellraiser – Le Pacte avec Thomas Aïdan et Julien Maury (16 min)
Hellraiser : Résurrection (24 min)
Christopher Young : un compositeur d’enfer (19 min)
Interviews d’époque de l’équipe du film (9 min)
Commentaire audio de Clive Barker
Ashley Laurence : une actrice en enfer (12 min)
Andrew Robinson : M.Cotton, je présume ? (16 min)
Interviews et documents promotionnels d’époque (31 min)

Hellraiser II – Les Écorchés

Entretien croisé autour de Hellraiser II – Les Écorchés avec Guy Astic, Thomas Aïdan et Julien Maury (20 min)
Hellraiser II – Les Écorchés : Perdus dans le labyrinthe (17 min)
Interviews d’époque de l’équipe du film (8’45 min)
Commentaire audio de Tony Randel (réalisateur) et Peter Atkins (scénariste)
Kenneth Cranham : le docteur est là (13 min)
Les Cénobites : la patrouille des damnés (22 min)
Interview du réalisateur Tony Randel (15 min)
Interviews et documents promotionnels d’époque (30 min)

Hellraiser III

Entretien autour de Hellraiser III par Guy Astic (17 min)
Clive Barker : le pouvoir de l’imaginaire, l’imaginaire au pouvoir (24 min)
Sur le tournage de Hellraiser III (5 min)
Mini making of (1 min)
Interviews et documents promotionnels d’époque (30 min)

BLU-RAY BONUS : LEVIATHAN

LEVIATHAN – L’HISTOIRE DE HELLRAISER – LE PACTE (1h29)
LEVIATHAN – L’HISTOIRE DE HELLRAISER II – LES ÉCORCHÉS (2h)
LEVIATHAN – L’ENFER SUR TERRE : L’HISTOIRE DE HELLRAISER III (31 min)
Le Maître des jouets : dans la boîte avec Simon Sayce (13 min)

DVD

Hellraiser – Le Pacte

. Entretien croisé autour de Hellraiser – Le Pacte avec Thomas Aïdan et Julien Maury (16 min)
Hellraiser : Résurrection (24 min)
Christopher Young : un compositeur d’enfer (19 min)
Interviews d’époque de l’équipe du film (9 min)
Commentaire audio de Clive Barker

Hellraiser II – Les Écorchés

Entretien croisé autour de Hellraiser II – Les Écorchés avec Guy Astic, Thomas Aïdan et Julien Maury (20 min)
Hellraiser II – Les Écorchés : Perdus dans le labyrinthe (17 min)
Interviews d’époque de l’équipe du film (8’45 min)
Commentaire audio de Tony Randel (réalisateur) et Peter Atkins (scénariste)

Hellraiser III

Entretien autour de Hellraiser III par Guy Astic (17 min)
Clive Barker : le pouvoir de l’imaginaire, l’imaginaire au pouvoir (24 min)
Sur le tournage de Hellraiser III (5 min)
Mini making of (1 min)

hellraiser-trilogy-cult-edition-brd-cliff-and-coTitre Original:  HELLRAISER

Réalisé par: Clive Barker

Casting : Clare Higgins, Sean Chapman , Andrew Robinson , Ashley Laurence …

Genre: Épouvante – horreur

Sortie coffret DVD et Blu-Ray : le 04/09/2018

Distribué par: Esc-distribution.

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1 réponse »

  1. (evilashymetrie) Bien d’accord, un chef d’œuvre glauque et sale, des icônes, un univers à nul autre pareil. Franchement, les cénobites tranquilles (pardon) (celle là je suis même étonné que personne ne pense encore à la sortir).

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