Critiques Cinéma

SUR MES LÈVRES (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS:  Carla Bhem, une jeune femme de 35 ans au physique plutôt moyen et qui porte des prothèses auditives, est secrétaire à la Sédim, une agence immobilière, mais elle est payée une misère et souffre d’un manque de considération de la part de ses employeurs. Son existence triste et solitaire va prendre une tournure différente avec l’arrivée dans la société de Paul Angéli, une nouvelle recrue de 25 ans, plutôt beau gosse, mais qui n’a aucune compétence dans la promotion immobilière. Celui-ci cherche à se réinsérer après avoir fait de la prison. Une histoire d’amour improbable, doublée de manipulation réciproque, va naître entre ces deux marginaux.

Pour son troisième film, cinq années après Un Héros Très Discret, qui reste, à nos yeux, son long métrage le plus faible à ce jour, à tout le moins un film un peu à part dans sa filmographie, Jacques Audiard allait réaliser le film qui cristallise peut être le mieux ce qui fait son style et sa sensibilité. Dans Sur mes lèvres, il démontre tout son talent pour marier les genres et ses influences et réussit à manier ,avec la même délicatesse, le drame et le thriller. Il teinte l’un avec l’autre, en écho à ce que vivent ses deux personnages dont les destins vont se croiser, s’entremêler. Sur Mes Lèvres est le récit de deux âmes blessées et esseulées, deux misfits qui ne parviennent pas à trouver leur place dans la société. Lui ne connaît que la violence et les combines, a enfoui sa sensibilité sous une carapace de petit voyou,  quand elle la porte presque comme un fardeau, faisant d’elle à la fois la spectatrice et la victime impuissante d’un monde qui la rejette en raison de sa différence. La rencontre de ces deux mondes ressemble sur le papier à l’une des innombrables relectures de la belle et la bête, dont le déroulement et l’issue ne font guère de mystère, lui découvrant sa part d’humanité et elle trouvant enfin l’amour et l’attention qui lui ont tant fait défaut jusque là. Par  la grâce de la mise en scène de Jacques Audiard et à l’interprétation de deux acteurs à la fois aussi opposés et complémentaires que leur personnage, cette rencontre illumine l’écran et emmène le film au sommet de la filmographie de son auteur.

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Sur Mes lèvres est à la fois un film de genre assumé, dans son intrigue et les archétypes auxquels on peut rattacher ses personnages et un film d’auteur, dans son approche sensorielle, transcendant une histoire simple dont la mise en scène s’attache à nous en faire ressentir les moindres pulsations.  Clara (Emmanuelle Devos) coche toutes les cases du personnage de « vieille fille » (isolée, sans enfant, portant des vêtements qui lui font paraître 20 ans de plus, ignorée voire moquée par ses collègues). Si elle prend vie et existe au delà de cette caractérisation, c’est par le regard que pose sur elle Jacques Audiard et la sensibilité et la nuance dont fait preuve Emmanuelle Devos. On est suspendu à ses mots, ses gestes et ses regards dès ses premières apparitions, elle donne son tempo et sa coloration à un film fait de pauses, de moments suspendus, de silences puis de brusques coups d’accélérateur, d’éclats de violence. Sur Mes Lèvres attire et mixe les contraires, à l’instar de l’alchimie immédiate que l’on perçoit entre Paul (Vincent Cassel) et Clara, deux êtres que tout oppose à priori mais qui s’apportent mutuellement ce qui fait tant défaut à leur existence.

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Vincent Cassel aborde son rôle avec le mélange de folie, d’humanité et de violence contenue que l’on pouvait retrouver chez Patrick Dewaere. Quand Paul et Clara se rencontrent, leur petite vie assez ordinaire, évoluant dans des teintes entre gris clair et gris foncé, prend une toute autre coloration. Clara s’affirme et dégage une sensualité de plus en plus grande, captée d’une façon quasi chimique par la caméra d’Audiard qui multiplie les gros plans, s’attarde sur elle, sur son trouble, ses respirations. Son handicap qui la tenait à l’écart des autres devient même un atout, un moteur du thriller à venir, comme une revanche sur la vie. La même transformation s’opère pour Paul qui ressemble de moins en moins au voyou paumé et impulsif qui débarqua dans la société de Clara. L’intrigue qui se dessine, le destin commun qui se dévoile pour ce couple improbable qui ne s’avoue pas ses sentiments, fait glisser la seconde partie du récit vers le thriller, sans perdre en route ce qui constitue l’ADN de Sur Mes Lèvres qui reste un film de personnages, de destins qui se brisent ou s’écrivent devant la caméra témoin d’Audiard. On pense notamment à l’attention portée au contrôleur judiciaire de Paul et à son drame personnel qui nous est conté parallèlement. Le bad guy (Olivier Gourmet) du récit bénéficie du même traitement, l’intime et le thriller, la grande et la petite histoire étant étroitement mêlés pour lui aussi. Audiard maintient ainsi jusqu’au bout le délicat et miraculeux équilibre de son troisième long métrage dont chacune des visions successives confirme la formidable singularité qui en fait un si grand film.

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Titre Original: SUR MES LÈVRES

Réalisé par: Jacques Audiard

Casting: Emmanuelle Devos, Vincent Cassel, Olivier Gourmet,

Olivier Perrier, Olivia Bonamy …

Genre: Drame, Thriller

Sortie le: 17 octobre 2001

Distribué par: Pathé Distribution

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

 

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