Critiques Cinéma

FRÈRES ENNEMIS (Critique)

SYNOPSIS: Manuel et Driss ont grandi comme deux frères inséparables dans la même cité. Mais aujourd’hui tout les oppose. Manuel est à la tête d’un trafic de drogue, alors que Driss est devenu flic. Quand celui-ci est promu aux Stups, son retour bouleverse les équilibres et met Manuel en danger. 

Dans la sélection de cette Mostra de Venise 2018, on trouve le dernier long-métrage de David Oelhoffen, réalisateur et scénariste français : Frères Ennemis. Il signe ici son troisième long en tant que réalisateur, après Nos Retrouvailles et Loin des Hommes, eux aussi diffusés et primés dans des festivals. Alors que le Roma d’Alfonso Cuaron a été désigné Lion d’Or de la Mostra, il nous a semblé important de regarder ce que nous propose Oelhoffen. Frères Ennemis met en scène deux personnages, qui vivent leurs vies parallèlement. D’un côté, Manuel, campé par le belge Matthias Schoenaerts, à la tête d’un trafic de drogue. Et de l’autre, son némésis et exact opposé, Driss, incarné par Reda Kateb, flic promu chez les Stups. Le scénario lie les deux personnages qui ont grandi ensemble dans une cité en banlieue parisienne. Ils ont pris deux routes différentes pour au final mieux se croiser et le film les fait se retrouver autour d’un meurtre en plein Paris. Seulement, résumer ce film en disant qu’il s’agit d’une histoire où les protagonistes sont des personnages « que tout oppose » serait une immense erreur. Frères Ennemis parle moins de leur relation plus ou moins tumultueuse suite à de tragiques événements que de la façon dont ces événements sont perçus et vécus par chacun. Oelhoffen étudie dans sa mise en scène, dans son montage, dans son cadrage, la différence, la fracture qui s’avère clairement être le maître mot de ce film.

Le film est clairement découpé en deux : le point de vue de Manuel, et celui de Driss. Mettant en scène le trafic de drogue et les règlements de compte de gangs, le spectateur se retrouve balancé entre les deux visions des personnages. Manuel subit frontalement l’action, et Driss est hanté par la culpabilité d’un de ses choix passés, le poussant à vouloir protéger son ami. Le film joue sur la dualité, la séparation. Travail/vie privée : qu’est ce qui prime ? La vision presque bipolaire du film permet d’étudier tous les « camps » afin d’avoir un point de vue presque global sur ce qu’il se passe. Mais malgré tout, les zones d’ombres se voient toutes éclaircies à un moment du film. Sauf peut-être la fin du long-métrage, restant étrangement ouverte, mais au final la résolution de ce climax n’a que peu d’importance au regard du dénouement. Oelhoffen balance ses personnages dans une tempête pour les voir se rapprocher encore plus, malgré leurs différences flagrantes, tout en étudiant avec une précision réaliste le milieu du trafic et des Stups. Le réalisateur choisit d’ailleurs d’utiliser énormément de plans en caméra épaule pour donner un côté intimiste à l’action, accentuant donc le réalisme. Un choix qui se révèle gagnant car on s’attache assez vite aux personnages malgré leurs (nombreuses et relatives) erreurs pendant le film. Si bien qu’il est impossible de choisir un camp, car la mise en scène est voulue pour être objective. Un aspect visuel et scénaristique qui relève presque du documentaire fictionnel, tout en respectant les codes du film policier/de gangster français. Ainsi, les scènes d’action dans Paris (comme par exemple la fusillade du début) se révèlent très réussis par leur réalisme et leur puissance.

On a aussi le droit à un regard assez particulier sur la famille et la vie en banlieue. Oelhoffen choisit de poser sa caméra et de faire vivre ses personnages, et pas seulement de leur faire suivre une histoire bien définie. Manuel cherche à se rapprocher de la mère de son fils, et de ce dernier. Quand à Driss, il va devoir annoncer le décès de son mari à une amie de longue date. Encore une fois, tous les thèmes sont propices à la fracture, souvent présente par le biais d’engueulades ou de libération et d’aveux de culpabilité. Ce qui amène le lot d’émotions fortes qui vient avec, sans en faire des caisses. Le film ne tombe pas dans la facilité d’une mise en scène larmoyante, et reste à la fois froid et parfaitement vivant. Cette réussite est aussi due aux performances des acteurs. Reda Kateb est immédiatement convaincant, alors que Matthias Schoenaerts a besoin d’un peu de temps à l’écran pour convaincre complètement. On retrouve aussi au casting du film le rappeur Sofiane, ou Fianso, dans le rôle de Fouad, un associé de Manuel, qui signe ici son premier rôle au cinéma. Il est plutôt bon mais seul l’avenir nous dira si il ne s’agit que du début d’une vraie carrière cinématographique. On a aussi une myriade d’acteurs secondaires qui s’en sortent vraiment tous admirablement bien (Sabrina Ouazani, Gwendolyn Gourvennec, Adel Bencherif, Nicolas Giraud…), créant un univers crédible. Frères Ennemis est donc un très bon moment, parfois dur et parfois heureux. Il joue sur deux tableaux en mettant en scène deux univers qui entrent en collision, tout en dépeignant la vie en banlieue et la place de la famille. Tous les événements du film trouvent des réponses dans un dénouement étonnant et fort, qui arrive à conclure le film sans laisser ce traditionnel arrière-goût d’inachevé inhérent à ce genre de production française.

Titre Original: FRÈRES ENNEMIS

Réalisé par: David Oelhoffen

Casting : Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Sabrina Ouazani…

Genre: Policier

Sortie le: 03 octobre 2018

Distribué par: Bac Films

TRÈS BIEN

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